ACTA UNIVERSITATIS LODZIENSIS
Folia Litteraria Romanica 21, 2026

DOI: https://doi.org/10.18778/1505-9065.21.13

Fleurir et flétrir : dires et savoirs sur la ‘nature’ cachée des femmes dans le discours médical aux XVIe et XVIIe siècles en France[1]

Victoria Bujak*

logo ORCID https://orcid.org/0009-0006-2046-6395
Université de Lodz, Pologne
Institut d’Études Romanes
victoriabujak67@gmail.com

RÉSUMÉ

À la Renaissance, les représentations du corps humain sont au cœur d’un enjeu social et culturel. La place de l’Homme est alors essentielle pour la compréhension du monde. La femme, particulièrement, constitue un objet d’étude aussi fascinant que complexe et mystérieux. La médecine renaissante, qui s’appuie fortement sur les connaissances antiques, aborde le thème du corps féminin sous l’angle de l’âge, de ses fonctions et de ses particularités. Notre article est consacré à la nature « cachée » de la femme aux trois âges de la vie, la jeunesse, l’âge adulte et la vieillesse, distingués dans les traités médicaux de l’époque. Le but de cet article est d’analyser la manière dont les médecins de la Renaissance conçoivent et décrivent la femme à travers les différentes étapes de la vie. Nous avons présenté les attitudes de divers médecins vis-à-vis du corps féminin et avons analysé leurs approches respectives.

MOTS-CLÉS – discours médical des XVIe et XVIIe siècles, femme, jeunesse, âge adulte, vieillesse

To Bloom and to Wither: Discourses and Knowledge about the ‘Hidden’ Nature of Women in Medical Writings in 16th- and 17th-Century France

SUMMARY

During the Renaissance, representations of the human body were at the heart of social and cultural concerns. The position of Man was essential to understanding the world. Women, in particular, became a subject of study that was both fascinating and complex, even mysterious. Renaissance medicine, which relied heavily on ancient knowledge, approached the theme of the female body through the lenses of age, its functions, and its specific characteristics. This article focuses on the “hidden” nature of women at the three stages of life – youth, adulthood, and old age – as distinguished in the medical treatises of the time. The aim of this article is to analyze how Renaissance physicians conceived of and described women through the different stages of life. We will examine the attitudes of various physicians toward the female body and attempt to present their respective approaches.

KEYWORDS – 16th- and 17th-Century medical discourse, woman, youth, adulthood, old age

L’étude de l’anatomie humaine à la Renaissance ne se résume pas au seul progrès de la médecine, elle s’inscrit également dans une réflexion plus large, profondément marquée par diverses conceptions sociales et culturelles de l’époque. L’anatomie humaine devient alors un point de convergence des savoirs, reflets des transformations de la pensée et de la perception de l’individu dans l’univers. Considéré comme fondamentalement distinct de celui de l’homme, le corps féminin constitue l’objet de maints préoccupations dans le discours médical renaissant. Décrite et perçue d’ailleurs comme une « beste brute »[2], la femme est loin d’être un simple objet de connaissances scientifiques. « Dans les traités sur le corps humain, en marge et en note de la description du corps masculin, il est constitué en trophée et emblème du savoir anatomique et se voit attribuer une ambiguë perfection : celle d’un corps certes non achevé, mais participant à la perfection de la Création, comme acteur de la reproduction »[3]. En s’appuyant sur les connaissances héritées de l’Antiquité, les médecins l’envisagent en fonction de l’âge et de ses fonctions biologiques. Le but de cet article est d’analyser la manière dont les médecins de l’époque décrivent la nature « cachée » aux différentes étapes de la vie. Traitent-ils notamment du cas de la jeune femme aussi souvent que de celui de la femme âgée ?

1. Jardin de printemps

Le sang menstruel

Avant d’aborder la question de la jeunesse féminine, attardons-nous sur l’importance accordée au sang menstruel aux XVIe et XVIIe siècles, car ce fluide corporel constituait alors l’un des principaux objets d’étude de la médecine des femmes à la Renaissance. Perçu comme l’un des signes les plus évidents de la « nature cachée » de la femme, il a été considéré pendant des siècles comme la source de la génération. Le sang menstruel a suscité la curiosité du corps médical et a même déterminé le statut de la femme dans la société. En effet, la femme, tout comme le rôle qui lui est assigné, est depuis toujours définie par son cycle biologique et sa capacité à procréer, d’où l’analogie fréquemment développée entre le corps féminin et le jardin[4]. Comme l’explique Hélène Dachez, « le sang menstruel est en fait si fondamental que ses modalités définissent l’identité de la femme, comme le suggère Jean Astruc, dans son Traité des maladies des femmes (1761-1765), où il distingue trois types de femmes, selon que leurs règles sont normales, trop abondantes, ou insuffisantes, voire absentes, et fait dépendre leurs caractéristiques psychologiques de ces flux »[5]. Ainsi donc, les règles sont mentionnées dans maints traités médicaux, notamment dans celui d’Ambroise Paré (1510-1590), médecin et chirurgien universitaire qui, à l’instar de ses confrères, compare régulièrement la physionomie féminine à la nature. Dans son Livre de la génération, Paré se penche sur la nomenclature du flux menstruel des femmes en expliquant que :

Les femmes appelent leur flux menstrual, Mois, parce que quand elles sont saines, elles s’evacuent par tel flux de sang quasi tous les mois : les autres apellent leur temps, parce qu’il coule toujours, ou le plus souvent en certain temps : autres le nomment septmaines, à cause que ce flux a acoustumé de fluer par sept jours : autres l’appellent leurs purgations, pource que par tel flux se purge tout leur corps : les autres l’appellent fleurs rouges, et celles qui sont blanches, fleurs blanches, parce que tout ainsi que la fleur precede le fruit des plantes, pareillement les femmes ne concoivent point, ou rarement, que leurs mois n’ayent coullé[6].

Le médecin aborde le problème de la génération et mentionne au début de son chapitre l’importance du sang menstruel dans ce processus. En effet, sous l’influence de la théorie séministe[7], Paré souligne la nécessité des règles et indique qu’il est impossible pour une femme de concevoir sans règles, « ce qui se peut prouver par la similitude des arbres et plantes qui jettent leurs fleurs, ausquels le fruit n’est point denié, et nul arbre qui fleurit n’est sterile : mais bien tout arbre qui est privé de sa fleur, est infertile »[8]. Ainsi, puisque « l’essence de la femme, physiologiquement et socialement, c’est alors bien évidemment sa capacité a enfanter »[9], la situation des femmes immatures ou ménopausées, dépourvues des fleurs, ne peut évoluer que défavorablement.

André du Laurens (1558-1609), premier médecin d’Henri IV, développe ces idées dans le livre VII (Des parties génitales) et dans le livre VIII (De la génération de l’homme) de ses œuvres, en expliquant plus précisément le mystère de la génération et en indiquant ses deux principes fondamentaux : la semence qui « est le principe par lequel, comme par la cause efficiente, la formation est parfaite, et duquel, comme de la matiere, les parties spermatiques sont engendrées »[10] et le sang qui est « seulement matiere de la generation et principe passif (qu’il me soit permis d’user des termes des Escholes, parce qu’ils expriment mieux la chose) duquel et les parties charnues sont engendrées »[11]. Pour cette raison, le sang menstruel devient une nécessité. Toutefois, cette « interprétation est troublée par l’océan de particularités qui règne dans la population des femmes et par la difficulté de distinguer l’ordinaire du pathologique »[12]. La participation du sang dans le processus de la fécondation n’est cependant pas la seule cause, pour les médecins, de l’apparition des fleurs chez une femme. La théorie des humeurs, dominante à l’époque, explique ce phénomène par la froideur et l’humidité du corps féminin. Paré note par exemple que la femme froide « partant appete et prend plus d’aliment qu’elle ne peut cuire, partant amasse beaucoup d’humeur superflu, lequel pour l’imbecilité de sa chaleur, elle ne peut resoudre par insensible transpiration : de la vient que la femelle est subjette au flux menstruel, et non le masle »[13].

La virginité

Pour nos médecins, les fleurs sont donc, entre autres choses, un moyen pour le corps de se purger des humeurs superflues, de sorte qu’une jeune femme non réglée tombera aisément malade. Parmi les affections mentionnées le plus souvent, on trouve naturellement la stérilité qui « se présente le plus souvent comme la conséquence d’une maladie et à ce titre nécessite un traitement »[14]. C’est ainsi que l’idée de la « vierge malade pour les mois retenus » apparaît régulièrement dans les traités de médecine des XVIe et XVIIe siècles.

Définition de la virginité

Tout d’abord, il convient de rappeler la définition de la virginité donnée par les savants de l’époque, car c’est elle qui nous permet de comprendre entièrement le problème. Dans Toutes les œuvres d’André du Laurens, le médecin pose la question de savoir quelles sont les marques de la virginité d’une femme. Il précise en même temps que le débat a lieu depuis toujours et qu’il reste d’actualité. Tout au début de son chapitre intitulé De l’Hymen, et des marques de la Virginité[15], Du Laurens mentionne la présence d’une certaine membrane qui pour la plupart des médecins « est située de travers, aux unes certes, environ le milieu du col de la matrice et aux autres immediatement au dedans du conduit de l’urine, et l’appellent hymen »[16]. Comme il l’ajoute, ladite membrane « est percée comme un crible, pour donner passage tous les mois aux purgations menstruelles »[17] ; ainsi donc, l’utilisation du terme « vierge » est à mettre en relation avec les maladies causées par l’absence des menstruations chez les femmes, et par conséquent, avec une possible occlusion de la matrice. Dans son ouvrage intitulé Infirmités et maladies des femmes, Jean Liébault (1535-1596) fait référence à Hippocrate au début de son chapitre consacré à ce problème, en indiquant qu’il « ne recognaist autre occasion des maladies virginales, que le flux difficile du sang mentrual, et retention de l’humeur spermatique »[18], et s’attache à développer cette thèse tout au long de son traité.

Pour le médecin, le problème ne relève pas de l’immaturité des jeunes filles qui « ont passé l’aage de treize ans, plus ou moins, selon leur temperament et habitude de corps »[19], mais réside dans

les veines et arteres fort tenues et angustes, les orifices d’icelle fort serrez, le conduit par où ce sang superflu doit avoir issue, fort estroit et non encores ouvert : nature ne peut pas toujours parachever son expulsion : ains le sang superflu esmeu et non expulsé retourne et reflue aux veines dont est venu, et de là aux parties nobles à savoir au cœur, au foye, et au cerveau : ou bien, retenu en la matrice, et vaisseaux d’alentour[20].

Une déficience de l’hymen expliquerait donc bien des choses, mais Du Laurens n’hésite pas à exprimer ses doutes concernant son existence même, car comme il le dit

pour dire franchement mon advis, j’ai diligemment consideré des filles nées avant terme, d’autre qui n’avaient que trois mois, d’autres trois, quatre, six et sept ans, ausquelles ayant mis la sonde jusques à l’orifice interne, je n’ai rien trouvé au col de la matrice qui resistait. Que s’il avait à mi-chemin de ce conduit, ou à l’entrée d’icelui quelque membrane transversale, comme ils disent, il serait aisé de la trouver avec l’esprouvette[21].

Le médecin ne voit pas de raison convaincante pour laquelle une telle membrane pourrait exister chez une femme. C’est pourquoi il considère, lui, son éventuelle apparition comme responsable de l’obstruction de la matrice, et donc comme une pathologie. Indépendamment de sa localisation, il l’associe à « une maladie organique »[22], car ne trouvant aucune utilité à son existence, il la juge « contre le dessein de Nature »[23]et ajoute qu’ « on appelle les femmes qui ont cette maladie atretai, c’est à dire non troüées »[24]. Les causes d’un tel problème peuvent résider, selon lui, dans des « accidents, comme à raison d’un ulcere, inflammation et tumeur contre Nature »[25]. Cette même attitude est adoptée par Paré qui, au début de son chapitre, rejette l’existence de cette membrane. Par ses connaissances pratiques et par les instruments chirurgicaux dont il dispose, Paré va cependant plus loin. Le chirurgien indique qu’il a recherché l’hymen chez « plusieurs filles mortes, à l’Hostel Dieu de Paris, agées de trois, quatre, cinq, et jusques à douze ans »[26]. Il ne le vit alors jamais jusqu’à ce qu’il examina une jeune fille de dix-sept ans accordée en mariage, amenée par sa mère « sachant que sa fille avait quelque chose qui pouvait empecher estre appellée mere »[27]. De telles incertitudes semblent être communes à l’époque. Paré évoque entre autres « monsieur Alexis [Gaudin] (premier Medecin de la Roine) homme d’honneur »[28] qui a finalement approuvé la rareté de la présence de l’hymen qui « empesche l’entrée de la verge de l’homme, et a une pertuis par lequel ses mois coullent »[29]. Le chirurgien se réfère également aux matrones qui, en travaillant avec le corps féminin au quotidien, « disent trouver une ruption d’une taye, qui cognaitre une fille vierge d’avecques celle qui a esté depucelée »[30]. Mais Paré la juge immédiatement contre-nature et déconseille de juger ladite membrane comme une norme. Il explique que

le sang qui sort n’est à cause de la rupture de l’hymen, mais vient à raison des rugositez du col de la matrice, qui n’ont encor esté estendues et deprimées, et à ceste premiere entrée se desjoignent et separent, et se fait rupture de certains petits vaisseaux, lesquels descendent par la superficie interne du col de la matrice, se rompants ou s’ouvrants, ne pouvants soustenir cette extention sans douleur et flux de sang, lors que la fille n’a accomply ses dimensions : mais si la fille pucelle est en age suffisante, estant mariée avecques un homme qui aura sa verge propotionnée au col de sa matrice n’aura aucune douleur ni flux de sang estant despucelée[31].

Toutefois, Du Laurens estime qu’il s’agit de quatre caroncules, membranes qui sont

situées, non de travers, mais en long, s’unissent et assemblent en telle sorte par le moyen de quelques petites membranes fort desliées, qu’en un coït violent les caruncules sont froissées, les membranes déchirées, non sans douleur et quelque perte de sang[32].

Pour prouver la virginité d’une femme, Du Laurens donne un exemple provenant de la Bible et explique qu’en mettant « la premiere nuict des noptes un linge sous la fille »[33] on peut recueillir son sang et montrer de cette manière qu’« elle avait gardé sa virginité jusques à ce jours-là »[34]. Paré, cependant, reste prudent face à ces pratiques et avertit des conséquences tragiques souvent subies par des femmes jugées comme adultère et paillarde par le peuple. Le chirurgien rejette l’opinion commune selon laquelle la femme saigne lors du premier rapport sexuel, mais souligne en même temps l’importance de la virginité dans les rapports conjugaux. Une femme considérée par la société comme impure, c’est à dire ayant eu des relations sexuelles avant d’avoir des rapports avec son mari, était condamnée à l’infamie et au mépris du peuple. Par ailleurs, comme nous le rapporte Paré, « les meschantes maquerelles et impudentes, qui ont accoustumé vendre filles pour pucelles »[35], usaient même de stratagèmes pour tromper les clients,

lesquelles contrefont cette joie, leur faisant des iniections d’eaux astringentes, puis mettent profondement au col de leur matrice une esponge imbue en sang de quelque beste, ou en remplissent quelque petite vessie, comme la vessie où est contenu l’humeur cholerique aux moutons, ou autres bestes qu’on appelle la vessie du fiel, et alors que l’homme vient avoir compagnie d’elles, font les reserrées, criant comme si on les despucelait, ou qu’on leur feist une douleur extreme : et en l’acte ledit sang qui en est exprimé coulle dehors, et le pauvre badelory, doux de sel, pense avoir eu la creme, où il n’aura eu que le fonds du pot, voire que de ces pucelles en sera quelquefois issu de petites creatures, qui se degenerent en hommes ou femmes : partant garde ce heurt qui pourra[36].

2. Jardin d’été

La semence : deuxième principe de la génération

Le sang menstruel est important et déterminant pour une femme tout au long de sa vie car il permet de définir son rôle social. De même, la question de la semence qui, selon les Anciens, provient aussi bien de l’homme que de la femme, a vivement suscité l’intérêt des médecins. Voyons tout d’abord comment ces derniers la définissent. Dans le Livre de la génération, plus précisément dans les Controverses Anatomiques, André du Laurens soulève cette problématique en se référant aux autorités de l’époque :

Hippocrate la definit, une portion tres-bonne et tres puissante de toute l’humeur qui est contenue dans tout le corps. Pithagore, s’écume du sang tres-louable. Platon, une effluxion ou decoulement de la medusse spinale. Alcmeon une petitre portion du cerveau. Zenon, l’esprit de l’homme lequel il jette avec les humeurs, rapine et despouille d’une partie de l’ame. Epicure, un fragment de l’ame et du corps. Quelques uns des Anciens la definissent, un esprit chaud en l’humidité, mobile de soi, ayant la puissance d’engendrer un corps semblable à celui dont il provient. Aristote, la definit l’excrement de la derniere nourriture des parties solides. Et quelquefois, excrement utile. Et Fernel, ce dont prennent leur origine premierement les corps qui sont engendrez naturellement, non pas comme de la matiere, mais comme du principe efficient du mouvement[37].

La définition de la semence est alors encore confuse : la « geniture, sperme, semence, ne signifient qu’une mesme chose entre les Medecins »[38]. Toutefois, une légère distinction entre chacun de ces termes est faite, ce que remarque Du Laurens, chez les plus grandes autorités : Hippocrate, Galien et Aristote. Les différences résultent principalement de la manière dont chacun d’entre eux perçoit ce liquide et à quel moment ils l’observent. Si pour les deux premiers les notions de sperme et de géniture s’entremêlent, seul Aristote opère une différence entre la géniture et la semence : « la geniture est un ens imparfait et l’un des principes de la generation seulement : mais la semence est un ens parfaict composé des deux principes »[39]. Cependant, chez Hippocrate et Galien la différence réside dans l’emploi du mot thoros qui pour le premier est synonyme de géniture et de sperme, mais qui chez Galien signifie précisément le moment de l’excrétion de la semence, l’éjaculation. Néanmoins, Du Laurens n’accepte aucune de ces explications car toutes lui semblent imparfaites, ce qui le mène à proposer sa propre définition :

La semence est un corps humide, écumeux et blanc, cuit et élaboré par la seule faculté des testicules, des reliques de la derniere nourriture et du meslange des esprits qui vaguent par tout le corps, et ce pour la generation parfaicte de l’animal[40].

La semence est communément appelée à l’époque un excrément de la dernière nourriture. En effet, selon de nombreux auteurs, la semence procède du sang. Le sang qui passe par le corps humain pour le nourrir est finalement produit en trop grande quantité. Ainsi, le surplus est attiré par les testicules qui le transforment en semence, d’où l’idée que la « semence provient de toutes les parties du corps »[41]. Or, « deux théories sont en concurrence entre lesquelles les médecins de la Renaissance, pas plus que les Anciens, ne tranchent : 1. Le sperme vient de toute l’humeur qui se trouve dans le corps 2. Il provient avant tout du cerveau et de la moelle »[42]. Dans son traité, Du Laurens ajoute qu’

il y en a d’autres [opinions] qui derivent la plus grande partie de la semence du cerveau et de la moelle de l’espine. Nous appuyerons leur opinion d’authoritez, d’exemples, et de raisons. Hippocrate escrit au livre de la geniture, que la semence descend du cerveau aux lombes et à la moelle dorsale, et de là aux reins, et des reins par le travers des testicules aux parties génitales. Il escrit aussi ailleurs, que les veines nommées jugulaires descendent d’un costé et d’autre, de la teste aux testicules, et qu’elles y portent la semence. Il donne donc deux chemins à la semence pour aller du cerveau aux testicules : savoir est, la moelle de l’espine, et les veines qui sont derriere oreilles[43].

Toutefois, le médecin n’adhère véritablement à aucune de ces deux théories, ou plutôt les enrichit :

il y a encore une seconde matiere dont la semence est engendrée, qui est la plus noble, et qui fait que les semences sont foecondes ; à savoir les esprits portez par les arteres spermatiques aux testicules, lesquels estant de Nature de feu et d’air, et vaguans par tout le corps contiennent en eux l’idée de toutes les parties ; et non pas seulement la forme de l’homme ou de la femme, mais aussi la necessité fatale de vivre et de mourir[44].

Ensuite, Du Laurens propose une réflexion sur la ressemblance des enfants et des parents et sur la façon dont tout le processus est influencé par la « faculté formatrice »[45]. Selon lui, la similitude ne découle pas de la matière de la semence, mais d’une force plus profonde et plus puissante qu’il appelle la « faculté formatrice »[46]. Du Laurens la considère comme une sorte d’énergie vitale qui est présente dans tout le corps humain et qui est transmise au moment de la procréation par la semence. Le médecin insiste sur le fait que ladite faculté n’agit pas d’une façon matérielle, physique, mais qu’elle le fait à travers les « esprits mobiles et influens »[47], des forces invisibles qui circulent dans le corps et affectent les testicules. La transmission des traits physiques ne résulte pas seulement de la composition de la semence, mais également d’une interaction complexe entre les forces vitales qui règlent le fonctionnement du corps humain. Ainsi, l’excès de pratiques sexuelles, selon Du Laurens, a des effets délétères sur la santé physique. Dans son traité, il explique comment des rapports sexuels excessifs peuvent entraîner un affaiblissement général du corps. En effet, l’énergie qui rassemble « l’aliment et les esprits »[48] est rapidement épuisée en privant le reste du corps de la nourriture nécessaire pour son bon fonctionnement. « L’evacuation de la semence debilite le corps quarante fois plus que celle du sang »[49]. Du Laurens va même jusqu’à constater que « le coït immoderé fait devenir les hommes chauves, or la chauveté provient du deffaut de l’humeur chaude et grasse, qui a esté consommée par le coit excessif »[50]. Puisque le plus important à l’époque est l’équilibre, surtout l’équilibre humoral, la médecine n’a pas manqué de mentionner aussi les effets nocifs du manque de rapports sexuels. Dans son traité, Jean Liébault énumère divers facteurs influençant l’acte sexuel parmi lesquels nous trouvons entre autres, une bonne santé et une complexion sanguine, mais il se penche également sur des pathologies telles que la rétention trop longue de la semence. Le sperme retenu trop longtemps dégrade le corps et l’esprit, et devient selon le médecin un « venin mortel »[51] qui peut entraîner des troubles physiques et mentaux comme une perte de mémoire, une débilité générale du corps ou une perturbation de l’intellect. Le médecin mentionne l’influence négative de l’excès de chaleur sur la régularité de la production de la semence, mais aussi les « humeurs acres et salées »[52] qui provoquent un appétit incontrôlable.

L’acte sexuel

Après avoir étudié la définition et le rôle de la semence dans le processus de la génération, nous voudrions nous pencher sur l’acte sexuel tel qu’il est perçu par la médecine de la Renaissance. Échange sacré, sanctionné dans le cadre du mariage et de la procréation, l’acte sexuel n’est pas une simple rencontre physique des amants, mais un moment crucial du mariage et un horizon pour l’humanité. En effet, « l’impuissance, c’est-à-dire l’inaptitude du mari à déposer dans la femme les germes de la reproduction, intéressait l’Église au plus haut point dans la mesure où elle constituait un motif d’annulation du mariage en niant sa finalité même, la procréation »[53]. Pour accomplir le devoir du mariage, les semences masculine et féminine se rencontrent dans un « lieu commun »[54], la matrice, ce qui marque le début du processus de la génération.

Du Laurens offre une description détaillée de ce processus. Lorsque les deux semences se rencontrent, la matrice animée d’un désir profond se resserre pour empêcher le sperme de s’échapper. Le médecin souligne la nature active de l’utérus qui loin de rester un organe passif « se fronce et retire en sorte qu’elle ne laisse aucune espace vide dans soi »[55]. De plus, la matrice réveille les facultés inactives des deux semences « qui estaient comme assoupies et cachées, et fait sortir en acte ce qui auparavant estait seulement en puissance »[56]. Le véritable moment de la conception n’est donc pas le moment de la réunion des semences mais, selon Du Laurens, celui de la « vivification de la semence feconde pour la formation du fœtus, dépendant d’une proprieté qui est speciale au corps de la matrice »[57].

Mais comment accomplir cet acte ? Ambroise Paré, dans Toutes les œuvres, met en lumière une perspective plutôt abandonnée chez d’autres médecins : l’exigence de la préparation de la femme avant l’acte sexuel. Le médecin remarque le rôle fondamental des préliminaires en suggérant la nécessité de bien stimuler la femme avant le coït, à la fois physiquement et émotionnellement. L’homme doit le faire en « la baisant, et lui parlant du jeu des Dames rabatues : aussi en maniant ses parties genitalles, à fin qu’elle soit esguillonnée et titillée, tant qu’elle soit esprise des desirs du masle »[58]. Toute cette préparation a pour but d’éveiller l’excitation de la femme et son désir pour favoriser ensuite l’union des semences car Paré remarque qu’« aucunes femmes ne sont pas si promptes à ce jeu que les hommes »[59]. Par ailleurs, la femme peut elle-même se préparer avant de s’unir avec son mari ; dans ce but, elle doit appliquer une « formentation d’herbes chaudes, cuites en bon vin ou malvoise, à ses parties genitalles »[60] ou bien mettre « dedans le col de sa matrice un peu de musc et civette »[61].

Le chirurgien décrit chaque étape et les précautions à prendre avant, pendant mais aussi après l’acte sexuel pour augmenter les chances d’une grossesse. Une fois qu’ils « accompliront leur jeu doucement, attendant l’un l’autre, faisant plaisir à son compagnon »[62], une pratique post-coïtale devra être exercée pour encourager la conception. La femme, en ayant dans son « champ de Nature »[63] les deux semences, doit être aussi prudente que possible afin de ne pas gâcher les chances d’engendrer. Parmi les commentaires faits par le médecin dans son court chapitre, on trouve un conseil intéressant pour l’homme, celui de ne pas se relever rapidement après l’éjaculation : il « ne doit promptement se dejoindre et descendre à fin que l’air n’entre en la matrice », mais lorsqu’il lui faut se retirer, la femme doit maintenir les cuisses serrées et se reposer pour optimiser la mixtion des semences.

La surconception : un mystère de la Nature

Le sujet de la surconception est abordé par Du Laurens dans son traité. Il explique qu’il s’agit de la possibilité pour une femme enceinte de concevoir une seconde fois. En effet, elle peut « concevoir à nouveau »[64] en sorte que les deux fœtus se développent simultanément dans son utérus, mais à des étapes de développement différentes. Se référant aux autorités anciennes, Du Laurens évoque entre autres Aristote qui considère ce phénomène relativement rare et limité à certaines espèces animales, dont la femme, créature particulièrement sujette à cette anomalie « contre l’institution de Nature »[65], aux côtés des lièvres et des truies. Bien que le fœtus consomme une grande partie des nutriments de la mère, notamment son sang, la capacité de la femme à produire la semence et à éjaculer n’est cependant pas affectée comme chez les animaux. La femme, toujours froide et humide a ses « vaisseaux spermatiques[66] remplis de beaucoup de semence, qui lui donne un certain chatouillement aux parties genitales »[67].

À l’occasion de ce chapitre, Du Laurens fait aussi allusion à la sexualité des femmes vieillissantes, en particulier celle des « sexagenaires »[68] qui perdent leurs règles et ainsi leur fertilité, car leurs corps ne produisent plus la quantité suffisante de semence pour soutenir une grossesse. Toutefois, la perte de fertilité n’entraîne pas une incapacité à ressentir le plaisir. En effet, même à un âge plus avancé, les femmes continuent à produire une semence, impuissante, mais « suffisante pour les chatouiller et les inciter aux combats veneriens »[69]. Chez l’homme, continue Du Laurens, le désir sexuel n’a pas seulement pour but la reproduction de l’espèce, mais il adoucit aussi « les miseres de la vie humaine »[70]. Le médecin semble attribuer ainsi à l’acte sexuel de l’homme un caractère émotionnel, ce qui est rarement rencontré chez d’autres représentants de la médecine de l’époque.

Comment toutefois expliquer qu’une femme puisse recevoir une seconde semence masculine alors qu’elle est déjà enceinte et que sa matrice s’est refermée pour garantir la rétention des semences précédentes. Du Laurens semble être sceptique concernant le rare phénomène de la surconception et réfute plusieurs idées justifiant ce processus. Tout comme il réfutait l’existence de l’hymen, il critique la croyance en la capacité de l’ouverture régulière de la matrice qui aurait pour but de « vider et chasser hors les exremens inutiles contenus en icelle »[71] en la qualifiant de « pures resveries et contes fait à plaisir »[72]. Du Laurens soulève un argument clé : si la matrice s’ouvrait pour chasser les excréments et pour permettre l’entrée de la semence, « pourquoi les lochies et vuidanges seraient-elles retenues durant tout l’espace des neuf mois ? »[73]. Si la matrice est véritablement capable de s’ouvrir et de se refermer à volonté, un mélange des humeurs corporelles, qui nuirait alors au développement du fœtus, serait certain. Une possibilité demeure néanmoins, en effet, les rares femmes dont l’orifice utérin ne se ferme pas précisément après la première conception sont selon lui susceptibles de concevoir à nouveau. Il précise que

si en ce temps-là elles viennent derechef avoir la compagnie de l’homme, elles recoivent aisement la semence virile et la cachent dans la cavité de la matrice d’où il se fait une seconde conception. Or ce passage-là se doit entendre du trois ou quatrième jour d’apres la premiere conception : car la matrice ne peut pas demeurer entre ouverte durant tout le temps de la formation[74].

3. Jardin d’hiver

La définition de la vieillesse

Dans son traité, Du Laurens offre une définition détaillée de la vieillesse et de chacune de ses trois étapes. Chaque phase correspond à un âge particulier et à des changements différents qui affectent un individu vieillissant. La première, nommée « vieillesse verte »[75], se caractérise par la prudence et l’expérience humaine qui rendent les personnes de cet âge dignes de « gouverner les republiques »[76]. La description de cette étape est la moins développée par le médecin. Elle débute à partir de la cinquantaine mais elle ne possède aucune caractéristique qui permettrait de la distinguer et de la définir dans la vie quotidienne. La seconde vieillesse commence à soixante-dix ans. Cette étape est marquée par l’apparition de maux et par une certaine dégradation physique. Une caractéristique importante de la personne âgée est, du point de vue médical, la froideur et la sècheresse du corps qui, à ce moment, se manifestent par une perte de couleur de la peau, un affaiblissement des sens et l’apparition de maladies froides. Toutefois, il semble qu’il y ait toujours des malentendus concernant la deuxième des qualités du corps vieillissant, la sécheresse : « quelques uns l’ont voulu de battre : ils disent que ceste vieillesse est humide et non pas seche, pource qu’on voit les yeux des vieillards toujours larmoyans, le nez leur descoule toujours, il sort de leur bouche grande quantité d’eaux, ils ne font que tousser et cracher »[77]. Or, selon Galien, l’autorité la plus illustre pour les médecins de la Renaissance, les vieillards sont toujours secs et d’une « humidité dite radicale »[78]. Selon ce dernier, la vieillesse se caractérise par un mélange des humeurs, en particulier par un assèchement progressif des différentes parties du corps qui, chez les enfants, sont humides et commencent à s’assécher avec l’âge. Comme le précise Anne-France Morand, « la sécheresse peut avoir pour origine le régime alimentaire, la privation de boissons ou de nourriture, les excès sexuels, les insomnies, mais aussi les soucis, l’amour, et la colère (Hygiène V, 3, 1, p. 141 Koch ; VI, 1, 319 Kühn), car l’équilibre du corps parfait s’éloigne de cet état pour trois raisons : un mauvais mélange de base, un équilibre déstabilisé par une cause externe, ou encore, plus important pour notre propos, l’écoulement du temps »[79]. Elle ajoute que « la maigreur, les rides, la dureté des nerfs, et de la peau, la roideur des joinctures »[80] sont des symptômes typiques de la deuxième vieillesse. Enfin, la dernière étape est appelée « decrepite : à laquelle, comme dit Prophete Royal, il n’y a que douleur et langueur »[81]. À ce moment, toutes les facultés du corps et de l’esprit sont dégradées, la mémoire se trouble, le jugement devient moins précis et les vieillards semblent revenir à un état proche de l’enfance.

Par la suite, Du Laurens propose une réflexion sur les différences concernant le vieillissement entre les sexes qui peut se résumer ainsi : la femme vieillit plus vite que l’homme. Nous trouvons la source de cette croyance chez Hippocrate qui introduit la pensée du développement inégal des femmes et des hommes. En effet, dans la vie prénatale, ce sont les hommes qui évoluent plus vite, car ils sont issus d’une semence de meilleure qualité, mais tout change lors de la naissance, puisqu’à partir de ce moment, c’est la femme qui s’épanouit plus rapidement. Issue d’une semence de qualité inférieure, la femme est plus faible et c’est cette fragilité corporelle qui la conduit à un vieillissement plus rapide :

la faiblesse les fait plustost croistre et vieillir : car come les arbres qui sont de courte vie croissent tout quant et quant ; ainsi les corps qui ne doivent gueres durer, parviennent bien tot à leur perfection. La facon de vivre les faict aussi vieillir, pource qu’elles demeurent quasi toujours oisives. Or il n’y a rien qui vieillisse tant que l’oisiveté[82].

La disparition des mois

Il semblerait que l’un des symptômes évidents de la vieillesse féminine soit l’absence des menstruations. Effectivement, les médecins évoquent ce sujet mais il n’est pas aussi fréquemment abordé qu’on pourrait l’imaginer. Dans Les Infirmités et maladies des femmes, Liébault aborde ce problème en offrant une description précise des causes et des remèdes pouvant régler le cycle féminin troublé. Le médecin distingue deux formes de disparition des règles : naturelle et contre-nature. La première se manifeste dans des situations physiologiques particulières, où le corps féminin est soumis à des conditions non ordinaires. Cela arrive « à celles qui sont grosses : qui nouvellement ont enfanté : aux nourrisses : aux vieilles : aux hommasses et viragines : à celles qui usent de grands et frequens exercices, quelles sont les femmes rustiques, les sauterelles, les chanteresses »[83]. Toutefois, il convient de noter que les femmes enceintes et les nourrices ne souffrent pas d’une disparition définitive de leurs règles, leur sang se transforme en d’autres liquides qui exercent des fonctions diverses comme, par exemple, le nourrissement d’un enfant. Ce même processus peut, selon le médecin, toucher les femmes âgées chez qui, en raison d’un excès d’activités physiques, l’expulsion des fluides est suspendue, mais cela n’affecte pas leur santé, car elles ne ressentent aucun changement dans l’état général de leur corps.

En revanche, « la suppresion contre nature advient aux femmes d’aage meure, non grosses, pour plusieurs causes »[84], souvent pathologiques, comme un vice de la matrice, des tumeurs ou un déséquilibre des humeurs. Ces problèmes peuvent premièrement causer des déséquilibres thermiques dans la matrice. D’un côté, une trop grande chaleur de l’organe assèche et consume son humeur en rendant l’expulsion du sang plus faible ou impossible. De l’autre, une froideur excessive épaissit le sang et empêche sa sortie. La suppression des menstruations peut être également causée par l’obstruction des vaisseaux responsables de l’évacuation du sang. En effet, ce problème peut résulter de divers facteurs tels que la présence de tumeurs, d’une graisse excessive ou de changements de position de la matrice qui entraînent, selon le médecin, le blocage de l’orifice intérieur par des caillots de sang, des excroissances de chair ou des cicatrices. Outre les vices de l’utérus, le médecin évoque aussi des troubles liés à l’humeur qui peuvent être hiérarchisés selon la quantité, la qualité et la substance du sang. La qualité insuffisante du sang est due à des périodes prolongées de jeûne, des maladies ou d’autres perturbations du corps qui empêchent la production des menstrues. Au contraire, une trop grande quantité de sang de mauvaise qualité cause une obstruction qui rend à son tour l’écoulement difficile du liquide. Nous le voyons, l’état physiologique qu’est la ménopause n’est évidemment pas compris mais il n’est pas non plus observé dans sa normalité et sa régularité. Il n’est question chez ces médecins que de circonstances et de pathologies.

*

Invisible aux yeux, mais omniprésente dans les traités médicaux des XVIe et XVIIe siècles, la nature « cachée » de la femme est le sujet de maintes discussions savantes. Bien que le sujet touche des questions relevant du domaine médical, nous avons mis en relief les nombreuses et fortes influences socio-culturelles qui déterminent le rôle de la femme dans la société prémoderne. Cependant, cette approche de la féminité ne se réduit pas seulement à sa fonction reproductive. L’étude des discours médicaux témoigne aussi des multiples attentes sociales pesant sur les femmes, jusque dans l’efficacité des rapports conjugaux. La uia feminae, telle qu’on l’a conçoit à l’époque, débute véritablement avec l’apparition des premières règles, signe de la maturité féminine et de la capacité à procréer. La procréation est donc le couronnement du statut social de la femme. À l’âge adulte, elle deviendra une épouse, une mère, et même nourrice pour certaines d’entre elles. En revanche, la vieillesse entraîne le début d’une marginalisation de la femme et cette étape est d’ailleurs si peu significative que les médecins n’en parlent guère, ayant davantage tendance à généraliser la vieillesse qu’à s’intéresser à ses particularités chez la femme. Notre recherche a donc permis de mettre en évidence l’interaction complexe entre le corps féminin et les conceptions médicales et sociales de l’époque. Bien au-delà des seules considérations anatomiques, les représentation du corps féminin ont été profondément influencées par les idées culturelles et philosophiques qui ont façonné le destin des femmes à tous les stades de leur vie.


Auteurs

* Victoria Bujak est titulaire d’un master de Philologie romane obtenu à l’Université de Łódź sous la direction de Magdalena Koźluk. Elle s’intéresse principalement à la médecine ancienne, en particulier au discours médical au seuil de la modernité. Elle a bénéfifié de deux bourses de recherche (Studenckie Granty, 2023-2024 et 2024-2025). Ses recherches sur l’histoire de la médecine constitueront une base pour un projet de thèse de doctorat à l’Institut d’Études Romanes de l’Université de Lodz.


Bibliographie

Sources primaires

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Sources secondaires

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Notes

  1. 1 Le présent travail est le résultat de recherches menées dans le cadre des Studenckie Granty Badawcze (2023-2024) sous la direction de la prof. Magdalena Koźluk de l’Institut d’Études Romanes de l’Université de Łódź.
  2. 2 A. Paré, Livre de la génération de l’homme, in A. Paré, Les Œuvres, Paris, Gabriel Buon, 1599, p. 803.
  3. 3 H. Cazes, « Désordres, oscillations et déséquilibres dans l’ordonnancement des matières anatomiques : faire place au féminin dans les traités du corps humain (1521-1546) », Renaissance and Reformation / Renaissance et Réforme, 2023, no 46 (3-4), p. 29-82, https://doi.org/10.33137/rr.v46i3.42635
  4. 4 Depuis l’Antiquité, le microcosme de la matrice est souvent l’objet d’une métaphore botanique. L’utérus y est un jardin fertile : « Devès savoir ke li enfes ki est ou cors de la femme est ausi comme li fruis des arbres, car vous vées premierement ke li flors où li fruits vient qu’il se tient foiblement à l’arbre, et par pau de vent ou de pluie chiet, et apriès, quand li fruis engrosse, et il se tient fort, et ne chiet mie volontiers ; et quant il voit qu’il est meurs, si chiet aussi comme li flors legierement » ; L. Landuzy, P. Roger, Le Régime du corps de maître Aldebrandin de Sienne, Paris, Honoré Champion, 1911, p. 71 ; V. Bujak, « L’utérus dans le discours médical des années 1599-1626 en France : médecin, chirurgien, sage-femme », Acta Universitatis Lodziensis. Folia Litteraria Romanica, François de Belleforest : de la traduction à l’invention, sous la dir. de W. K. Pietrzak, 2024, no 19, p. 183-198, https://doi.org/10.18778/1505-9065.19.13
  5. 5 H. Dachez, Le sang et la femme, in Le sang dans le roman anglais du XVIIIe siècle, Montpellier, Presses Universitaires de la Méditerranée, 2007, https://doi.org/10.4000/books.pulm.1386
  6. 6 A. Paré, Livre de la génération de l’homme, op. cit., p. 787-788.
  7. 7 « Jusqu’à la seconde moitié du XVIIe siècle, c’est la théorie séministe qui domine en matière d’explication des phénomènes de fécondation. Depuis Hippocrate, on pense en effet que la conception est le mélange de deux semences, masculine et féminine, toutes les deux éjaculées au moment du coït dans la matrice. Issues de la partie la plus noble du sang, les deux semences commencent à se former dans les vaisseaux et transitent dans les testicules de l’homme et dans ceux de la femmes (les ovaires) où s’achève leur transformation : cette symétrie dans la conception renvoie d’ailleurs à une vision symétrique des organes génitaux des deux sexes ». A. Carol, « Esquisse d’une topographie des organes génitaux féminins : grandeur et décadence des trompes (XVIIe-XIXe siècles) », Clio, 2003, no 17, p. 203-220, https://doi.org/10.4000/clio.590. Voir aussi É. Berriot-Salvadore, « La question du ‘séminisme’ à la Renaissance », Histoire des sciences médicales, 2017, no 51 (2), p. 265-272.
  8. 8 A. Paré, Livre de la génération de l’homme, op. cit., p. 788.
  9. 9 M. Koźluk, « ‘La femme semble estre monstrueuse, en ce qu’elle est menstrueuse’ : La femme et ses fleurs dans l’ancienne médecine », publication sous presse, Brill, 2026, p. 2 du manuscrit.
  10. 10 A. Du Laurens, Des parties génitales, in Toutes les œuvres, tr. par Th. Gelée, Rouen, pour Raphaël du Petit Val, 1621, p. 236 ro.
  11. 11 Ibid.
  12. 12 M. Koźluk, op. cit., p. 6.
  13. 13 A. Paré, Livre de la génération de l’homme, op. cit., p. 789.
  14. 14 F. Bourbon, Hippocrate. Femmes stériles, maladies des jeunes filles, superfétation, excision du fœtus, Paris, Les Belles Lettres, 2017, t. XII, 4e partie, p. 21.
  15. 15 A. Du Laurens, Des parties génitales, op. cit., p. 229 vo.
  16. 16 Ibid.
  17. 17 Ibid., p. 230.
  18. 18 J. Liébault, Trois livres appartenans aux infirmitez et maladies des femmes pris du latin de M. Jean Liebaut et faicts françois, Lyon, Jean Veyrat, 1598, p. 8.
  19. 19 Ibid.
  20. 20 Ibid., p. 9.
  21. 21 A. Du Laurens, Des parties génitales, op. cit., p. 230.
  22. 22 Ibid.
  23. 23 Ibid.
  24. 24 Ibid.
  25. 25 Ibid.
  26. 26 A. Paré, Livre de la génération de l’homme, op. cit., p. 779.
  27. 27 Ibid.
  28. 28 Ibid.
  29. 29 Ibid., p. 780.
  30. 30 Ibid.
  31. 31 Ibid.
  32. 32 A. Du Laurens, Des parties génitales, op. cit., p. 230 vo.
  33. 33 Ibid.
  34. 34 Ibid.
  35. 35 A. Paré, Livre de la génération de l’homme, op. cit., p. 780.
  36. 36 Ibid.
  37. 37 A. Du Laurens, De la génération de l’homme, op. cit., p. 237 ro.
  38. 38 Ibid.
  39. 39 Ibid.
  40. 40 Ibid.
  41. 41 Ibid., p. 237 vo.
  42. 42 J.-M., Agasse, « Désir, plaisir et pratiques sexuelles sous le regard d’un médecin de la Renaissance », 2011, 7, p. 85-97, URL : https://www.persee.fr/doc/xvi, consulté le 20.06.2025.
  43. 43 A. Du Laurens, De la génération de l’homme, op. cit., p. 238 ro- 238 vo. En réalité, il s’agit d’une « théorie, que les érudits modernes appellent pangenèse […]. On a l’habitude d’opposer cette théorie pangénétique à une théorie plus ancienne dite encéphalomyélique, parce qu’elle fait dériver la semence du cerveau et de la moelle épinière. Mais la réalité est plus complexe que les distinctions trop tranchées des érudits. De fait, notre auteur [Hippocrate] tout en affirmant que la semence provient de toute les parties du corps, la fait transiter par le cerveau et la moelle épinière. Ce transit de la semence est lié à une curieuse croyance selon laquelle les hommes deviennent impuissants après une incision derrière l’oreille » ; cf. J. Jouanna, Hippocrate, Paris, Belles Lettres, 2017, p. 383.
  44. 44 A. Du Laurens, De la génération de l’homme, op. cit., p. 237 vo.
  45. 45 Ibid., p. 238 ro.
  46. 46 Ibid.
  47. 47 Ibid.
  48. 48 Ibid.
  49. 49 Ibid.
  50. 50 Ibid., p. 238 vo.
  51. 51 J. Liébault, op. cit., p. 68.
  52. 52 Ibid.
  53. 53 S. Jahan, Les Renaissances du corps en Occident, Paris, Belin, 2004, p. 120.
  54. 54 A. Du Laurens, De la génération de l’homme, op. cit., p. 248 ro.
  55. 55 Ibid.
  56. 56 Ibid.
  57. 57 Ibid.
  58. 58 A. Paré, Livre de la génération de l’homme, op. cit., p. 733.
  59. 59 Ibid.
  60. 60 Ibid.
  61. 61 Ibid.
  62. 62 Ibid.
  63. 63 Ibid.
  64. 64 A. Du Laurens, De la génération de l’homme, op. cit., p. 263 vo.
  65. 65 Ibid.
  66. 66 Le sujet de l’anatomie féminine est déjà abordé dans notre article : V. Bujak, « L’utérus dans le discours », op. cit., p. 183-198.
  67. 67 A. Du Laurens, Des parties génitales, op. cit., p. 263 vo.
  68. 68 Ibid.
  69. 69 Ibid.
  70. 70 Ibid., p. 264 ro.
  71. 71 Ibid.
  72. 72 Ibid.
  73. 73 Ibid.
  74. 74 Ibid., p. 264 vo.
  75. 75 A. Du Laurens, Quastriesme discours, auquel est traicté de la vieillesse et comme il la faut entretenir, in A. Du Laurens, Discours de la conservation de la veue : des maladies melancholiques : des catarrhes : et de la vieillesse, Theodore Samson, 1598, p. 460.
  76. 76 Ibid.
  77. 77 Ibid.
  78. 78 Ibid., p. 461-462.
  79. 79 A.-F., Morand, « ‘Chimie’ de la vieillesse. Explications galéniques de cet âge de la vie », Cahiers des études anciennes, 2018, p. 125-143, URL : https://journals.openedition.org/etudesanciennes/1065, consulté le 05.05.2025.
  80. 80 A. Du Laurens, De la vieillesse, et comme il la faut entretenir, op. cit., p. 462.
  81. 81 Ibid.
  82. 82 Ibid., p. 469-470.
  83. 83 J. Liébault, op. cit., p. 341.
  84. 84 Ibid.