ACTA UNIVERSITATIS LODZIENSIS
Folia Litteraria Romanica 21, 2026

DOI: https://doi.org/10.18778/1505-9065.21.11

L’appareil génital féminin dans les emblemata medica de Louis de Caseneuve (1626)

Magdalena Koźluk*

logo ORCID https://orcid.org/0000-0001-7775-3594
Université de Lodz, Pologne
Institut d’Études Romanes
magdalena.kozluk@uni.lodz.pl

RÉSUMÉ

Dans notre travail, nous nous sommes penchée sur le huitième des douze emblèmes de Louis de Caseneuve, (?-1645), jésuite issu d’une famille bourgeoise de Tournon, intitulé Nascentem damna uenantur (Les malheurs frappent celui qui naît). La première partie de l’emblème propose une courte leçon anatomique portant sur l’appareil génital féminin. Ce cours consiste en un examen approfondi des figures gravées dont le lecteur, jeune médecin, doit saisir la signification en s’appuyant à la fois sur les clefs interprétatives réunies dans les figures hiéroglyphiques (hieroglyphica) et sur le commentaire latin. Cet emblème compose ainsi une scène allégorique dans laquelle chaque élément iconographique invite d’abord le lecteur à la contemplation des connaissances et ensuite à leur mémorisation.

MOTS-CLÉS – Louis de Caseneuve, emblèmes médicaux, appareil génital féminin, univers imaginaire, associations mnémoniques

The Female Reproductive System in Louis de Caseneuve’s emblemata medica (1626)

SUMMARY

In our work, we focused on the eighth of the twelve emblems of Louis de Caseneuve, (?-1645), a Jesuit from a bourgeois family in Tournon, entitled Nascentem damna uenantur (Misfortunes strike the one who is born). The first part of the emblem offers a short anatomical lesson on the female reproductive system. This course consists of a detailed examination of engraved figures, which the reader, a young doctor, must interpret by relying on both the interpretive keys gathered in the hieroglyphic figures (hieroglyphica) and the Latin commentary. This emblem thus creates an allegorical scene in which each iconographic element first invites the reader to contemplate the knowledge and then to memorize it.

KEYWORDS – Louis de Caseneuve, medical emblems, female genitalia, imaginary universe, mnemonic associations

Louis de Caseneuve[1], médecin peu étudié quoique digne du plus grand intérêt, est l’auteur d’un ouvrage unique en son genre, le Hieroglyphicorum et medicorum emblematum Dodekakrounos[2] (Illustration 1). Ce livre d’emblèmes du XVIIe siècle peut être considéré comme un exceptionnel hommage rendu à l’art médical[3]. En premier lieu, le livre présente toutes les caractéristiques d’un manuel mnémonique dont le but était de faciliter aux jeunes médecins l’apprentissage du savoir médical hérité. Ce volume témoigne de l’invention originale d’un médecin jésuite qui, pour transmettre « la science parfaitement orthodoxe, et plutôt même un peu retardataire »[4], a su réutiliser des pratiques mnémoniques connues depuis l’Antiquité et perfectionnées au Moyen Âge[5]. En second lieu, prolongeant le courant érudit de l’ars emblematica[6], les emblèmes de Caseneuve s’inscrivent dans la grande lignée de textes qui court du Songe de Poliphile de Francesco Colonna[7] aux Hieroglyphica de Pierio Valeriano[8], en passant par les Hiéroglyphes de Horus Apollon[9]. Par sa nature et par la portée didactique que lui confère Caseneuve, ce recueil est, comme l’avait déjà noté Jacques Roger, un moyen d’accéder plus parfaitement à la connaissance, car « le hiéroglyphe est l’idée rendue visible, et donc immédiatement saisissable »[10].

Page de titre de l’ouvrage Hieroglyphicorum et medicorum emblematum δωδεκακρούνος  de Ludovico Casanova, publié à Lyon en 1616 par Paul Frelon. Texte en latin avec un titre grec.
Illustration 1. Page de titre L. Caseneuve, Hieroglyphicorum et medicorum emblematum dodekakrounos, Lugduni, sumptibus Pauli Frellon, 1626, in I. P. Valerianis, Hieroglyphica, Lugduni, apud Paulum Frellon, 1626.

1. Nascentem damna uenantur (Les malheurs frappent celui qui naît)

Nous voudrions nous pencher sur le huitième des douze emblèmes qui composent l’ouvrage, intitulé Nascentem damna uenantur (Les malheurs frappent celui qui naît) et en particulier sur sa première partie[11]. Décrivons tout d’abord la gravure (pictura, ikon, imago, symbolon), premier élément de l’emblème qui porte le sens premier, dit littéral[12] (Illustration 2). Elle présente une scène de chasse dynamique se déroulant dans les champs à quelques lieues de la ville. Au centre, une meute de chiens y attaque un lièvre qui vient de quitter le terrier que nous apercevons à l’arrière, creusé sous un petit tumulus. Considérant la véhémence des prédateurs, le destin du levraut semble d’ores et déjà fixé. L’épigramme (declaratio, epigramma) accompagnant la gravure, second élément constitutif de l’emblème, lui fournit par l’hexamètre de nouveaux éléments. Nous apprenons ainsi que le terrier souterrain (cuniculus) est humide (humens) et que le monticule est habillé de plantes et d’herbes (quem natura loci mulitimode decorat) aux noms latins parlant tout à la fois aux médecins et aux historiens de l’art : le nombril de Vénus (omphalus Veneris), la capillaire de Montpellier (Capili Veneris), le chardon à carder (labra Veneris), le nénuphar (Nymphaea) et le myrte (mirthum). Les vers suivants viennent, nous le pressentions, sceller le destin de l’animal devenu proie : sitôt qu’il jaillit de la végétation, abandonnant alors ses cachettes (lepus ex illis ut latebris abit), le voilà menacé (ilicet instat) par la course et les morsures (et morsu et cursu) de chiens en nombre (multa canis). Enfin, les gravures sacrées (hieroglyphica), invention originale de Caseneuve, nous renseignent sur la valeur symbolique des détails de la gravure mentionnés dans les vers. Elles apportent un second sens à l’emblème, une portée allégorique (anima) (Illustration 3) et permettent finalement de comprendre sa signification à travers la lecture correcte des relations désignées entre l’objet représenté (lièvre, terrier, chiens) et le sens établi (homme, utérus, maladies). Sans même avoir recours au commentaire, quatrième élément figurant dans d’autres recueils du genre, la sagesse de ce huitième emblème nous est offerte dans toute son évidence : tout homme est accablé « dès sa naissance par les maladies, sous les traits d’un lièvre que les chiens assaillent à la sortie de son terrier »[13].

Gravure intitulée Nascentem damna venantur, Emblema VIII. Illustration allégorique représentant les dangers ou les malheurs guettant l’être naissant, dans un style emblématique du XVIIe siècle.
Illustration 2. L’emblème Nascentem damna uenantur (Les malheurs frappent celui qui naît) in L. Caseneuve, op. cit., p. 76.
Légende hiéroglyphique accompagnant l’emblème. Elle contient des explications allégoriques des éléments représentés, tels que le lièvre, le chien et la montagne.
Illustration 3. Légende hiéroglyphique qui accompagne l’emblème in L. Caseneuve, op. cit., p. 77.

2. Un monde d’analogies

Or, cet emblème visant à présenter la fragilité existentielle de l’homme s’avère être aussi une curieuse leçon anatomique riche de toutes les connaissances de l’époque sur l’appareil génital féminin. Ce cours est fondé sur un examen approfondi des figures gravées dont le lecteur, jeune médecin, devra comprendre la signification en s’appuyant à la fois sur les clefs interprétatives réunies par Caseneuve dans les figures hiéroglyphiques (hieroglyphica)[14], et sur le commentaire latin, rythmé par son choix des autorités, par ses préférences de lecture et surtout par son goût de l’érudition[15]. Il est important de noter que les parties honteuses (pudenda) de la femme y sont toujours présentées dans un rapport de similarité avec plusieurs éléments empruntés à la topographie physique, à la zoologie et surtout au monde végétal. Les correspondances proposées par le médecin reposent ainsi entièrement sur une pensée analogique, méthode d’association connue et privilégiée depuis l’Antiquité.

2.1. Le lièvre et son humide terrier

Penchons-nous à présent sur la légende hiéroglyphique et sur les fragments du commentaire qui exposent et ordonnent les connaissances sur l’appareil génital féminin, que l’Auctor non minus artificiose quam pudice obtexit[16] (l’Auteur a dissimulé non moins habilement que modestement). Premièrement, le médecin dévoile le sens du monticule au pied duquel notre histoire débute. Celui-ci, précise-il, « doit être compris comme le mont de Vénus » (monticulus, hieroglyphicum montis Veneris[17]). L’association repose sur un jeu de mots et de sens entre deux références topographiquement bien définies. Le mont de Vénus, appelé également le mont du pubis, renvoie donc tout d’abord à l’anatomie féminine, c’est-à-dire à la zone de la peau où se rencontrent la symphyse pubienne et l’os pubien. Le mont de Vénus fait ensuite référence au mont Eryx en Sicile, demeure mythique de la déesse de l’amour. Instruit peut-être dans les res Veneris, le médecin constate que Vénus séjourne, selon toute probabilité, plus souvent dans cette partie anatomique que dans son logis d’Italie[18]. Ce jeu associatif se retrouve encore dans la figure suivante du terrier (cuniculus terreus, hieroglyph. Naturalium muliebrium[19]). Le mot cuniculus peut se rapporter au lièvre mais aussi, par extension, à sa galerie souterraine[20]. Sur le plan sémantique, Caseneuve joue, nous le verrons par la suite, tout autant de la nature libidineuse du lièvre que de la spécificité des souterrains par lui creusés. À l’occasion, le médecin ne prive pas le lecteur de ce plaisir intellectuel qui consiste ici à associer le mot cuniculus (lièvre, terrier) au mot cunnus (vagin). Tout à sa joie, le levraut demeure ainsi dans son logis camouflé (gaudet in effossis habitare Cuniculus antris[21]) et s’y sent parfaitement à l’abri en raison des multiples couloirs secrets. Ce sont ces derniers qui évoquent dans l’esprit du médecin les sinuosités des naturalia muliebrum et en particulier la partie honteuse dans laquelle se fait la conception (caeterum cuniculo muliebria naturalia posse intelligi[22]). À cet endroit, termine le médecin en paraphrasant un passage d’André du Laurens (1558-1609), premier médecin du roi Henri IV, ne mène « certes qu’un seul et unique chemin, et iceluy assez large et spatieux ; mais on y rencontre, tant dés l’entrée comme par tout le reste d’iceluy, une grande diversité de parties, plusieurs cavités, diverses chambrettes, et antichambres, qui monstrent le singulier artifice de Nature en la nature mesme : car les anciens appelloient la matrice de ce nom »[23]. En bref, l’architecture mystérieuse de l’utérus, cet « instrument de la propagation du genre humain[24] », marqué par toutes ces « différentes parties » (particulae), « plusieurs cavités » (uarii sinus), « chambrettes » (thalami), et « antichambres » (atria), témoignent de l’excellence de l’esprit divin[25].

Si nous savons déjà que le terrier du lapin est impénétrable, l’hexamètre nous apprend qu’il est également humide (cuniculus humens[26]). Nous comprenons ainsi que cette partie de la femme, où « mystérieusement l’Amour plonge ses traits »[27], reste moite (humens est pars illa in qua occulte spicula tingit amor[28]) en raison de la sécrétion d’une humeur à la viscosité salivaire ou huileuse (serosus humor similis humori saliuali et oleoso[29]). Notre médecin a ensuite recours à un long passage de Galien pour expliquer le mystère de la génération par l’existence d’une semence chez la femme, transmettant ainsi la théorie séministe en vigueur avant la découverte des fonctions ovariennes[30]. Cette humeur, note Caseneuve, « est engendré aux corps glanduleux »[31] (qui humor in illis corporibus glanulosis gignitur[32]) et « distille ordinairement au canal de l’urine des masles »[33] (in meatum urinarium effunditur, in masculis una cum semine[34]). La principale fonction de cette sécrétion, ajoute Caseneuve, est de donner « envie de s’assembler, que s’assemblant elle cause un grand plaisir : qu’elle arrouse le canal de l’urine d’une moilleure profitable »[35] (Utilitates autem eius sunt, tum quod ad congressum excitet, tum quod in congressu ipso delectet[36]). « Quand on habite avec les femmes », continue Caseneuve, « ceste humeur de laquelle nous parlons coule soudainement et abondamment avec la semence, et à ceste raison donne sentiment de soy avec delectation : en autre temps il degoute petit à petit, et pour ceste cause nous ne le sentons point »[37]. Notons à l’occasion qu’en paraphrasant Galien, Caseneuve passe sous silence le large fragment dans lequel le maître de Pergame loue le plaisir propre à la copulation. « Ceste humeur », enseignait jadis Galien,

non seulement donne envie aux femelles de s’accompagner du masle, mais aussi quand elle est jettée, chatouille de certain plaisir et arrouse le conduit, on le cognoit parce que quand les femmes prennent grand plaisir et délectation en la compagnie de l’homme, elle en rendent beaucoup, et les hommes qui ont affaire avec elles, la sentent espancher à l’entour de la verge : et mesmes ceux qui pour estre chastrés, ne peuvent jetter vraye semence, sentent plaisir quand cest humeur sort, tellement que pour asseurer cela, desormais ne faut chercher autre preuve[38].

En ce qui concerne notre lièvre, le fait de placer au-dessous du mont de Vénère le terrier de cet animal consacré à la déesse s’inscrit par ailleurs pleinement dans le système symbolique de l’époque[39]. Évoquant « l’amour charnel », en raison de son extraordinaire fécondité et de sa capacité à proliférer, le lièvre était une figure de l’amour et de la luxure[40]. Sa viande était toutefois considérée dans la médecine comme source d’humeur mélancolique[41].

2.2. Un bouquet d’associations botaniques

Dans son programme symbolique, Caseneuve privilégie, disons-le, les associations botaniques, car les cinq parties de l’appareil génital de la femme sont, dans les hieroglyphica, assimilées à des plantes. Et bien que Caseneuve ne partage pas avec son lecteur les sources d’inspiration de cette conception botanique, toutes ces associations végétales renvoient à l’image générale de la matrice comme « un champs ou jardin très-fertile, ordonné pour recevoir deux semances, afin de multiplier la lignée »[42], idée représentée de façon emblématique par la gravure de la femme-jardin d’Adriaan van de Spiegel (1578-1625), anatomiste et botaniste belge, dans son traité De formato foetu[43].

Le médecin nous invite tout d’abord à cueillir un nombril de Vénus (lat. Umbilicus Veneris) (Illustration 4). La légende hiéroglyphique veut que le lecteur voie en ce végétal le nombril anatomique, conformément au sens latin (Umbilicus Veneris, hieroglyph. Umbilici, num. II[44]). Cependant, nous devons admettre que cette partie du corps a, hélas, peu de choses en commun avec l’appareil génital féminin. Fondée sur le savoir d’Origène, la première partie du commentaire de Caseneuve se concentre tout particulièrement sur le caractère diabolique du nombril qui devient dans le discours de notre jésuite le symbole de la fornication, résultat de la naturelle concupiscence féminine. C’est seulement dans la deuxième partie de son commentaire que Caseneuve renouvelle la symbolique de la plante, profitant alors des origines grecques du nombril de Vénus (gr. κοτυληδών, cotyledon) et de la morphologie de la plante. L’umbilicus a « les feuilles faites et tournées à mode d’un acétabule, ou couppe »[45]. Les cavités des feuilles ressemblent ainsi, explique Caseneuve, aux « cotylédons » ou « acetables » se trouvant dans la matrice.

Gravures en noir et blanc représentant la plante « nombril de Vénus », discutée dans l’article. Illustrations extraites d’un ouvrage du botaniste italien Pietro Andrea Mattioli.
Illustration 4. P. A. Mattioli, Les Commentaires de M. P. André Matthiolus, médecin senois sur les six livres de Pedancius Dioscoride Anazarbeen de la matière medecinale, Lyon, Guillaume Rouillé, 1579, p. 622 : nombril de Vénus.

Précisons ici qu’il existait à l’époque trois définitions de ce terme. Nous lisons chez André du Laurens que les cotylédons pouvaient d’abord désigner « les seins et cavités apparantes qui ressemblent à l’umbilicus Veneris auxquelles aboutissent les vaisseaux de la matrice ; et à le prendre en cette signification, la femme n’a point de cotyledons, mais ils sont apparents aux brebis et aux chevres »[46] ; ensuite, les médecins qualifiaient par ce terme « les orifices des vaisseaux qui advancent un peu en dehors, comme les bouts des mamelles »[47] ; enfin, il pouvait renvoyer aux « orifices des vaisseaux qui se terminent en la matrice et qui s’unissent avec les veines de l’enfant »[48]. En évoquant le nombril de Vénus en tant que symbole des cotylédons, Caseneuve pense lui aux « deux branches de veines répanduës dans la matrice, desquelles l’une vient de la spermatique, et l’autre de l’hypogastrique : par ces veines les femmes ont leurs purgations » (Nam ora sunt uenarum ab hypogastrico et spermatico ramo propagatarum, et uteri fundum, et ceruicem disseminatarum. Per illas fluit sanguis menstruus in foeminis[49]). Si ces analogies botaniques sont largement partagées par les médecins, nous voyons dans ce cas précis qu’elles nourrissent la confusion plus qu’elles ne suppléent aux imprécisions des observations anatomiques.

Ajoutons à notre bouquet un chardon à carder (gr. dipsacus, lat. labrum Veneris), herbe décrite autrefois par Dioscoride (lib. 3, cap. 11)[50] et Pline (lib. 27, cap. 9)[51] (Illustration 5). Elle correspond dans notre emblème aux lèvres vaginales (Dipsacus, hieroglyph Labrorum muliebrium, num. III[52]), « cuirassées et peaussaires, mais spongieuses et fort pleines de graisse »[53]. « Situées aux costés de la grande fente et touchant aux os du penil »[54], les lèvres sont assimilées à ce végétal en raison de son étymologie, de sa morphologie et surtout de ses caractéristiques. Tout d’abord, le nom grec – dipsacus – signifie « ayant soif ». La nature veut que cette plante retienne « la rosée et la pluye dans le creux de ses feuilles, comme si le dipsacus avoit peur d’avoir soif »[55]. Le nom latin – labrum Veneris – est, en revanche, attribué à cette herbe en raison de ses feuilles « creusées en façon d’un bassin, d’une cave, dans lesquelles il se garde de l’eau »[56]. Deux particularités du chardon à carder, son insatiabilité et sa cavité capable de conserver un liquide, ont donc suffit à Caseneuve pour en faire l’allégorie des lèvres vaginales constamment assoiffées et morphologiquement faites pour garder la semence.

Gravure en noir et blanc représentant la plante «chardon à carder », discutée dans l’article. Illustration extraite d’un ouvrage du botaniste italien Pietro Andrea Mattioli.
Illustration 5. P. A. Mattioli, Les Commentaires de M. P. André Matthiolus, médecin senois sur les six livres de Pedancius Dioscoride Anazarbeen de la matière medecinale, Lyon, Guillaume Rouillé, 1579, p. 402 : chardon à carder.

Les cheveux de Vénus (gr. dryopteris – « aux plumes sèches », lat. adianthum ou capillus Veneris) sont choisis par Caseneuve pour représenter, ensuite, la pilosité pubienne (Capillus Veneris, hieroglyph gynaixomysahson, num. IV[57]) (Illustration 6). L’association se fait tout naturellement par la morphologie des feuilles (nombreuses et belles) et par son biotope ombrageux et humide (opacis locis, palustribusque et humente ueluti mur)[58]. Les poils ressemblent ainsi aux cheveux de Vénus, épais et denses, et s’épanouissent dans la discrétion du mont du pubis. Par ailleurs, le médecin trouve encore une autre similitude entre la plante et la pilosité. La tradition naturaliste voulait que ce végétal n’absorbât ni l’eau de pluie ni la rosée, préférant ainsi garder sa siccité. Caseneuve défend que les poils pubiens, à l’instar des cheveux de Vénus, restent naturellement secs et rigides et qu’ils parviennent à pousser sans jamais être arrosés ni par la pluie ni par « la rosée de l’uterus »[59]. Nous retrouvons les mêmes observations sur la sécheresse de cette herbe dans l’une des pharmacopées de l’époque. Cette particularité prétendue de la plante y est toutefois traitée comme une « curieuse et inutile remarque », indigne de l’attention du lecteur[60]. On y souligne en revanche les facultés de la plante à « provocquer les mois aux femmes »[61].

Le nénuphar (nymphée, lat. nymphaea) compose lui aussi le bouquet d’associations caseneuviennes (Illustration 7). Nous apprenons qu’il existe deux genres de nénuphar (duo eius genera sunt[62]) et que sa fleur est blanche, semblable au lys, ayant au milieu un certain jaune (flos candidus lilio similis, in medio quid croceum obtinens[63]). Après la floraison, survit une tête ronde comme une pomme semblable à celle du pavot (Hic cum defloruerit rotundus, et malo circunferentia, aut papaueris capiti similis, et colore niger[64]) ; sa graine est noire, massive, large et visqueuse au goût (In quo sane semen clauditur nigrum, latum, densum, gustu glutinosum[65]). Certains nénuphars nagent sur l’eau, les autres préfèrent rester sous l’eau (quadantenus super aquam eminentia, aliqua tamen etiam sub aquis, plura ab una radice prodeuntia[66]).

Gravure en noir et blanc représentant la plante « cheveux de Vénus », discutée dans l’article. Illustration extraite d’un ouvrage du botaniste italien Pietro Andrea Mattioli.
Illustration 6. P. A. Mattioli, Les Commentaires de M. P. André Matthiolus, médecin senois sur les six livres de Pedancius Dioscoride Anazarbeen de la matière medecinale, Lyon, Guillaume Rouillé, 1579, p. 655 : cheveux de Vénus.
Gravures en noir et blanc représentant la plante « nénuphar », discutée dans l’article. Illustrations extraites d’un ouvrage du botaniste italien Pietro Andrea Mattioli.
Illustration 7. P. A. Mattioli, Les Commentaires de M. P. André Matthiolus, médecin senois sur les six livres de Pedancius Dioscoride Anazarbeen de la matière medecinale, Lyon, Guillaume Rouillé, 1579, p. 515 : nénuphar.

Dans son catalogue botanique, Caseneuve décrit les autres caractéristiques du nénuphar, nécessaires pour justifier l’analogie qu’il propose entre la plante et les membranes de l’hymen qui se trouvent, nous dit-il, en un lieu humide du corps féminin (in aquosis mulierum locis). De plus, le nom latin du nénuphar – nymphaea, correspond bien au nom français des nymphes (Nymphaea, hieroglyph. Nympharum Mul., num. V[67]) dont l’usage, dans les livres d’anatomie de l’époque, prêtait à controverse. Les uns qualifiaient par ce terme

les lèvres estant quelque peu separées, et ouvertes […] les aisles molles et spongieuses, qui pendent […] Leur usage est de defendre la matrice et la vessie du froid, et des injures externes : elles servent aussi à conduire l’urine, comme entre deux parois, l’ayant receuë du fonds de la fente, en telle sorte, que bien souvent elles sort sans moüiller les bords de la partie honteuse. Quelques uns les ont appellées nymphes, d’autant qu’elle president aux eaux, sçavoir est, au conduit de l’urine, d’où elle decoulle comme d’une fontaine[68].
Gravure en noir et blanc représentant la plante « myrte », discutée dans l’article. Illustration extraite d’un ouvrage du botaniste italien Pietro Andrea Mattioli.
Illustration 8. P. A. Mattioli, Les Commentaires de M. P. André Matthiolus, médecin senois sur les six livres de Pedancius Dioscoride Anazarbeen de la matière medecinale, Lyon, Guillaume Rouillé, 1579, p. 160 : myrte.

Les autres en revanche, par le mot « nymphes », comprenaient les caroncules hyménales. Caseneuve appartient au second groupe. En rapportant dans son commentaire la description de cette partie du corps, suivant ainsi André du Laurens, médecin déjà évoqué, Caseneuve précise que :

Au dessous des aisles, paroissent des caruncules, comme petites valves ou portillons, lesquelles aux pucelles sont quatre qui s’unissent par le moyen de certaines petites membranes. D’icelles l’une est anterieure, située droict au devant, elle couvre le conduit de la vessie, l’autre est posterieure et les deux autres sont laterales, situées non transversalement, mais de long. Ces quatre caruncules, comme remarque fort bien monsieur Pineau, font la fleur virginale ; qui ressemble à un œillet, non encore espanoüy ; mais entr’ouvert seulement, et qui est la closture virginale, et l’hymen ou pucellage tant celebré. Or les petites membranes estant déchirées, et les caruncules tant froissées, la fleur perit, encore que les mesmes caruncules demeurent, mais separées et retirées, en sorte qu’on diroit qu’elles n’auroient jamais esté jointes ensemble[69].

Pour couronner son parcours anatomique du corps féminin, Caseneuve termine par le clitoris, incarné par le myrte, et plus précisément par ses baies (Myrtus, hieroglyph. Caruncularum myrtoidum, num. VI[70] (Illustration 8). Comme dans les cas précédents, le médecin fournit nombre de détails sur la fleur blanche et odorante de l’arbuste (flores habet albos odoriferos[71]), comme sur ses fruits, semblables aux olives sauvages (baccas uero oblongas fere similes oliuis syluestribus[72]). C’est dans la forme des baies du myrte que Caseneuve construit une ressemblance avec le clitoris (ab huius baccae similitudine Myrtum dicitur caruncula subsultans in media interfeminei rima[73]) qui a « en son bout, quelque chose, qui ressemble au balanus ou gland et qui est couverte d’une peau fort desliée comme d’un prepuce »[74].

*

Haec mysteria solis anatomicis nota[75], voici donc les secrets que seuls les anatomistes connaissent ; ainsi Caseneuve termine-t-il le cours dans lequel il s’était proposé de décrire l’appareil génital de la femme. Dans le contexte de nos recherches, cette phrase prend un sens tout particulier. Nous savons le profond intérêt que les anatomistes portaient aux organes cachés, profondément logés dans le corps. C’est l’invisible donc, l’inaccessible et l’inconnu qui les passionnaient et qu’ils cherchèrent à découvrir et à nommer, telles de nouvelles terres à conquérir. L’ouvrage de Caseneuve n’offre pas une belle représentation de l’uterus, la gravure ne dévoile aucun mystère, elle ne propose qu’une triviale scène de chasse déroutante pour le lecteur, habitué qu’il est à consulter les ouvrages anatomiques dans lesquels le ante oculos ponere justifiait leur valeur scientifique. Nous voudrions rappeler que l’iconographie médicale des XVIe et XVIIe siècles reflète un intérêt grandissant pour la matrice et ses mystères, particulièrement par la gravure anatomique qui « témoigne de l’attention nouvelle donnée à la spécificité du corps féminin, devenu un objet privilégié de la curiosité anatomique masculine »[76]. Dès lors, il est manifeste que la gravure de Caseneuve occupe dans ce contexte une place singulière, car l’emblème Nascentem damna uenantur de Caseneuve a certes recours à l’image mais celle-ci s’éloigne de la fidélité de la gravure anatomique d’un Vésale pour privilégier l’énigme et la mémorisation au moyen d’une technique des « lieux » qui les organise en une succession de signes. Ces représentations composites d’objets (lièvre, terrier humide, monticule, plantes) n’ont en première instance rien de commun avec une leçon anatomique qui disserterait ouvertement de l’utérus, des lèvres vaginales, de la pilosité pubienne et de l’hymen. Mais, plus l’image se fait insolite, croit Caseneuve, plus elle se prête à peupler les loci de la mémoire du jeune médecin, à nourrir son imagination et à l’éveiller. Le jeu entre le visible (la gravure) et l’invisible (l’imagination et le rôle des mots qui la suscitent) forme un exercice anatomique tout à fait novateur, mais au service d’une tradition galénique, il est vrai, en voie d’obsolescence. Il reste que, dans l’espace restreint d’un unique emblème, notre médecin est parvenu à créer un univers imaginaire étrange qui, au travers d’associations individuelles, facilite la mémorisation de l’architecture de l’appareil génital féminin. Dans le temps tout personnel de l’apprentissage, le lecteur s’aventurera dans une singulière odyssée mnémonique, une « pédagogie par l’image »[77] faite d’une juxtaposition de connaissances digne d’un véritable studiolo composé par un érudit médecin.


Auteurs

* Formée à la fois aux lettres classiques et aux littératures françaises et italiennes, Magdalena Koźluk, professeure des universités à l’Université de Łódź (Pologne), s’intéresse aux usages de la rhétorique classique et à certains types de discours – notamment le discours médical – à la Renaissance, ainsi qu’à l’humanisme comme mode de transmission et de représentation de l’Antiquité. Dans ses travaux, elle aborde la problématique du discours médical sous l’angle de l’histoire de la rhétorique, de la pensée et de l’écriture médicales comme sous celui de l’art emblématique. Orientation complémentaire de sa recherche, elle travaille également sur la bibliographie matérielle et historique appliquée aux ouvrages médicaux du XVIe et du début du XVIIe siècle. Outre une soixantaine d’articles, elle a publié L’Esculape et son art à la Renaissance. Le discours préfaciel dans les ouvrages français de médecine (1528-1628), (Classiques Garnier, 2012) et L’Art de vivre longuement sous le nom de Médée de Pierre Jacquelot (Classiques Garnier, 2021), ouvrage sélectionné en 2022 pour la finale de la VIIIe édition du Prix du Premier Recteur de l’Université de Łódź, le prof. Tadeusz Kotarbiński, en raison de son exceptionnelle qualité scientifique dans le domaine des sciences humaines.


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Notes

  1. 1 L. de Caseneuve (?-1645), jésuite issu d’une famille bourgeoise de Tournon, s’attribuait le titre de médecin et de conseiller du roi mais, en réalité, il ne le fut jamais. Il acheva cependant bien des études de médecine à l’Université de Montpellier et nous retrouvons dans son œuvre, en maintes occasions, les acquis de la médecine chimique de l’époque. Il fut aussi un excellent helléniste, fasciné par l’œuvre de Philostrate dont il publia Les Lettres, Tournon, chez Linocie, 1620). Sur la vie et l’œuvre de Caseneuve, voir A. de Gallier, « L’imprimerie à Tournon », Bulletin de la Société Départementale d’Archéologie et de Statistique de la Drôme, t. XII, Valence, 1878, p. 51-55 et S. López Poza, Libros de emblemas y obras afines en la biblioteca universitaria de Santiago de Compostela, Universidade de Santiago de Compostela, 2008, p. 21-22.
  2. 2 L. de Caseneuve, Hieroglyphicorum et medicorum emblematum dodekakrounos, Lugduni, sumptibus Pauli Frellon, 1626, in I. P. Valerianus, Hieroglyphica, Lugduni, apud Paulum Frellon, 1626. Plus loin pour les références au texte de Caseneuve nous utilisons l’abréviation H.M.E. Sur cet ouvrage, voir aussi A. Adams, S. Rawels, A. Saunders, A Bibliography of French Emblem Books, Genève, Droz, 2002, vol. 2, p. 519-520.
  3. 3 Sur l’analyse de certains des emblèmes de Caseneuve, nous renvoyons à M. Koźluk, W. K. Pietrzak, « Au carrefour de la médecine et de la littérature : Thomas Sonnet de Courval et Louis de Caseneuve », Acta Universitatis Lodziensis. Folia Litteraria Romanica, no 9, Pluralité des cultures, Chances et menaces, études réunies par W. K. Pietrzak et J. Giernatowska, Łódź, Wydawnictwo Uniwersytetu Łódzkiego, 2014, p. 31-44 ; M. Koźluk « Une imaginotheca curieuse : les emblemata medica de Louis de Caseneuve » (A strange imaginotheca by Louis de Caseneuve), Histoire des sciences médicales. Organe officiel de la Société Française d’Histoire de la Médecine, 2016, t. L, no 3, p. 277-288 ; M. Koźluk, « Folie et mélancolie. Un débat dans l’histoire », in The Concept of Madness from Homer to Byzantium. Manifestations and Aspects of Mental Illness and Disorder, ed. Hélène Perdicoyianni-Paleologou, Amsterdam, Adolf M. Hakkert Editore, 2016, p. 245-276 ; M. Koźluk, « L’efficacité de la forme brève dans l’emblème médical au XVIIe siècle », in Stratégies et pouvoirs de la forme brève, dir. É. Gavoille et Ph. Chardin, Paris, Éditions Kimé, 2017, p. 155-168.
  4. 4 J. Roger, « Emblématique et médecine », Histoire des sciences médicales. Organe officiel de la Société Française d’Histoire de la Médecine, 1969, no 3-4, p. 124.
  5. 5 P. Rossi, Clauis Uniuersalis, Arts de la mémoire, logique combinatoire et langue universelle de Lulle à Leibniz, traduit de l’italien par P. Vighetti, Grenoble, Éditions Jérôme Millon, 1993, p. 24-49 ; F. Yates, L’Art de la mémoire, traduit de l’anglais par D. Arasse, Paris, Éditions Gallimard, 1975, p. 39-118.
  6. 6 Sur l’histoire et les usages de l’emblématique, nous renvoyons à A. Saunders, The Sixteenth-Century French Emblem Book. A Decorative and Useful Genre, Genève, Droz, 1988 ; J.-M. Chatelain, Livres d’emblèmes et de devises. Une anthologie (1531-1735), Paris, Klincksieck, 1989 ; R. Paultre, Les Images du livre. Emblèmes et devises, Paris, Hermann, 1991, p. 11-21.
  7. 7 F. Colonna, Hypnerotomachia Poliphili, Venetiis, Aldus Manuntius, 1499.
  8. 8 J.-P. Valérian, Les Hiéroglyphiques, Paul Frellon, Lyon, 1615.
  9. 9 H. Apollo, Hieroglyphica, Venetiis, Aldus Manuntius, 1505.
  10. 10 J. Roger, op. cit., p. 117.
  11. 11 H.M.E., p. 76-105. Expliquons brièvement la structure du livre de Casneneuve. L’Emblème des emblèmes (emblema emblematon, H.M.E., p. 1-6), sans aucun numéro, initie ce recueil. Le caractère abstrait de ce titre va de pair avec le rôle que joue cet emblème dans l’ensemble de l’ouvrage : il constitue en effet une préface où le médecin justifie son projet d’écriture et le titre de son livre – Hieroglyphicorum et medicorum emblematum dodekakrounos, douze sources du savoir qui vont jaillir de douze emblèmes. Le second emblème, mais le premier à être numéroté, porte le titre Longitudine uita breuiatur (Par le temps, la vie se raccourcit, H.M.E., p. 6-16) et traduit une vérité générale tant médicale que philosophique. Le titre du second emblème Ibi uita, ibi mors – (Là où il y a la vie, il y a la mort, H.M.E., p. 17-30) rappelle que la mort, inséparable de la vie, est l’unique horizon de la condition humaine. Viennent ensuite quatre emblèmes qui se proposent de représenter la physiologie humaine, en particulier les tempéraments de l’homme. Leurs titres sont simples et parlants et n’exigent aucune explication supplémentaire : Sanguineus (Le Sanguin, H.M.E., p. 31-39), Melancholicus (Le Mélancolique, H.M.E., p. 40-53), Biliosus (Le Colérique, H.M.E., p. 63-69), Phlegmaticus (Le Flegmatique, H.M.E., p. 70-75). Notons que Caseneuve traite la maladie mélancolique séparément de la complexion, respectant ainsi la différence traditionnellement faite entre les mélancoliques « par nature » et les cas pathologiques (Ager melancholicum, H.M.E., p. 53-62). Notre emblème (Nascentem damna uenantur) traite, lui, de l’ensemble des affections qui touchent le corps humain. L’emblème suivant, qui se rapporte aux choses non naturelles, c’est-à-dire aux perturbations de l’âme, est titré en grec − Πομφόλυξ ὁ ἄνθρωπος (L’homme est une bulle, H.M.E., p. 106-118). Les titres des trois derniers emblèmes plaident en faveur de l’èthos du médecin. ἀδηξικάκος (Celui qui chasse les malheurs, H.M.E., p. 119-126), Medicus (Le Médecin, H.M.E., p. 127-137) et Decumbentem releuat (Le Médecin celui qui souffre, H.M.E., p. 137-140). Pour l’analyse de certains de ces emblèmes, nous renvoyons à M. Koźluk, “Representing the atra bilis: the ‘said’ and ‘unsaid’ of the melancholic in Cesare Ripa’s Iconologia”, Studia Ceranea, 2024, no 14, https://doi.org/10.18778/2084-140X.14.05 ; M. Koźluk, « Représenter la flaua bilis : le portrait du colérique dans l’Iconologia de Cesare Ripa », Studia Ceranea, 2022, no 12, p. 633-650 ; M. Koźluk, “Representing the phlegm: the portrait of the phlegmatic in Cesare Ripa’s Iconology“, Studia Ceranea, 2023, no 13, p. 1–29 ; M. Koźluk, « Les phantasmata du mélancolique d’après Louis de Caseneuve (1626) », Studia Litteraria Uniuersitatis Iagellonicae Cracouiensis, 2022, no 17/2, p. 107-123 ; M. Koźluk, « Πομφόλυξ ὁ ἄνθρωπος (L’homme est une bulle) – les passions de l’âme selon Louis de Caseneuve », in Corps et âme sous l’empire des passions dans la littérature française des origines à nos jours, dir. M. Koźluk, Ł. Szkopiński, Harrassowitz Verlag-Wiesbaden, Interkulturelle Rhizome 2, band 2, 2024, p. 89-101.
  12. 12 Sur la structure de l’emblème, cf. A.-É. Spica, Symbolique humaniste et emblématique. L’évolution et les genres (1580-1700), Paris, Honoré Champion, 1996, p. 45-157 ou F. Vuilleumier Laurens, La Raison des figures symboliques à la Renaissance et à l’Âge classique. Études sur les fondements philosophiques, théologiques et rhétoriques de l’image, Genève, Droz, 2000.
  13. 13 J. Roger, op. cit., p. 124. Toute originale qu’elle puisse paraître, cette allégorie du lièvre et des chiens a été empruntée à Isaac Casaubon, Misoponeri Satyricon. Cum notis aliquot ad obcuriora prosae loca, et Graecorum interpretatione, Lugduni Batauorum, apud Sebastianum Wolzium, 1617, p. 38. Louis de Caseneuve le confesse dès le début de son commentaire (H.M.E., p. 77) : « Translatum huc Emblema ex Misoponeri Satyrico, ita enim numero XII legitur: Videtur altrinsecus aggrestae terrae tumulus, ubi humens cuniculus uerbasco melanthioque ac pilosella, et id genus et lanuginosis herbis marginato; labro insuper capilloque Veneris : praeterea gnaphalio integros ad genialem sua mollitie cubitum inuitante, magis quam culcita illo infarcta, longa de uia languidos; superque etiam in orbiculum blandule inflectitur Veneris umbilicus. Intra foramen caryophyllatam attritione quadrifidam, nec non myrtum uideas. Inde emicantem leporem uenatici canes agminatim adoriuntur, cingunt, multisque numero morsibus incessunt. Clamosa uenatorum incitamenta, et saeuientium canum latratus tantum desideres. Emblematis erat haec anima: nascentem damna uenantur ». Toutefois, il est important de noter que la description de Casaubon se concentre sur la dimension théologique de la vie humaine, sa brièveté et sa fragilité. Dès que l’homme naît, il est exposé à toutes sortes de maladies qui le conduisent inévitablement à la mort. Louis de Caseneuve s’intéresse, en revanche, à la dimension médicale et anatomique de l’image de Casaubon, perspective qui est aussi la nôtre.
  14. 14 Le mot « hiéroglyphe » se compose de deux mots grecs : de l’adjectif ieros qui veut dire « sacré » et du verbe glyphein qui signifie « graver ».
  15. 15 H.M.E., p. 78 : “Perpendi etiam me Medicis loqui in hoc Emblemate, quibus non tantum externae, sed internae partes apertae esse debent”.
  16. 16 Ibid.
  17. 17 Ibid.
  18. 18 Ibid. : « Monticulus hic intelligendus mons ille Veneris dictus, collis instar protuberans, qui ex adipe subiecto intumescit, quique ut arbustis et frondibus monticuli, ita inumbratur. Certe Venus magis in hoc monte habitat, quam in illo suo Eryce monte Siciliae: plus illi una nocte sacrificatur in isto, quam centum annis in alio ».
  19. 19 H.M.E., p. 77.
  20. 20 Jacques Roger relève « les richesses sémantiques du mot cuniculus, qui peut, entre autres choses, désigner un terrier, mais dont le sens apparaît mieux si l’on supprime le suffixe » ; J. Roger, op. cit., p. 125.
  21. 21 Martial, Épigrammes, t. II, 2e partie (livres XIII-XIV), texte établi et traduit par H. J. Izaac, Paris, Les Belles Lettres, 1973, p. 204 : « LX Cuniculi : Gaudet in effossis habitare cuniculus antris. / Monstrauit tacitas hostibus ille uias ; LX Lapins : Le lapin se plaît à habiter dans des souterrains qu’il a creusés : c’est lui qui apprit des voies secrètes à des ennemis ». Cf. Pline, N.H., XXI, 15,51 ; Columelle, VIII, 15,4 ; Athénée, III, 2.
  22. 22 H.M.E., p. 78.
  23. 23 Nous citons dans notre texte le fragment du commentaire de Caseneuve dans la traduction française, d’après A. du Laurens, Toutes les œuvres, tr. par Th. Gelée, Paris, pour Raphaël du Petit Val, 1621, p. 223, Des parties dissimilaires, de la Matrice. Cf. H.M.E., p. 78 : « Multae, inquit, tum in ipso limine, tum in toto eo ductu occurrunt particulae, uarii sinus, thalami, atria, quae singulare Naturae in Natura ipsa (ita enim uterum ueteres appellarunt) artificium commonstrant ».
  24. 24 L. Coeli Lactantii Firmiani Operum, vol. II De Opificio Dei, cap. 13, p. 1194.
  25. 25 Rappelons l’existence des différents noms attribués à la matrice : « Les Grecs luy [à la matrice] ont donné divers noms, que je tais, pour dire qu’Hippocrate l’appelle, le lieu où se fait la conception, quelquesfois, geniture, et quelquesfois vaisseau. Les Anciens l’ont nommée mère et derniere : mere et matrice, parce qu’elle est mere des enfans qui naissent d’elle, ou en elle, ou bien parce qu’elle fait meres celles qui l’ont : et derniere, non point qu’elle soit engendrée la derniere (car elle est formée au mesme temps, que toutes les autres parties) mais parce qu’en situation elle est la derniere des visceres. Il y en a qui l’appellent phusis, du verbe phuesthai, parce qu’estant bien cultivée, et recevant par certains intervalles de temps la semence, elle produit tousjours quelque chose de soy. Les Latins la nomment uterus, Pline utricusus, parce que l’enfant est contenu dans icelle comme dans une oïre [récipient contenant un liquide ‒ MK] et peau. Les autres uulua : comme qui diroit uolua, c’est-à-dire enveloppoir, ou ualua, qui signifie une portelette. Lucilius l’appelle bulga, c’est-à-dire, boursette, ou bougette. Aristote la nomme tantost lieu, tantost, membre servile. […] Cette partie est très-noble, et comme un brasier caché sous la cendre chaude, dont sont tirez les thersors cachez de nature. Platon l’appelle [la matrice] animal plein de concupiscence, parce qu’en rassasiant son appetit, elle engendre un animal. Pytagore dit que c’est un animal distingué de par soy-mesme. Et Arethée, que c’est un viscere quasi animé, et comme quelque animal dans l’animal »;A. du Laurens, Des parties genitales, in Toutes les œuvres, traduit par Th. Gelée, Rouen, pour Raphael du Petit Val, 1621, p. 221vo. Sur l’animalité de la matrice, voir V. Dassen, « Métamorphoses de l’utérus, d’Hippocrate à Ambroise Paré », 2020, Gesnerus, no 59, p. 167-187.
  26. 26 H.M.E., p. 76.
  27. 27 Ovide, L’Art d’aimer, texte établi et traduit par H. Bornecque, Paris, Les Belles Lettres, 1960, p. 58.
  28. 28 H.M.E., p. 78.
  29. 29 Ibid. Cf. Cl. Galien, De l’usage des parties du corps humain, Paris, René Ruelle, 1608, p. 589-560.
  30. 30 A. Carol, « Esquisse d’une topographie des organes génitaux féminins : grandeur et décadence des trompes (XVIIe-XIXe siècles) », Clio. Histoire, Femmes et sociétés, 2003, no 17, p. 203: « Jusqu’à la seconde moitié du XVIIe siècle, c’est la théorie séministe qui domine en matière d’explication des phénomènes de fécondation. Depuis Hippocrate, on pense en effet que la conception est le mélange de deux semences, masculine et féminine, toutes les deux éjaculées au moment du coït dans la matrice. Issues de la partie la plus noble du sang, les deux semences commencent à se former dans les vaisseaux et transitent dans les testicules de l’homme et dans ceux de la femme (les ovaires) où s’achève leur transformation : cette symétrie dans la conception renvoie d’ailleurs à une vision symétrique des organes génitaux des deux sexes ». Voir aussi É. Berriot-Salvadore, « La question du “séminisme” à la Renaissance », Histoire des sciences médicales. Organe officiel de la Société Française d’Histoire de la Médecine, 2017, t. LI, no 2, p. 265-272.
  31. 31 Cl. Galien, op. cit., p. 858.
  32. 32 H.M.E., p. 78.
  33. 33 Cl. Galien, op. cit., p. 858.
  34. 34 H.M.E., p. 78.
  35. 35 Cl. Galien, op. cit., p. 858.
  36. 36 H.M.E., p. 78.
  37. 37 Cl. Galien, op. cit., p. 560. Cf. H.M.E., p. 78: “Verum in congressu quidem repente, ac simul una cum semine id elabitur : reliquo autem tempore omni paulatim : eoque sensu non deprehenditur”.
  38. 38 Cl. Galien, op. cit., p. 859. Ailleurs, alors qu’il décrit les « nymphes », Caseneuve cite aussi A. Du Laurens. Cependant, il coupe encore le fragment au moment où le célèbre anatomiste explique leurs fonctions : « Elles [nymphes] servent pour defendre la matrice de l’air, de la poussière, et des autres petits corps externes, et pour chatoüiller le membre viril en la copulation ; car estant échauffées et remplies d’esprits, elles embrassent et serrent la verge, non autrement que si on l’empoignoit, et estreigoit de toutes parts de la main » ; A. du Laurens, op. cit., p. 223. En parlant ici de cette « humidité sereuse semblable à la semence », que Caseneuve mentionne donc avec parcimonie, il nous est impossible de ne pas citer la description plus détaillée d’Ambroise Paré. Selon lui, le plaisir résultait d’une « certaine humidité sereuse semblable à la semence, mais plus liquide et subtile, contenue dedans les prostates, qui sont deux glandules situées au commencement du col de la vessie, et aux femmes au fond de la matrice par les vaisseaux spermatiques. Icelle humeur a une petite acrimonie picquante, et aiguillonnante avec un petit prurit et demangeaison, qui irrite les parties à faire leur action, en donnant volupté et plaisir, parce qu’elle est accompagnée de grande quantité d’esprits qui s’eschauffent et desirent à sortir hors. Et pour exemple, comme lors qu’il y a en une partie de nostre corps quelques humeurs aigres ou acres, accumulez soubs le cuir qui chatouillent et demangent, invitent à se grater, et en se grattant on a un grand plaisir. D’avantage les parties genitales ont un plus grand sentiment que celles de la peau, lesquelles estans esguillonnées de cest esprit, sentent un plus grand plaisir, principalement à l’heure du coït » ; A. Paré, Livre de la génération de l’homme, dans Les Œuvres, Paris, Gabriel Buon, 1599, p. 730.
  39. 39 Le lièvre comme attribut de Vénus ; voir G. de Tervarent, op. cit., p. 288 ; J.-P. Valérian, op. cit., p. 159 : « Le lièvre est pareillement symbole de gentillesse, et pour sa foecundité, cheri de Vénus sur tous autres, à laquelle il est consacré comme plus mignonne et delicieuse creature qu’elle aimast ». Cf. aussi V. Cartari, Le Imagini de gli Dei de gli Antichi, Venetia, Euangelista Deuchino e Gio. Battista Pulciai, 1609, p. 360-362.
  40. 40 G. de Tervarent, op. cit., p. 287. Cf. aussi J.-P. Valérian, op. cit., p. 160 : « Le lièvre est hieroglyphique de foecundité, comme animal fort enclin aux actions de Vénus. Car la femelle allaictant mesme ses petits Levrauds, se rempreigne à mesme temps et sans intervalle ».
  41. 41 Hippocrate, Du régime, texte établi et traduit par R. Joly, Paris, Les Belles Lettres, 1967, liv. II XLVI, 4, p. 46 : « la viande de lièvre est sèche et resserrante, mais fait uriner ». Cf. Galien, De alimentorum facultatibus, III, II, in Claudii Galeni Opera omnia. Editionem curauit C[arl] G[ottlob] Kühn, Leipzig, in officina Car. Cnoblochii, 1823, vol. 6, p. 664. Au XVIe siècle la viande du lièvre n’est pas moins appréciée ; [Anonyme], Le Benefice commun de tout le monde, où sont contenues plusieurs Souverainetez pour la conservation de santé. Ensemble le naturel de plusieurs sortes de pilules, huilles, et bausme, avec la proprieté des Herbes, et Plantes communes, Lyon, Benoist Rigaud, 1561, p. 27 : « entre chair de bon suc, plusieurs ont estimé les lièvres estre très excellentes, tant en friandise de gueule, qu’utilité de nourriture, et cela est entendu des plus jeunes, qu’on appelle levraux. Dont les bons hanteurs de tavernes preferent ceux qui ne font que sortir encore du ventre, ou des mamelles de leur mere » ; [Anonyme], Regime de vivre très utile et necessaire, contenant la propriété des herbes, fruicts, animaulx, et toutes autres choses naturelles, pour la conservation de la santé humaine, Paris, pour Vincent Norment et Jehanne Bruneau, 1566, p. 43 : « chair de lievre est de moult froide et seiche complexion : jaçoit qu’il soit dit qu’en aucuns lieux soit de chaude complexion, elle est de bon et profitable nourrissement : mais elle est generative des humeurs melancoliques, plus que la chair du chevreuil. La presseure du lievre, c’est asçavoir celle partie d’auprès les entrailles que l’on prend en veau pour faire congeler et conglutiner le laict pour faire les fourmages, est bonne pour restraindre le ventre, et est tyriaque contre tous venins. Aussi la cervelle du lievre faict incontinent venir et croistre les dentz aux petitz enfans » ; Cf. aussi J. du Chesne, Le Pourtraict de la santé, Paris, Claude Morel, 1606, p. 420 ; N. A. de la Framboisière, Le Gouvernement necessaire à chacun pour vivre longuement en santé, Paris, Charles Chastellain, 1608, p. 27.
  42. 42 A. du Laurens, Des parties genitales, in Toutes les œuvres, op. cit., p. 221 vo. Cf. Sur l’homophonie dans la langue qui favorise la rencontre de la sexualité humaine et de celle de la plante, voir D. Brancher, Quand l’esprit vient aux plantes. Botanique sensible et subversion libertine (XVIe-XVIIe siècles), Genève, Droz, 2015, p. 218-226 et p. 446.
  43. 43 A. Spigelius, De Formato foetu, Patauii, apud Io Bap. De Martinis, et Liuium Pasquatus, 1626, p. 44. Nous renvoyons ici à l’étude de S. Petrella, « Le pouvoir du végétal. Sexe et corail dans l’illustration anatomique moderne », dans le même numéro.
  44. 44 H.M.E., p. 77.
  45. 45 P. Mattioli, Les Commentaires de M.P. André Matthiolus, Lyon, Guillaume Rouillé, 1579, p. 622. Notons également que le nombril de Vénère était utilisé dans la pharmacopée comme un remède efficace « ès choses d’amour » ; ibid.
  46. 46 A. du Laurens, op. cit., p. 230.
  47. 47 Ibid.
  48. 48 Ibid.
  49. 49 H.M.E., p. 79.
  50. 50 H.M.E., p. 80 : “Dipsacus aculeatarum generis est: caulem habet altum, spinis horridum, foliis lactucae spinosis, binis genicula singula complectentibus, praelongis, ceu quasdam bullas intus et extra aculeatas, in dorsi medio hebentibus, concauo alarum sinu, in quo imber, aut ros afferuetur: unde Dipsaci quasi sitientis, nomen traxit”.
  51. 51 H.M.E., p. 80: “Dipsacus folia habet lactucae, bullasque spinosas in dorsi medio, caulem duum cubitorum, iisdem spinis horridum genicula eius binis foliis amplectentibus, concauo alarum sinu in quo subsistit ros salsus”.
  52. 52 H.M.E., p. 77.
  53. 53 A. du Laurens, op. cit., p. 223. Cf. “Labra Veneris quae in Emblemate allegorice intelliguntur, ea sunt quae Andreas Laurentius lib. 7 cap. 12 describit cutacea, sed spongiosa, adipeque multo conferta et sita ad latera magnae rimae, et ad ossa pubis pertingentia” ; H.M E., p. 80.
  54. 54 Ibid.
  55. 55 J. Dalechamps, L’Histoire générale des plantes, Lyon, Guillaumé Rouillé, 1615, t. II, p. 327.
  56. 56 Ibid.
  57. 57 H.M.E., p. 77.
  58. 58 H.M E., p. 80.
  59. 59 Ibid., p. 80 : “Nicandri scribit Capillum Veneris dictum esse adianton ; id est sic dicitur eo quod non humectetur, aut irrigetur à pluuia, et rore. Pili qui hic subintelligendi, cum Veneris monticulo sint, non humectari solent nec irrigari a pluuia et rore utererum”.
  60. 60 J. de Renou, Les Œuvres pharmaceutiques, Lyon, Antoine Chard, 1626, p. 208 : « Quelques-uns trop crédules ont remarqué comme une chose extraordinaire et merveilleuse en l’adianthium, qu’icelui estant arrousé ne prend point la moüilleure de l’eau, si qu’il semble estre toujours sec, et par ainsi asseurant que son nom a esté donné à ceste occasion […] Mais ces curieux et superstitieux observateurs se trompent en leur remarque, veu qu’elle en sortira fort moitte. D’autres disent que ce nom [gr. dryopteris – « aux plumes sèches »] luy a esté donné d’autant qu’elle n’est plus moüillée de la pluye que les plumes des canards de l’eau, ou bien à cause qu’elle ne peust estre moüillée de l’eau des puits, encore qu’elle naisse dedans et dehors, et tout autour d’iceux comme si elle fuyait l’eau ».
  61. 61 Ibid.
  62. 62 H.M.E., p. 81.
  63. 63 Ibid.
  64. 64 Ibid.
  65. 65 Ibid.
  66. 66 Ibid. Notons que dans les pharmacopées de l’époque, on soulignait que « la Nymphée outre qu’elle est fort refrigerative, elle a encore la vertu de refrener les imaginations veneriennes qui viennent en dormant, arrester le flux immodéré de la semence, et mesme de la consumer, provoquer le dormir et assoupir totalement les chauds mouvements du Dieu d’amour » ; J. de Renou, op. cit., p. 222.
  67. 67 H.M.E., p. 77.
  68. 68 A. du Laurens, op. cit., p. 223.
  69. 69 Ibid., p. 223. Cf. H.M.E., p. 81.
  70. 70 H.M.E., p. 77.
  71. 71 H.M.E., p. 81.
  72. 72 Ibid.
  73. 73 Ibid. Voir aussi Iulii Pllucis Onomasticon decem libri constans, Francofurti, 1608, p. 111 : “Sicus et Mulierum pudenda uocantur, cuius totum uocantur cunus, et uulua. Rima uero, schisma, substulans caruncula, nymphe, myrtum, epideris”.
  74. 74 A. du Laurens, op. cit., p. 224. Sur le curriculum du clitoris dans les écrits médicaux, voir M. Clément, « De l’anachronisme et du clitoris », Le Français préclassique, 2011, no 13, p. 27-45 et S. Chaperon, « Le trône des plaisirs et des voluptés. Anatomie politique du clitoris de l’Antiquité à la fin du XIXe siècle », Cahiers d’histoire. Revue d’histoire critique, 2012, no 118, p. 41-60.
  75. 75 H.M.E., p. 81.
  76. 76 D. Brancher, « Jeux de la médiation dans les Erreurs Populaires de Laurent Joubert », in Vulgariser la médecine. Du style médical en France et en Italie, dir. A. Carlino, M. Jeanneret, Genève, Droz, 2009, p. 215.
  77. 77 J. Roger, op. cit., p. 116.