Les mots du sexe au cœur de la Querelle des femmes à la Renaissance
https://orcid.org/0009-0009-1896-1647
La Rochelle Université
tatiana.clavier@univ-lr.fr
RÉSUMÉ
En pleine Querelle des femmes, de nombreux discours intéressant la construction du genre sortent des premières presses d’imprimerie, dans des textes médiévaux tels Les Lamentations de Mathéolus, Les Évangiles des Quenouilles ou Le Champion des dames de Martin Le Franc, puis des œuvres rédigées au XVIe siècle comme Les Controverses des sexes Masculin et Femenin de Drusac, Le Palais des nobles dames de Jehan Du Pré, Le Fort inexpugnable de l’honneur du Sexe Femenin de François de Billon ou La Guerre des Masles contre les femelles de Jean Dagonneau. L’étude s’attache aux mots et images maniées par ces auteurs misogynes et proféminins pour désigner le sexe des femmes, souvent confondu avec les femmes elles-mêmes. Entre l’interdit et le plaisir de l’innommable, ils le représentent comme un trésor caché, une clôture menacée d’ouverture, de blessure ou d’échappées, quand ils ne qualifient pas ce sexe/bouche de gouffre insondable et de piège diabolique.
MOTS-CLÉS – querelle des femmes, Renaissance, textes imprimés, noms du sexe féminin, symbolique
Sex Words at the Heart of the Querelle des femmes in the Renaissance
SUMMARY
Amidst the Querelle des femmes, a series of discourses pertinent to the establishment of gender emerged from the first printing presses, as evidenced by medieval texts such as Les Lamentations de Mathéolus, Les Évangiles des Quenouilles, or Le Champion des dames by Martin Le Franc, and in later 16th-century works such as Drusac’s Les Controverses des sexes Masculin et Femenin, Jehan Du Pré’s Le Palais des nobles dames, François de Billon’s Le Fort inexpugnable de l’honneur du Sexe Femenin and Jean Dagonneau’s La Guerre des Masles contre les femelles. The present study focuses on the words and images used by these misogynist and profeminist authors to refer to the sex of women, which was often confused with the women themselves. In the space between the forbidden and the pleasure of the unspeakable, they depict it as a hidden treasure, a fence threatened by opening, injury or escape, when they do not depict this sex/mouth as an unfathomable abyss and a diabolical trap.
KEYWORDS – querelle des femmes, Renaissance, printed texts, names of female sex, symbolism
L’apparition de l’imprimerie à la fin du XVe siècle correspond à une période clé de la Querelle des femmes et permet la publication de nombreux discours intéressant la construction du genre[1]. Interroger les représentations du sexe féminin dans quelques-uns des textes misogynes et proféminins ainsi diffusés permet d’examiner la construction de l’ordre du genre à l’aube des Temps modernes sous l’angle de la symbolique du corps qui en est l’expression et l’instrument[2]. Le maniement des mots et des images à l’appui de démonstrations et injonctions contradictoires éclaire en effet les jugements, imaginaires et fantasmes autour du sexe des femmes et les manières dont il en est arrivé à les définir tout entières, du tota mulier in utero d’Hippocrate à l’expression absolue « le Sexe », apparue vers 1560 et courante au XVIIe siècle pour désigner l’ensemble des femmes[3].
Nous nous intéresserons ici à sept textes produits ou diffusés en français entre la fin du XVe siècle et celle du suivant. D’abord, Les Lamentations de Mathéolus rédigées en latin par Mathieu de Boulogne (vers 1295-1301) et traduites en français par Jean Le Fèvre de Ressons vers 1371, parangon du discours misogyne et misogame dont on relève neuf éditions françaises[4]. Ensuite, l’allégorique Champion des dames (1440-1441), imprimé en 1485 et 1530, où Martin Le Franc met en scène Franc Vouloir face aux avocats de Malebouche dans une joute oratoire où s’affrontent les arguments pro et contra de la Querelle. Seront aussi interrogées les croyances des fileuses mises en scène vers 1470 dans Les Évangiles des quenouilles « faittes a l’onneur et exaucement des dames », d’après les sous-titres de la plupart des onze imprimés qui diffusèrent entre 1480 et 1530 cette production facétieuse et satirique, relevant aussi de la tradition des « secrets de femmes » et des colloques féminins[5]. Nous questionnerons enfin les textes suivants, rédigés au XVIe siècle : Les Controverses des sexes Masculin et Femenin, somme misogyne imprimée huit fois entre 1534 et 1541, où le virulent Gratien Du Pont, sieur de Drusac, mêle allégorie, poésie et argumentation juridico-morale ; Le Palais des nobles dames et Le Fort inexpugnable de l’honneur du Sexe Femenin que les auteurs proféminins Jehan Du Pré et François de Billon firent paraître en 1534 et 1555, et la Guerre des Masles contre les femelles, dialogues fictifs publiés sous le nom de Nicolas de Cholières en 1588[6].
Les « secrets » des femmes : de l’interdit au plaisir de l’innommable
Les parties internes comme externes du sexe féminin sont « secrètes » dans les écrits des auteurs proféminins, comme Jehan Du Pré qui mentionne ainsi deux anecdotes contées par Plutarque[7] : l’épouse de Panthée se couvrit avant d’affronter la mort comme elle avait couvert les mourantes pour que ne soient pas montrés « leurs secretz membres » (198) ; et les « Dames de Milete » cessèrent de se suicider par peur qu’on voit « sans nulle couverture , / Parmy les rues, leur secrete nature » (201). C’est aussi le cas lorsqu’il rappelle l’opération célèbre d’une femme d’Agrigente par Empédocle (confondu avec Héraclide), qui « par son engin subtil, / Faisoit revivre avec son outil / Une matrosne » morte depuis sept jours[8] et « luy fist ceste grace / En luy ouvrant sa partie secrete » (310). De même, à propos des Persannes stigmatisant la lâcheté des Persans face à l’ennemi en exhibant leur sexe et leur ventre[9], il raconte qu’elles vinrent au devant d’eux « En leurs monstrant les parties secretes » et en leur disant : « Entrez icy, dont vous estes yssus / En nostre ventre, car pas n’en estes digne » (127).
En revanche, Du Pré ne nomme pas le sexe que montre Eugénie, travestie en moine, pour prouver qu’on l’accuse de viol à tort. « Mon propre sexe en faict la vraye excuse » dit-elle (c’est-à-dire le fait qu’elle soit femme), mais le geste de monstration lui-même est euphémisé par un démonstratif neutre : « ce congneu et mys en apparence » (190). Billon, qui la nomme « Euphronie », écrit qu’elle prit l’habit de religieux « pour plus vertueusement cacher son Tresor d’honnesteté » (65 vo), comme Suzanne préférait, dit-il, exposer sa vie aux jugements « que son tresor d’honnesteté entre les bras de Vieillars luxurieux » (64 vo).
Le terme « nature » également désigne pour Du Pré autant le sexe des Milésiennes que le ventre de Sara s’occupant de l’enfant de son mari comme si « de [s]a nature / Il fust esté engendré et sorty » (207) ; mais Drusac semble en user pour nommer le sexe de Pasiphaé, qui « myst sa nature » dans une vache de bois « droict du pertuys » (face au trou) pour être « congneue : par le Thoreau » (712). De même, le « vase » ou « vaisseau », qui désignait la matrice chez Paracelse et Agrippa de Nettesheim[10], a une signification encore ambigue dans Les Lamentations de Mathéolus. Il pourrait désigner le ventre de celle qui s’avance vers son mari et « courbant les reins et l’eschine, / Le vaisseau charnel luy apreste » (185, v. 1128-1129), mais les femmes ivres qui « le vaissel honteus descuevrent » (221, v. 2727) montrent manifestement leur vulve.
François de Billon offre une autre forme de confusion dans la libre adaptation du traité d’Agrippa qui termine son Fort[11]. Dans sa description des différentes parties du corps féminin, contrairement à sa source qui éludait celle du sexe, il s’y attarde en une digression qui passe de l’indicible au plaisir de l’évocation. Celle du « ventre » lui fait perdre le fil de sa pensée : « La blancheur, la Douceur, & soulas délicieux duquel, je n’ose & ne puis exprimer, Craignant moy mesme pasmer de plaisir » confie-t-il. Est-ce encore du ventre ou du sexe qu’il s’agit lorsqu’il livre en partie une recette pour faciliter les conquêtes, qui consiste à porter sur soi en talisman une partie de la « delicate peau de si doillete partie, jointe a quelque autre chose » ? Celle-ci expliquerait à son avis que les « Peaux de Connyns de France » fassent fureur chez les Allemands. Billon exprimant alors sa peur de « rompre [s]on ordre en pensant a chose si mignonne que la susdite » (139), il semble bien désigner la peau du sexe féminin plus que celle du connin au sens de « lapin », même si son emportement le rend confus. Cette croyance évoque celle qu’on trouve dans Les Évangiles des quenouilles à propos de la coiffe céphalique : Cette « petite peau qu’il apporte du ventre de sa mère » empêcherait l’homme qui la porte sur lui d’« estre bleschiez ne navrez en son corps » (soirée 6, chap. 12, 114).
Billon est un des rares défenseurs des femmes qui ne passe pas sous silence « les mignonnes parties de leur Corps » (145 vo). À propos d’une loi romaine du Ve siècle avant J.-C. qui défendait aux femmes de se raser le visage, il se demande par le détour de la métaphore si elle concernait aussi leur sexe : « De passer la fau[x] sus le petit Pré, je n’en ay rien ecrit, Mais il est vraysemblable, qu’en leur faisant par Loy publique deffense du Razoer, ilz leur feissent aussi par Loy domestique & privee, deffense de toutes Forcettes [petits ciseaux] » (147). Ces lois « sauvages » lui font penser « qu’il y a quelque chose de bon au hault de la Teste femenine, puis qu’ilz avoient telle crainte du bas », et il souligne a contrario une curiosité jouissive des anatomistes de son siècle pour le sexe féminin en même temps que, semble-t-il, le succès de leurs ouvrages imprimés :
Aussi esse, avray dire, une partie qui en toute belle Dame se fait exellemment admyrer de ceux qui vont epluchant, par louable desir de savoir, les secretes Operations de DIEU sur la Nature, de luy si richement complete en l’ouvrage du Corps femenin : & dont, si bien y etoit pensé, dependent tant de secretz, qu’il ne sera jamais licite a Imprimeurs de s’en ozer vanter (147).
Billon use donc d’images et de périphrases évocatoires pour dire l’innommable, comme lorsqu’il rappelle qu’Olympia cacha son sexe avant de mourir « pour ne monstrer ce dont, quelques fois, les Hommes ne sont dignes » (78). Sous la plume du traducteur de Mathéolus, ce « comment a nom » se dit en latin à propos des religieuses cherchant à « faire charnelment congnoistre / Leur quoniam et leur quippe » (197, v. 1749). Ces termes indiquant le lien de cause à effet et l’affirmation absolue[12], leur substantivation semblerait ici désigner le sexe féminin comme lieu absolu et assurément à l’origine de tous les maux. L’absence de signifiant propre à le désigner souligne en tout état de cause son caractère innommable.
Une autre stratégie consiste à signifier le sexe par ce qui le recouvre ou induit sa proximité. Dans Le Champion des dames, Villain Penser indique le lieu où la fidélité des femmes se perd : « Le long du jartier de ses chausses / La foy que t’a promis ne dure » (liv. 2, 98, v. 6571-6572) ; et l’homme qui poursuit la romaine Pauline de ses avances « Avisa manière comment / Taster lui porroit le jartier » (liv. 2, 168, v. 8359-8360). L’épître liminaire de Vignalz au texte de Drusac évoque quant à elle la jarretière des femmes pour dénoncer la dépendance sexuelle des maris « qui suyvent leurs totalz vouloirs et plaisirs liez et atachez à leurs geartieres » (342). D’autres expressions sont moins euphémisantes. Le Franc rappelle ainsi que l’épouse de Putiphar fit mettre Joseph en prison parce qu’il « ne lui voulait son plisson / Fourrer » (livre 2, 103, v. 6707-6708). Le pelisson désigne en même temps le vêtement de dessous et les poils du pubis, sinon le sexe lui-même selon le DMF qui éclaire aussi le double sens du verbe « fourrer ». Une image aussi évocatoire clôt la soirée du lundi des Évangiles des quenouilles. Au remède contre les mammites, recommandant aux maris de faire trois cercles avec leur « instrument naturel » autour de la poitrine de leur épouse, la glose facétieuse ajoute « qu’on doit entendre ces trois cercles estre fais au debout du ventre, un pou soubz la chainture » (chap. 26, 88). Si d’après le DMF le terme « debout » signifie l’extrémité ou le pénis, c’est bien le sexe féminin qu’il permet de désigner ici.
Parmi les métaphores les plus fréquentes, celle du sexe/fleur est célèbre depuis Le Roman de la Rose à la fin du XIIIe siècle et la Querelle qu’il a suscitée au XVe siècle, déclenchée par la critique de Christine de Pizan à l’encontre de la misogynie du texte et de la façon dont Jean de Meun y « nomme les secréz membres plainement par nom »[13]. Une quarantaine d’années plus tard, Martin Le Franc dénonce à nouveau le « vilain langage » de ce « ribault commun, / Qui voulu[t] la rose pillier » (liv. 3, 55, v. 12245-12246), et qui montra qu’il avait vidé de ses grains « le bouton et le rosier tendre » si profondément qu’il lui avait fait « les feulles estendre » (v. 12253-12256). Or Nature a caché avec vergogne « Aucuns de nos membres » pour montrer qu’il fallait en parler secrètement et pas « à l’ouvert » (v. 12365-12368), et pour Le Franc la métaphore de la rose révèle plus qu’elle ne dissimule[14]. Les nombreux synonymes, images et périphrases sont souvent plus évocateurs que les mots propres en effet[15], et les auteurs misogynes ne se privent pas de leurs effets.
À la fin du XIIIe siècle, Mathéolus dénonçait les « macquerelles » qui apprenaient aux femmes comment « livrer roses et florettes » (203, v. 1848). S’attardant sur la « beauté de dessoubz la robe » de sa jeune épouse, il comparait joliment la couleur de son sexe à celles des fleurs : « La mote et les choses secretes, / Que scevent personnes discretes / Convenables a leurs delis / Les roses et les fleurs de lis / Estrivoient [rivalisaient] pour sa couleur » (143, v. 617-621). Mais de Pernette vieillie, il écrivait : « En elle est la rose amortie [flétrie], / Quar elle poingt plus qu’une ortie » (145, v. 708-709), qualifiant son sexe de rose fanée et piquante. La riche métaphore florale se file pour dire le dépucelage en termes de défloration dans plusieurs textes, comme dans Le Champion des dames, où Franc Vouloir dénonce la fraude dont Jupiter usa à l’encontre d’Europe pour « sa chasteté desflourer » (161, v. 8191). Le misogyne du texte de Cholières observe plusieurs « enfleures » (grossesses) chez celles « qui sont à peine ébourgeonnées » (57) et qui craignent d’être « engrainées » mais mettent en péril leur pucellage « dès que les bourgeons commancent à espapilloter » (58). Sexe fleur ou sexe fruit, dans Le Palais des nobles dames, Coronis raconte au narrateur « comment [elle] ne put garder / Son pucellage » car Apollon « à toute force » en « savorast le noyau et l’escorce » (267).
La métaphore dit encore plus qu’elle ne tait lorsque l’auteur des Lamentations compare le sexe de ses conquêtes à des jardins sillonnés lorsqu’il était jeune : « Es courtils puissament fouoye [creusais] /Deux fois ou trois sans demourer » (liv. 1, 157, v. 1308-1309). À propos des soins apportés à Galathée après qu’un valet « Luy osta son pucellage » (liv. 2, 205, v. 1938), il explique également qu’« Apres ly fist on faire estuve, / Et baignier dedans une cuve, /Pour les peaulx rouptes reparer / Et pour la roye mieulx arer » (liv. 2, 205, v. 1941-1944). Déchiré, sinon forcé ou fracturé, d’après les différents sens que le DMF donne au verbe « rompre » – employé aussi pour une porte ou une serrure –, le sexe est donc ici réparé pour que la « raie », dont l’origine est le sillon de terre, puisse être « arée » c’est-à-dire « labourée » à nouveau.
Une clôture menacée d’ouverture, de blessure ou d’échappées
Plusieurs parlent du sexe féminin comme d’un « clos ». Ainsi le champion des dames de Le Franc dément « Que chascune d’œuvre ou de voeul / Le clos de chasteté corront [corrompt] » (liv. 2, 118, 7070-7072), expression proche de la « ceinture ou zone ou cloître de virginité » désignant l’hymen au XVIe siècle[16], mais qui renvoie au sexe externe sous la plume de Cholières. Selon lui, les femmes qui n’étaient plus vierges devaient montrer « les parties secrettes de leur clos bruneau [brun] » (28) devant la « colonne virginale » de Constantinople. Pour Mathéolus en revanche, « il n’est si jolie chose, / Quant leur burlecte est bien desclose [ouverte] / Et elles sont bien a droit pointes [saillie] / Et dessoubs large robe jointes » (199, v. 1771-1774). La « burlecte » ou « bullette » est une petite boule contenant quelque souvenir d’après le DMF, mais la carnea bulle de l’original latin, « bulle de chair, petite boule, bille ou bouton » selon le Gaffiot, pourrait aussi laisser supposer qu’il s’agit là de la partie externe du clitoris.
Ce lieu clos ou défendu, sexe ou ventre confondus, est aussi architectural dans les Lamentations où le Christ déclare : « Je descendi comme amoureus / Ou saint cloistre a la noble Vierge, / Qui de moy garder fu concierge » (287, v. 1552-1553). L’analogie avec le son de la voix passant les portes explique sa conception virginale : Dieu « envoya, par grant mistere, / Sa parole dedens son ventre. / Et tout ainsi com la voix entre / En la maison a porte close », il entra « en la virginal[e] maison » (307-9, v. 2634-2637 et 2640). A contrario, la vieille maquerelle des Lamentations déclare que « Dieu a fait la porte du ventre / Et vuelt que Priapus y entre. / S’il voulsist, on la tenist close » (205, v. 1903-1905), et Mathéolus note l’impossibilité de garder une femme « Quar tel chastel se laist embler [prendre], / Quant a autre puet assembler, / Pour accomplir son appetit. » (251, v. 4063-4065). Les anatomistes du XVIe siècle parleront quant à eux de « citadelle » utérine ou de « temple » sacré pour dire l’obsession de la clôture virginale[17].
La métaphore architecturale du corps de la vierge semble s’être développée en même temps que celle du château d’amour dans la littérature courtoise pour insister sur la clôture des femmes dont le corps contient une brèche absente du corps masculin qui sans cesse les met en danger d’être assaillies[18]. Ainsi, à l’ouverture du Champion des dames, Vénus, Malebouche et son armée veulent « prendre et diffamer / La noble amoureuse forteresse » (liv. 1, 15, v. 183-184) que les femmes sont invitées à défendre, pour que « l’envieuse villenaille / Ne [les] ait d’emblee ou de force ! » (9, v. 7-8). L’assaut du symbolique « chasteau d’amour » peut d’autant plus se lire comme une tentative de viol que ses assaillants « Cuid[e]nt les dames en leur couche / Prendre, et entrer porte fermee » (11, v. 67-68) et « scevent traire / Si roide et de si mauvais trait / Qu’on ne peut la playe deffaire / Ne guerir de quelconque entrait [emplâtre] » (v. 93-96). Sans ce filtre allégorique, La Guerre des masles contre les femelles se termine par les mots de Nicogène menaçant explicitement les femmes traînant dans les rues « que quelques estalons escervelés ne vinssent à leur passer sur le ventre », et leur conseillant « après le dessein du peintre Phydias, qu’elles se resserrent dans leur coquille, sans s’enguigner [se faire de l’œil], non plus que fait la tortue »[19] (90).
Cette violence est également de mise dans les désignations du sexe féminin comme blessure et les métaphores guerrières de l’acte sexuel. Le devisant proféminin du texte de Cholières, Ginécophile, émet ainsi la possibilité de « rendre le pucellage aux pauvres filles qui auroient esté seduictes », grâce aux « belles drogues et beatilles [bandeaux] pour reserrer la playe » (27) et aux vertus de la fontaine de Canathe. Son opposant, Nicogène, refuse de croire en « ces eaux si merveilleuses pour rejoindre l’entameure » (27) – qualifiée plus loin de « bresche à son pucellage » (58) – : « Et comment se pourroit faire qu’une femme, qui d’estoc et de revers a esté transpercée, puisse estre renouvellée ? » (27). L’estoc, épée affilée ou pointe d’une épée, désigne ici le sexe masculin comme l’arme du crime, transperçant dans un sens et dans l’autre celui des femmes. A contrario, Mathéolus use de la métaphore de la lance et de l’écu pour signaler la puissance des femmes et de leur sexe/bouclier : « Il n’est homme, tant soit p[u]issant, / Qui ne soit en la fin vaincu / Par la femme et par son escu » (165, v. 112-114).
Dans ses Lamentations, il encourage à attraper les vieilles femmes par leur « hariquoque pelue » (203, v. 1820), dont le DMF note que la variante « harigote » désigne une étoffe déchirée, en lambeau. La métaphore de la cheville (pièce bouchant un trou ou fermant une porte) et de la crevasse (fente, ouverture dans un mur, ou blessure par analogie) lui sert à s’insurger contre l’épouse qui, seulement lorsqu’elle le désire, « se mettra souvine [sur le dos], / Et la cheville en la crevace » (245, v. 3750-3751). Évoquant le crime de Pasiphaé accouplée avec un taureau en se glissant « Ou simulacre d’une vache, / Ou il avoit une crevache », il précise que « L[à] mist Pasiphe sa jointure, / Pour souffrir du tor la pointure » (195, v. 1593-1595). Pour lui, la cause du péché de la femme adultère est le « compost qui rompt sa jointure » (297, v. 2045), c’est-à-dire la composition des femmes qui fait qu’elles ont le sexe fendu. Une fente à laquelle renvoient les noms de Colette du Cren [cran] ou Sebile Rouge Entaille, fileuses des Évangiles désignées par leur sexe, et dont Rabelais raconte qu’elle fait fuir le diable lorsqu’une femme lui montre son « comment à nom » en le faisant passer pour une blessure infligée par son mari[20].
En outre, l’angoisse d’un sexe féminin sortant de l’espace corporel interne se lit dans la première soirée des Évangiles des quenouilles où Belotte la Cornue explique : « il me croist ou plus secret lieu de mon corps une chose a manière de la creste d’un coq, dont j’ay grant vergoigne » (84). Une hypertrophie des petites lèvres ou du clitoris, peut-être – sinon la mention de leur existence –, qui semble aussi concerner la fileuse répondant au nom parodique d’Ysabel de la Creste Rouge. De même, Drusac semble saisi de honte lorsqu’il traduit le latin landica qui désigne depuis l’Antiquité tardive l’ensemble indéterminé de ces organes. Face aux symptômes de probables prolapsus génitaux provoqués par les vives et sautillantes danses lombardes, il explique qu’en les pratiquant, « à mainctes [femmes] : tumbé estoit le Boyeau / Lequel nommer : ne seroit guieres beau / Combien que mainctz : puys qu’il fault que le die / Disent et tiennent : que c’estoit la Landie » (450). L’échappée possible du « boyau » – l’intestin, le cordon ombilical, mais aussi le membre viril nous dit le DMF –, nécessite ici l’invention de « certaines brayes », nommées « Tyrebrayers »[21]. Le brayer signifiant la ceinture et par métonymie la partie du corps à sa hauteur, ces braies semblent donc faites pour « retirer » le sexe des femmes à l’intérieur du corps.
Drusac évoque la longueur déraisonnable du sexe de certaines femmes, affirmant « Que si long pied : aussy bien femme tient / Son con a long : dont je le croys ainsy / Et que jamays ne peult estre accourcy » (605). On sait la récurrence des opérations génitales dans la littérature médicale de l’Antiquité à la Renaissance qui consistaient en la suppression ou la réduction des parties externes du sexe dont la longueur excessive était considérée comme disgracieuse ou incitant à la lubricité[22]. En 1569, dans un chapitre expliquant « La maniere de couper la partie dicte Nympha et la queue, dicte cercosis aux femmes », Jacques Dalechamps écrit que cette partie du corps « s’allonge et se dresse tout comme la verge de l’homme »[23], et Jean Liebault, dans une chapitre intitulé « La queue », recommande de la couper chez les femmes où elle est si grande « qu’elle represente le membre viril », donc est « monstrueuse et contre le naturel de la femme »[24]. L’effroi de Drusac devant la taille du sexe des femmes et cette landie/boyau s’échappant de leur corps n’est pas non plus sans évoquer le fantasme de la transformation de la femme en homme pour laquelle il n’y avait « autre chose à faire qu’à luy tirer les couillons dehors » selon Juan Huarte ; un fantasme dont Évelyne Berriot-Salvadore a montré la résistance au XVIIe siècle encore, après un XVIe siècle oscillant entre les modèles isomorphique et dimorphique[25]. Selon Michèle Clément, la mise au jour anatomique du clitoris, équivalent du pénis non plus dans l’utérus mais à l’extérieur, pourrait être l’élément-clé sinon le prélude à l’énoncé de la différence des sexes[26]. Il semble donc que les prémisses du dimorphisme sexuel aient été difficiles à entendre pour ceux qui fantasmaient une menace de leur identité masculine.
À la fin du XIIIe siècle, Mathéolus indique que « Femme est hermofrodite mo[n]stre, / Et pour chymere se demonstre / Par ses cornes et par sa queue, / Plus grande que paon ne peue » (253, v. 4127-4130). Derrière cette probable dénonciation des hennins à cornes et de leurs voiles, figure bifide qui révulse les moralistes au point qu’on brûle alors ces coiffes en place publique, on peut aussi lire le problème que pose l’espace occupé par le corps et le sexe des femmes[27]. L’analogie est éloquente qui frappe d’interdit l’extériorité pour ces êtres de l’intérieur, dont le sexe doit rester interne. Aussi ne trouve-t-on mention positive de sexes féminins volumineux que dans les parodiques Évangiles des quenouilles, comme celui, se doute-t-on, de la fileuse Jennette Grosse Motte. D’après une croyance figurant dans la première rédaction du texte et dans sa version imprimée, quand une femme enceinte enjambe le timon d’une charrette, « s[i] c’est un filz, il aura gros membre et dur a merveilles, et s[i] c’est une fille, elle aura moult grosses levres et vermeilles aussi bien dessoubz comme dessus »[28].
Du sexe/bouche engloutissant au piège diabolique
Une autre fileuse dont la nièce « apporta sur terre quatre levres » (journée 1, chapitre 8, 84) renvoie elle aussi à l’équivalence symbolique entre le « haut » et le « bas », déjà posée par les médecins grecs[29] et dont certains de nos textes témoignent. Pour Drusac, les femmes « ont deux langues : la chose est apparente / Avec deux bouches : l’une soubz l’autre sus / Que toutes deux : mainctes gens ont deceupz » (410). Or, le DMF enregistre l’acception du terme « langue » au sens de clitoris et cite une devinette expliquant vers 1470 les bavardages des femmes qui « […] parlent plus que les hommes […] Pource qu’elles ont deux langues », comme le traducteur de Mathéolus écrivait fin XIVe siècle que Dieu « armast les femmes perverse[s] / Et leur donna langues diverses » (167). En 1546, l’anatomiste Charles Estienne indique en effet, près du méat urinaire, « une languette aulcunement incisée au dessoubz par le milieu »[30], donc une petite langue presque bifide.
Sous la plume de Cholières, lorsque Nicogène évoque leur « sifflement serpentin à double langue », il censure un développement qui le ferait accuser d’humour rabelaisien[31], avant de conter l’histoire d’une Romaine qui créa l’émeute en divulguant le mensonge confié en lieu et place du secret qu’elle réclamait. Drusac souligne pour sa part la correspondance entre les secrets d’en haut et ceux d’en bas lorsqu’il s’adresse à Eve : « De nulz secretz : bas ny superieurs / Honte n’avoys : mainctenant par effaict / Voit bien chascun : que les inferieurs / Abscondis [tu cachas] » (469). La béance de leur corps, s’ouvrant sur deux bouches et deux langues, expliquerait donc l’incapacité des femmes à garder un secret – sinon à tenir leur langue.
Ce « gouffre/ventre dévorant […] par la bouche du visage et celle du sexe », est aussi un « antre infernal et vorace[32] ». Cholières désigne sans distinction le sexe ou le ventre des femmes comme contenant ou conduit dans plusieurs expressions triviales, de la femme qui « serrast dans son bissac » (51) le sexe de l’homme dont elle tombe enceinte, aux femmes remariées pour « se faire ramonner la cheminée » (75), en passant par les confesseurs qui « trempent leur saucisse au pot » des religieuses (64). Lorsque son personnage Ginécophile dit qu’elles peuvent concevoir comme Junon « d’un vent qui s’entonna en son ventre », Nicogène répond que lorsque « le germe masculin faict enfler leur paste », elles cherchent à persuader leurs maris cocus que le vent « l[eur] a soufflé par l’engouleure du bas » (53). Dérivé de « gueule » et « engouler », le terme désigne donc une bouche du bas engloutissante comme la « matrice ventouse » d’Oribase aspirant le sexe des hommes[33].
Dans Les Évangiles des quenouilles, les noms de Marion Joly Treu, Marion Ort Trau, Maïs Noir Trou et Perrette du Trou Punais réduisent ces fileuses à un sexe/trou, qu’il soit joli, sale, noir ou puant. De même, Drusac ne comprend pas pourquoi « s’aller mectre en dangier / Pour ung pertuys » (486), « Pour ung pertuys : que chascun peult avoir / Pour deux lyardz » (488). Plusieurs métaphores du Champion des dames évoquent cette béance : « Femme est ung gand a toutes mains » (livre 2, 99, v. 6584), « Tousjours court le tonniau fendu » (100, v. 6617) et « Chascun jour son ventre empliroit » si elle pouvait (102, v. 6672). Messaline y est ainsi prise à partie : « Tu jamais ne fus de con nue ; / Et eus le renom et a[u]ras, / De leaulté a maint congnue ! » (livre 2, 255, v. 10678-10680). La rime équivoquée entre « con nue » et « connue » souligne la réputation entâchée de l’impératrice dont le sexe ne fut jamais « nu », c’est-à-dire jamais « vide ». Et lorsque Nicogène dans le texte de Cholières résume les arguments proféminins de ses adversaires, il renvoie au sexe des femmes aussi profond qu’elles sont impossibles à défendre : « il n’y a rivet de sillogisme in Barbara que n’aïez hanté pour essaier à boucher le trou de vos dames, mais il est si fort foulé qu’il n’y a piece qui puisse y tenir » (89).
L’insatiabilité se dit aussi en termes de chaleur. Nicogène rappelle que « le sage apparie la matrice de la femme avec le feu » car « le brasier qui les eschauffe », « inflammation naturelle de la femme », ne serait pas assouvi sans tarir « cinquante estuis panurgiques » (58). Et on lit dans Les Controverses le proverbe biblique listant les plus « insatiables » choses du monde : l’enfer, la terre, le feu et « le con de la femme »[34] (625). Drusac le répète inlassablement qui se met en scène assailli par des séductrices dont il évoque les « puldres » aphrodisiaques qu’elles insèrent dans leur sexe, « Comme de musc : et de chippre aussi de la cyvete / Que dans leur con : tant en mectent petit / Grand challeur donne : et tresgrant appetit » (447). La glande de civette (chat musqué), le musc et le chypre (un lychen poussant sur le chêne) semblent être ici utilisés comme parfums. Le passage est précédé par un développement sur « Les bonnes senteurs que lesdictes muguettes portoient », suivi par l’évocation de leurs « gands perfumez », « eaux de bonnes senteurs », et des « esponges » qu’elles mettent « entre leurs Cuysses » pour ne pas sentir « l’espaulle de mouton/Le faganas[35] : et telz senteurs infames » (448-449). Une muguette lui ayant jeté ses braies au visage, il écrit que « Lesdictes brayes : menoyent telle senteur / Que ne sentiz : oncq telle puanteur » (451) et mentionne par deux fois un « proverbe commun » dont la fin dit « Que puanteur : sont elles dans le lict »[36] (537). L’insistance révèle comment les stimuli olfactifs des odeurs génitales se retournent névrotiquement en répugnance chez Drusac[37].
Au Xe siècle, Odon de Cluny qualifiait les femmes de « sac[s] d’excréments » en insistant sur la souillure malodorante cachée sous leur beauté apparente[38]. L’image du corps féminin comme cavité cloacale et réceptacle d’immondices se lit encore dans les textes misogynes. Mathéolus insiste sur l’opposition extérieur/intérieur où « obscure » rime avec « ordure » : « Tu ressembles par couleur fainte / A l’ymage par dehors painte ; / Par dedens est laide et obscure, / N’y a fors laideur et ordure » (207, v. 1989-1992). Pour Drusac, « Salle et mal nette : elle est par le dedan » (489). Il écrit même que « le bas instrument / De la vieille est : puant villainement (597) et que « bien souvent : il engendre des verms » (598). L’image des vers sortant de leur sexe n’est qu’une étape dans son délire ordurier, qui fait des femmes des lieux d’aisances masculins : « d’homme femme : est proprement retraict / La preuve en est : puys que sy parfond entre / C’est que les hommes : leur pissent dans le ventre […] Là vont ilz mectre : leur immundicité » (647).
Ce mépris semble conjurer la peur de ce lieu dangereux, instrument des enchantements féminins sinon piège diabolique. Mathéolus explique ainsi comment la maquerelle séduit l’imbécile : « Quant le cornart est eschaufé / Par la malice de maufé [du diable], / Plonger le fera en son bac ; / Quar au besoin prent on vieil sac » (205, v. 1963-1966). Si « plonger quelqu’un en son bac » signifie le « soumettre à sa volonté par la ruse », la redondance des contenants souligne l’équivalence entre le « bac » et « le sac », que le DMF traduit aussi par « sexe féminin ». Dans Le Champion des dames, Villain Penser affirme que « Femme aux engins magiciens / Gaste le monde et a gasté » (liv. 2, 12, 4367-4368) avant de préciser la façon dont elle « prent et attrape » dans ses « rois » et de déplorer que « N’est homme, tant puissant ou sage, / Lequel puist eviter sa trape » (v. 4370-4371) car « Le dyable en a fait son hocquet. / Elle comme chas au frommage / Nous attrape a son trebuquet. » (v. 4374-4376). La femme est donc un crochet au bout d’un manche dont le diable se sert pour attraper les hommes comme on attrape les chats avec du lait, et son sexe une trappe ou un piège à bascule. Tertullien n’en faisait-il pas déjà la « porte de Satan[39] » ? Sous la plume de Le Franc, l’avocat de Malebouche insiste sur cet engin infernal, qui semble être son sexe plus que son esprit : « femme ung engin a […] Par lequel Sathan l’enginna » (liv. 2, 39, v. 5057-5059) et Adam y fut pris « come ras aux lardons » (v. 5064). Un siècle plus tard, Drusac désigne plus explicitement encore ce « cauteleux engin » (383) qui met en péril l’honneur des hommes et l’« engin diabolicque » (503) des paillardes.
C’est pourtant dans une pièce poétique que ses Controverses offrent le pire condensé des fantasmes négatifs suscités par le sexe des femmes. En 440 décasyllabes, les « quattre cens quarante deux bourdons [railleries] par equivocques sur ce deshonneste, villain et de tresperverse nature mot, Con » (509-522) sont 38 ensembles de rimes équivoquées comportant entre 2 et 24 vers. Drusac s’excuse d’abord de « nommer icelluy » et explique qu’il le fait pour « l’abhomination d’icelle meschante orde, sale trespuante et abhominable beste dessus nommée » (509). Les 16 premiers vers sur con, fier et confier affirment que « À telle beste : ne vous fault confier / Ne vous veuillez : jamais en con fier » (v. 3-4). Sur ce modèle, 22 vers sur consentir expriment son obsession pour l’odeur : « Villaine chose : certes toutz les cons sentent » (v. 87-88). Les 18 suivants égrénés sur con et descendre se clôturent sur un refus mortifère du sexe féminin comme lieu d’origine : « Pour la senteur : quant du con descendons / Ne soyons plus : de nul con descendans » (v. 104-105). Les jeux sur convaincre et combattre soulignent leur pouvoir invaincu (« oncques nul con vaincquirent », v. 150) et incitent à fuir « ces villains combas / [car] C’est laide beste : que ce villain con baz » (v. 167-168). Pour le mal qui en vient, il convient de chasser tous les cons, par peur de leur caractère insatiable. Déclinant les formes à tous les temps, modes et personnes, Drusac prophétise que « nulz vivans : jamays cons saoulleront » (v. 203). Les qualificatifs « faulx » et « villain » ponctuent l’ensemble de façon obsessionnelle et incitent à ne plus y penser, le passer ou le prendre car « mainctes sortes : de maulx du con prenons » (v. 248). Il sombre dans le scabreux avec la rime unique comparant le sexe à l’anus[40], avant d’y noter la fréquente présence de vers en jouant avec converser, quand les jeux sur concorder poussent à l’attacher : « Saiges seront : qui s’y concorderont / Et de leurs femmes : tost le con corderont » (v. 283-284).
Dans les 18 vers sur composer, Drusac s’insurge contre la littérature proféminine qui lui est contemporaine en désignant les femmes par leur sexe et en réduisant les défenses des femmes à des écrits sur le con[41]. Il fantasme en confirmant qu’il faut que soient « toutz cons fermez » (v. 360), car « ceulx qui cons sommeront/ Bien tost après : ilz se cons[u]mmeront » (v. 365-366). Leur visibilité sinon leur existence même jette les hommes dans les tribunaux, comme le disent les rimes équivoquées sur paraître et comparaître doublées du polyptote aux accents apocalyptiques : « Tant qu’en ce monde : aulcun con parestra / En jugement : mainct ung comparestra / Mainctz y comparent : mainctz y comparestront / Et durera : tant que cons parestront » (v. 379-382). Pire, le sexe des femmes met en danger celui des hommes, sinon leur vie même : « Mainctz bon gallans : ont perdu par con vitz/ Et mainctz sont mortz : qui feussent sans con vifz » (389-390). De quelque façon qu’on tourne ou contourne le mot, « honneste n’est » (v. 391-393) et Drusac dit se contenter de ne plus en être tenté. Il termine pourtant avec la plus longue série de rimes, et un plaisir manifeste à jouer avec les mots con et fesse transparait sur 24 vers ainsi conclus : « Sy m’en croyez : plus nulz cons fesserons / Et du mal faict : nous en confesserons » (v. 437-440).
Les désignations du sexe des femmes dans ces textes de la Querelle drainent donc de multiples fantasmes. De la peur d’une puissance animale sinon diabolique dont il faut à tout prix qu’elle reste enfermée dans leur corps, à l’agressivité du désir d’ouverture de ce corps par la blessure, en passant par la peur du gouffre sans fond, insatiable, dévorant, et le rejet du côté de l’immondice puant, la peur semble avant tout celle d’un pouvoir occulte des femmes qui mettrait en péril la domination masculine. Qu’il soit lieu secret, indicible, temple sacré ou lieu d’aisances, sexe et térus confondus, les mots du sexe des femmes les désignent souvent tout entières. Alors que le projet de leur domestication par la clergie se met en place, ces lieux des secrets féminins et maternels qui ont été l’objet des premières dissections[42] continuent à être scrutés par les anatomistes et à hanter l’imaginaire masculin. Billon écrivait pourtant en 1555 à propos d’Hippocrate qu’il fit « congnoistre aux Grossiers, que alenviron de la Personne femenine y a tousjours quelque secret non encores parvenu à la notice des Hommes, & aura » (87). L’impossibilité de percer les mystères du sexe des femmes et de leur jouissance continuera en effet à rendre fous ceux qui s’acharneront à vouloir les maîtriser[43].
Auteurs
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Notes
- 1 Revisiter la « querelle des femmes ». Discours sur l’égalité/inégalité des sexes. Vol. 3, de 1400 à 1600, éd. A. Dubois-Nayt, N. Dufournaud, A. Paupert, Saint-Étienne, Publications de l’Université de Saint-Étienne, 2013.
- 2 « Les représentations du corps constituent un ensemble d’idées, d’images, de symboles, d’émotions et de jugements de valeur qui dans toute culture servent non seulement à le penser mais à le contrôler », M. Godelier, M. Panoff, « Introduction », in Le Corps humain. Conçu. Supplicié, possédé, cannibalisé, éd. M. Godelier, M. Panoff, Paris, Éditions du CNRS, 2009, p. 26. Voir aussi F. Héritier, Masculin/féminin. La Pensée de la différence, Paris, Odile Jacob, 1996 et 2002.
- 3 É. Viennot, La France, les femmes et le pouvoir, vol. 2, Paris, Perrin, 2008, p. 84.
- 4 Parues entre 1497-1498 et (vers) 1550, elles s’ajoutent aux 5 éditions de son abrégé, La Malice des femmes, dans les quarante premières années du XVIe siècle.
- 5 Voir T. Clavier, « Les devisantes des Évangiles des quenouilles. “Sorcières-maquerelles” burlesques ou résistantes à l’ordre du genre mis en place à la Renaissance ? », in La Représentation de la sorcière et de la magicienne. Du XVIe siècle à nos jours en Europe occidentale, éd. É. Hamon-Lehours, Paris, Classiques Garnier, 2021, p. 27-46, https://doi.org/10.48611/isbn.978-2-406-12286-9.p.0027
- 6 Les textes seront cités d’après les éditions suivantes (les chiffres entre parenthèses suivant les citations indiqueront les numéros de page ou folio) : J. Le Fèvre de Ressons, Les Lamentations de Mathéolus, éd. T. Pacchiarotti, Alessandria, dell’Orso, 2010 ; M. Le Franc, Le Champion des dames, éd. R. Deschaux, Paris, Champion, 1999 ; [Anonyme], Les Évangiles des quenouilles, éd. Madeleine Jeay, Montréal, Presses de l’Université de Montréal, Paris, J. Vrin, 1985 ; G. du Pont, sieur de Drusac, Les Controverses des sexes Masculin et Femenin, éd. C. Marcy, Paris, Classiques Garnier, 2017 ; J. Du Pré, Le Palais des nobles dames, éd. B. Dunn-Lardeau, Paris, Champion, 2007 ; F. de Billon, Le Fort inexpugnable de l’honneur du Sexe Femenin, éd. M. Screech, Johnson Reprint Corporation, Mouton éditeur, Yorkshire-N.Y.-Paris-The Hague, 1970 ; J. Dagonneau, seigneur de Cholières (alias Nicolas de Cholières), La Guerre des Masles contre les femelles, représentant en trois dialogues les prérogatives et dignitez tant de l’un que de l’autre sexe avec les meslanges poétiques du Sieur de Cholières, Paris, Pierre Chevillot, 1588.
- 7 Plutarque, Vies des hommes illustres, trad. A. Pierron, Paris, Charpentier, 1853, t. 4, « Agis et Cléomène », p. 170-171 et Conduites méritoires des femmes, trad. J. Boulogne in Plutarque, Œuvres morales, t. 4, Paris, Les Belles Lettres, 2002, chap. 11, p. 55.
- 8 Héraclide rapporta cette guérison longtemps qualifiée de miraculeuse avant que Pline et Galien y voient un cas de catalepsie provoqué par une rétroversion de la matrice. Voir A. Vergnioux, « La “panhumanité” d’Empédocle », Le Télémaque, 2011, no 19 (1), p. 29-36, https://doi.org/10.3917/tele.019.0029
- 9 Plutarque, Conduites méritoires des femmes, op. cit., chap. 5, p. 47. Ce geste, nommé anasyrmos, se trouve dans plusieurs récits antiques où il permet aux femmes, en désignant leur sexe et leur utérus, d’appeler les hommes à assumer leur rôle sexué (protéger la communauté) comme elles assument le leur (l’engendrer). Voir H. King (que je remercie pour ce partage), « Agnodike and the profession of medicine », Proceedings of the Cambridge Philological Society (New Series), 1986, no 32, p. 53-77.
- 10 Paracelse parlait du « vase qui conçoit et protège l’enfant […] communément désigné sous le nom de matrice, bien que la femme soit celle-ci tout entière », Œuvres complètes, trad. É. Grillot de Givry, Paris, Chacornac, 1913, t. 2, p. 201 et Henri-Corneille Agrippa de Nettesheim du « petit vaisseau […] qui se nomme la matrice », Declamatio de nobilitate et preaecellentia foeminei sexus (1509), traduit par L. Vivant, De l’excellence de la femme, Paris, Jean Poupy, 1578, fo 28 vo.
- 11 Sur la « Contremyne de ce fort, faite sur le parler expert de la plume, pour la préexcellence de l’Honneur de son Genre », voir R.-C. Breitenstein, « Traduction, transferts culturels et construction des publics dans deux éloges collectifs de femmes de la première moitié du XVIe siècle », Études françaises, 2011, vol. 47, no 3, p. 91-107, https://doi.org/10.7202/1006448ar
- 12 La conjonction quoniam (où on peut lire le mot « con ») signifiant « puisque », et l’adverbe (et conjonction) quippe traduisant « car, assurément » (Gaffiot).
- 13 Voir V. Greene, « Le Débat sur le Roman de la Rose comme document d’histoire littéraire et morale », Cahiers de recherches médiévales (XIIe-XVe s.), 2007, no 14 spécial, p. 297-311, https://doi.org/10.4000/crm.2586
- 14 « Or vous direz : “Meun couvry / Le fait de rosier et de roses”. / Je vous respons que tant ouvry / Le texte / qu’il n’y fault ja gloses. / Ly en la fin : sans que le gloses, / Te sera proprement advis / Que devant toy face les choses / Dont il fait son paillart devis » (liv. 3, 62, v. 12425-12432).
- 15 Cette question a été à nouveau soulevée à la fin du XVIe siècle, par les détracteurs des éditions des Œuvres complètes d’Ambroise Paré en 1575 et des Erreurs populaires de Laurent Joubert en 1578. Voir É. Berriot-Salvadore, « L’“irréverence” des ouvrages médicaux en langue vulgaire », in La Catégorie de “l’honneste” dans la culture du XVIe siècle, Actes du Colloque international de Sommières II, Collectif R.H.R., Saint-Étienne, Publications de l’Université de Saint-Étienne, 1985, p. 65-77.
- 16 L. Joubert, Erreurs populaires au fait de la medecine et régime de santé, Bordeaux, Simon Millanges, 1578, livre 5, chapitre 4, p. 472.
- 17 É. Berriot-Salvadore, « Clôtures et évasions du corps féminin dans le discours médical du XVIe siècle », in Les Paradoxes de l’enfermement dans l’Europe moderne (XVIe – XVIIIe siècles) : Espagne – France – Portugal, éd. M.-N. Ciccia, S. Favalier, S. Imparato-Prieur, Montpellier, Presses Universitaires de la Méditerranée, 2018, p. 29, https://doi.org/10.4000/books.pulm.1749
- 18 Voir M.-C. Pouchelle, « Le corps féminin et ses paradoxes : l’imaginaire de l’intériorité dans les écrits médicaux et religieux (XIIe-XIVe siècles) », in La Condicion de la mujer en la Edad Media, éd. G. Duby, Madrid, Casa de Velasquez, 1986, p. 315-336.
- 19 La référence à la statue de Phidias représentant Aphrodite un pied sur une tortue – symbole de réserve et de claustration des femmes pour Plutarque – précise l’injonction finale. Voir G. Sissa, Le Corps virginal, Paris, J. Vrin, 1987, chap. « La tortue et la courtisane », p. 76-93.
- 20 Cette vieille femme « se descouvrit jusques au menton en la forme que jadis les femmes Persides se praesenterent a leurs enfans fuyans de la bataille, & luy monstra son comment a nom ? » écrit Rabelais, renvoyant à l’anecdote des Persannes contée par Plutarque (voir note 9). Rabelais, Le Quart livre des faicts dicts Heroiques du bon Pantagruel, Paris, Fezandat, 1552, chap. 47, « Comment le diable fut trompé par une vieille de Papefiguiere », fo 99.
- 21 Ce développement plus que curieux est titré « L’invention pour garder de tumber le Boyeau ».
- 22 S. Chaperon, « Le trône des plaisirs et des voluptés : anatomie politique du clitoris, de l’Antiquité à la fin du XIXe siècle », Cahiers d’histoire. Revue d’histoire critique, 2012, no 118, p. 41-60, https://doi.org/10.4000/chrhc.2483
- 23 Chirurgie françoise recueillie par M. Jacques Dalechamps, Lyon, Guillaume Rouillé, 1569, chap. 70, p. 424.
- 24 J. Liebault, Thresor des remèdes secrets pour les maladies des femmes, Paris, Jacques du Puy, 1585, chap. 64, p. 510-511.
- 25 É. Berriot-Salvadore, « Clôture… », op. cit., p. 24-25, où Juan Huarte est cité d’après la traduction de l’Examen de ingenios para las ciencias (Baeza, 1575, partie 1, chap. 15) par G. Chappuis, Anacrise ou parfait jugement des Esprits propres et naiz aux sciences, Lyon, François Dicier, 1580, chap. 15, fo 302.
- 26 M. Clément, « De l’anachronisme et du clitoris », Le Français préclassique, Paris, Champion, 2011, p. 39, URL : https://halshs.archives-ouvertes.fr/halshs-00934346
- 27 Voir N. Lévy-Gires, « Se coiffer au Moyen Âge ou l’impossible pudeur », in La Chevelure dans la littérature et l’art du Moyen Âge, éd. C. Connochie-Bourgne, Aix-en-Provence, Presses Universitaires de Provence, 2004, p. 279-290, https://doi.org/10.4000/books.pup.4214
- 28 Il s’agit de l’évangile 15 de la troisième soirée dans le texte du manuscrit de Chantilly (137) et du chapitre 8 de la journée 5 dans la version plus tardive (108). Notons en revanche que l’avant-dernier article de la version la plus ancienne du texte proscrit le fromage mou à la femme enceinte, « car s’elle porte filz, il aura petit vit et court, et se c’est une fille, elle aura con large, parfont et maigre » (144), donc un sexe relâché, profond et maigre.
- 29 L’utérus a une bouche (stoma) pour Hippocrate (Maladies des femmes, in Œuvres, trad. É. Littré, Paris, Baillière, 1853, t. 8, p. 347), des lèvres (cheilê) pour Aristote (Histoire des animaux, trad. J. Barthelemy-Saint Hilaire, Paris, Hachette, 1883, t. 2, livre VII, chap. 3, p. 417).
- 30 Ch. Estienne, La Dissection des parties du corps humain divisée en trois livres, Paris, Simon de Colines, 1546, p. 313.
- 31 « Je ne veux point icy representer le sifflement serpentin à double langue [des femmes], de peur que je ne semble vouloir tousjours plaisanter avec frere Jean des Entommeures » (66).
- 32 C. Desprats-Péquignot, « Correspondances sexe/visage et sang génital », L’Esprit du temps, « Champ psychosomatique », 2005, no 40 (4), p. 120, https://doi.org/10.3917/cpsy.040.0115
- 33 Œuvres d’Oribase, trad. U. C. Bussemaker et C. Daremberg, Paris, J. B. Baillière et fils, 1851-1858, t. III, p. 54.
- 34 Proverbes 30 : 15-16. Traduit de la Vulgate, os uuluae serait la bouche ou l’entrée de la matrice.
- 35 La mauvaise odeur d’un corps échauffé.
- 36 « Puante au lict : qu’est veritable dict » (466). En marge : « Prouerbium commune, sanctas in ecclesia, angelos in accessu, demones in domo, bubones in fenestra, picas in porta, capras in orto, fetorem in lecto ».
- 37 Sur ce point, voir S. Freud, Le Malaise dans la culture, Paris, P.U.F., 1995 [éd. orig. 1929], p. 49.
- 38 Son homélie est citée par M. Douglas, De la souillure. Essai sur les notions de pollution et de tabou, Paris, Maspero, 1981 [éd. orig. 1967], p. 19, note 2.
- 39 Ibid., p. 19.
- 40 « Ce faulx pertuys : est plus mal competent / Que le trou n’est : auprès du con pettant », v. 255-256.
- 41 « Ainsy que ceulx : que jadiz composerent / Lesquelz nul bien : jamays du con poserent / Non comme mainctz qui mainctenant composent / Qui menteries : fort grandes du con posent » (v. 329-332).
- 42 Celles que Londino de Luzzi réalisa sur des ventres féminins en 1315 à Bologne (M.-C. Pouchelle, op. cit., p. 336).
- 43 Voir J. Lacan, Encore. Le Séminaire, liv. XX, Paris, Seuil, 1975.