ACTA UNIVERSITATIS LODZIENSIS

Folia Litteraria Romanica 21, 2026

DOI: https://doi.org/10.18778/1505-9065.21.06

Le « Moment Kobelt » ou l’hétérosexualité fondée organiquement

Sylvie Chaperon*

logo ORCID https://orcid.org/0000-0001-5933-541X

Université de Toulouse Jean Jaurès
sylvie.chaperon@univ-tlse2.fr

RÉSUMÉ

Kobelt est connu pour avoir fait avancer l’anatomie et la physiologie des organes du plaisir génital. Ses connaissances se basent sur des pièces naturelles sèches et l’observation de la copulation de mammifères. Mais il est aussi l’auteur d’une affirmation très discutable selon laquelle le gland du clitoris est stimulé par le pénis lors du coït. Cette conclusion provient des méthodes scientifiques qu’il emploie, mais aussi de la montée de l’idéal du mariage d’amour.

MOTS-CLÉS – clitoris, anatomie, physiologie, coït, plaisir

The “Kobelt Moment” or Organically Founded Heterosexuality

SUMMARY

Kobelt is credited with advancing the anatomy and physiology of the organs of genital pleasure. His knowledge is based on dry natural anatomical parts and the observation of mammalian copulation. But he is also the author of the highly debatable assertion that the glans of the clitoris is stimulated by the penis during coitus. This conclusion stems not only from the scientific methods he employs, but also from the rise of the love marriage ideal.

KEYWORDS ‒ clitoris, anatomy, physiology, coitus, pleasure

Dans son ouvrage sur L’harmonie des plaisir, Alain Corbin présente le « moment Roubaud » comme un tournant dans l’importance accordé au plaisir féminin, en dehors de toute considération sur la génération : « Roubaud, clame le droit de la femme aux désirs et aux plaisirs vénériens »[1]. Mais il serait plus juste de parler d’un « moment Kobelt », puisqu’il s’agit de l’auteur majeur de ce tournant. Roubaud le reconnaît d’ailleurs, qui le cite abondamment et lui rend hommage. Dans l’histoire du clitoris, le moment Kobelt, situé au milieu du XIXe siècle, représente un temps fort, comparable à celui de la découverte de la structure interne de l’organe à la Renaissance[2].

Georg Ludwig Kobelt (1804-1857) a le paradoxal privilège d’être tout à la fois très cité, son nom étant souvent mentionné dans les ouvrages et blogs grand public sur le clitoris, et parfaitement inconnu, car rien ou presque n’est dit sur sa carrière, ses découvertes, ses apports. Il a été popularisé par des articles de l’urologue australienne Helen O’Connell qui ont eu beaucoup d’échos médiatiques[3]. Elle vante le réalisme des descriptions et des représentations faites par l’anatomiste allemand, “His account of female sexual anatomy is extremely comprehensive (…), as are the accompanying drawings”[4]. Auparavant, des extraits de son livre et des planches anatomiques avaient été reproduits en 1978 dans un ouvrage édité par Thomas Lowry et devenu introuvable depuis, du moins en France[5].

Kobelt a étudié la médecine à l’Université de Heidelberg, où il obtient son doctorat en 1833 sous la direction de Friedrich Tiedemann et devient prosector. Puis il poursuit sa carrière à l’Université Albert-Ludwig de Fribourg-en-Brisgau, dans le Bade-Wurtemberg où il sera successivement prosector, professeur assistant puis professeur d’anatomie et directeur de l’Institut d’anatomie. Cet homme affable est discret, aimable et de stature gracile : « De taille moyenne et de constitution fluette, tous ses contours, en particulier ceux des mains et des pieds, étaient fins et rappelaient presque les formes féminines » dit de lui un de ses collègues, auteur d’un ouvrage hommage[6] (Ill. 1).

Portrait du professeur Georg Ludwig Kobelt, publié dans la biographie de P. J. Wernert, Lebenskunde, Freiburg, 1860. Source : page de garde. Domaine public.
Illustration 1. Portrait du professeur Kobelt paru dans Philipp Jacob Wernert, Lebenskunde über Dr. Georg Ludwig Kobelt: gewesen Professor der Medicin und Director der anatomischen Anstalt an der Albert-Ludwigs-Hochschule zu Freiburg im Breisgau: im Umrisse für dessen Freunde und Schüler dargestellt, Freiburg, 1860, p. de garde. Source : Domaine public

Marié en août 1838 avec Carolina Louise Charlotte Brieff, fille de l’ancien conseiller à la chancellerie de Karlsruhe, il est père de deux fils. Il publie son ouvrage majeur en 1844 sous le titre Die männlichen und weiblichen Wollust-Organe des Menschen und einiger Säugetiere soit Les organes de la volupté des humains mâles et femelles et de certains mammifères, ouvrage qui « a été accueilli en Allemagne avec tout l’intérêt qu’il méritait » selon son traducteur[7]. Il poursuit ensuite ses recherches sur la formation des organes génitaux chez l’embryon et publie une étude sur le pavorarium de la femme (équivalent de l’épididyme chez l’homme) en 1847. Il travaille alors à un ouvrage sur les hermaphrodites, qui ne verra malheureusement pas le jour. Il meurt jeune, en 1857, sa santé étant gravement atteinte. Son traducteur en français, Hermann Kaula, élève particulier de François Lallemand et spécialiste comme lui de la spermatorrhée, des maladies vénériennes et des affections génito-urinaires, travaille à l’hôpital de Saint Eloi (Montpellier). La traduction parait en 1851 sous le titre De l’appareil du sens génital des deux sexes dans l’espèce humaine et dans quelques mammifères d’un point de vue anatomique et physiologique. Sans doute, en substituant « organe de la volupté » par « sens génital » a-t-il voulu éviter les critiques par un surcroît de rigueur, mais l’expression n’est guère usitée en français.

Les observations de Kobelt reposent sur des préparations anatomiques des organes génitaux, il propose une physiologie de l’érection et de la volupté qui exercera une assez forte influence en France dans la deuxième moitié du XIXe siècle et au début du XXe siècle.

Des « injections réussies »

Kobelt dispose d’une solide culture médicale. Il maîtrise la littérature anatomique depuis la Renaissance avec brio, citant en latin un nombre très élevé d’auteurs, qu’il n’hésite d’ailleurs pas à contredire. Dans sa préface, il déplore que la mode de l’anatomie microscopique détourne les jeunes étudiants de l’anatomie classique qui a pourtant encore des trésors à offrir. Loin de s’intéresser aux tissus, il continue d’étudier les organes, leur structure, leurs rapports et leur fonction. Il base ses analyses sur les dissections de corps humains, de mammifères, ainsi que sur l’observation des animaux en rut. Il ne précise pas de combien de cadavres il a pu disposer, mais ils semblent avoir été nombreux. La fonction de prosecteur, qu’il a exercé plusieurs années, lui a permis de préparer et pratiquer de nombreuses dissections.

Son innovation méthodologique essentielle, sur laquelle il donne peu de précision cependant, est la technique d’injections anatomiques. La réalisation de pièces anatomiques accompagne les dissections dès le XVe siècle : les anatomistes ligaturent, soufflent ou remplissent de liquide les cavités afin de mieux étudier et conserver les organes, artères ou vaisseaux. L’anatomie naturelle ou artificielle, selon que prédominent les tissus cadavériques ou les cires, ont été perfectionnées depuis le XVIIe siècle. Elles répondent à plusieurs nécessités. Elles permettent de conserver longtemps des parties humaines autrement vouées à une rapide putréfaction. Les cadavres, même au XIXe siècle où les hôpitaux et hospices en fournissent plus abondamment, restent peu nombreux et les dissections, exercice important de la pédagogie médicale, rares. Elles ont donc une fonction d’enseignement. Par ailleurs, le cadavre, par définition, est dénué de circulation sanguine ou lymphatique, ce qui transforme ses organes. C’est particulièrement vrai pour les organes érectiles qui ont la réputation d’être flétris et ratatinés après décès. Les injections permettent donc de mimer la réplétion sanguine et d’étudier le trajet des artères, veines et vaisseaux, particulièrement denses dans ces parties.

Au XIXe siècle, les chaires d’enseignements, notamment en anatomie et anatomie pathologique, s’appuient sur des collections de pièces anatomiques ou de cires que les prosecteurs, taxidermistes et céroplasticiens alimentent. La pratique déborde largement le cadre médical. Les riches amateurs de sciences se dotent de cabinets de curiosités ; les chalands et badauds se pressent aux spectacles et expositions plus ou moins macabres. Par exemple l’affiche du Musée d’anatomie populaire d’embryologie et des accouchements de Joseph Quitoux, dont la devise est « Attraction, art, science et progrès » promet de dévoiler les mystères « du développement de l’espèce humaine et des parties sexuelles », avec des majuscules grasses pour ces derniers mots[8]. Le musée anatomique Spitzer, fondé en 1856, promet une vénus anatomique se démontant en 40 parties (Ill. 2).

Affiche du Grand Musée Anatomique du Dr Spitzner, Paris, vers 1900. Illustrations de corps humains, squelettes et figures musculaires. Mention de 6 800 pièces exposées. Entrée : 50 cts adultes, 25 cts enfants.
Illustration 2. Grand Musée anatomique du château d’Eau de Paris, affiche de Jules Chéret, 1880. Source : Gallica.bnf.fr http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb39836398f

La tournée européenne des musées et collections est un élément clé de la formation des anatomistes. Georg Ludwig Kobelt a obtenu un financement de 500 florins du Fonds pour l’art et la science afin de visiter les principales collections anatomiques allemandes et européennes (Leyde, Groningue, le musée Hunter de Glasgow, le King’s College à Londres, le musée Dupuytren de Paris, celui de Strasbourg) mais affirme-t-il : « Dans les nombreux musées d’anatomie que j’ai visités avec une attention toute spéciale, pour ce qui concerne les préparations injectées, je n’ai pas encore vu une seule injection bien réussie du clitoris »[9]. Hermann Kaula, son traducteur, a découvert le travail de son collègue alors qu’il visitait la riche collection anatomique de l’Université Albert-Ludwig de Fribourg-en-Brisgau, où Kobelt a laissé plus de 1000 préparations, principalement injectées. Il est alors frappé « tant par la beauté des injections que par les formes nouvelles sous lesquelles les organes se présentaient à ma vue »[10]. Malheureusement ces pièces ont été détruites lors des bombardements de la première puis de la deuxième guerre mondiale.

Les talents d’injecteur et de taxidermiste de Georg Ludwig Kobelt sont comparés à ceux des plus grands et notamment à Frederik Ruysch (1638-1731, Amsterdam) dont la collection, finalement rachetée par le Tsar Pierre le Grand, était décrite par le savant français Fontenelle « Tous ces morts sans dessèchement apparent, sans rides, avec un teint fleuri et des membres souples, étaient presque des ressuscités : ils ne paraissaient qu’endormis, tout prêts à parler quand ils se réveilleraient »[11]. Malheureusement, bien qu’il ait innové dans le domaine, il n’a pas transmis ses recettes et outils à la postérité. Son collègue Philipp Jacob Wernert décrit le perfectionnement d’un « cylindre de verre d’un appareil à injection des vaisseaux lymphatiques », muni d’un trépied de bois et d’un tuyau rigide qu’il pouvait manier d’une seule main, ainsi qu’une seringue « pouvant aspirer et injecter » (Ill. 3).

Seringue à injection et aspiration conçue par Kobelt, reproduite dans Lebenskunde de P.J. Wernert, Freiburg, 1860, p. 47. Domaine public.
Illustration 3. Seringue à injection et aspiration mise au point par Kobelt, reproduite dans Wernert, Lebenskunde über Dr. Georg Ludwig Kobelt, op. cit., p. 47. Source : Domaine public

Il révèle également que Kobelt a embaumé le corps d’un enfant en 1844, ainsi que celui « d’un bourgeois de la région » en leur injectant par la carotide « un mélange de térébenthine liquide ; puis l’habituel mélange rouge soigneusement préparé (de cire jaune, 16 parts ; colophane, 8 parts ; essence de térébenthine, aussi blanche et claire que possible, 6 parts ; cinabre finement râpé dans l’alcool, 5 parts) qu’il complétait avec de l’arsenic »[12].

« On peut affirmer en toute confiance qu’on ne peut trouver nulle part ailleurs de telles préparations, qui ressortent d’une vue singulière des relations physiologiques » affirme Philipp Jacob Wernert[13]. Il est en effet difficile de trouver dans les collections anatomiques actuelles des pièces qui puissent donner une idée de celles produites par Kobelt. Dans le fonds du conservatoire d’anatomie de l’Université de Montpellier quelques cartels attestent de leur ancienne existence, tel celui expliquant la préparation de Mr Jacquemet, qui semble avoir été soustraite lors d’un cours en 1873, ou celui d’une pièce du préparateur René Benoît (Ill. 4 et Ill. 5). D’autres préparations sèches ont été conservées, mais sans cartel explicatif, telle celle de la Ill. 6 où les petites lèvres sont très étirées vers l’avant et où l’ouverture vaginale est très dilatée, peut-être après un accouchement.

Détail de l’appareil génital féminin : vagin, utérus, trompes et ovaires. Préparation anatomique sèche du XIXᵉ siècle attribuée à Jacquemet. Collection MH (2004), Faculté de médecine, Université de Montpellier.
Illustration 4. Appareil génital de la femme, Vagin, utérus et ses annexes, ligament trompe et ovaires, Jacquemet (?), XIXe siècle, préparation naturelle sèche, collections classées au titre des monuments historiques en 2004, faculté de médecine de l’Université de Montpellier, détail. Source : © Université de Montpellier
Détail des organes génitaux externes féminins : bulbe, clitoris, lèvres, vagin, urètre, muscles et vaisseaux du périnée. Préparation sèche de René Benoît, XIXᵉ siècle. Collection MH (2004), Université de Montpellier.
Illustration 5. Organes génitaux externes de la femme, Injection du bulbe et du clitoris, grandes et petites lèvres, vagin, urètre, muscle et vaisseaux du périné. René Benoît, XIXe siècle, préparation naturelle sèche, collections classées au titre des monuments historiques en 2004, faculté de médecine de l’Université de Montpellier, détail. Source : © Université de Montpellier
Préparation anatomique sèche, XIXᵉ siècle, classée monument historique en 2004. Détail issu des collections de la faculté de médecine de l’Université de Montpellier.
Illustration 6. Préparation naturelle sèche, collections classées au titre des monuments historiques en 2004, faculté de médecine de l’Université de Montpellier, détail.
Source : © Université de Montpellier

La pertinence des injections pour une meilleure connaissance des organes peut cependant être questionnée. En quoi des organes rigidifiés, voire distendus par les substances qu’ils contiennent diraient la vérité de leur forme et de leur fonction ? On peut émettre l’hypothèse qu’au contraire, ils subissent une certaine déformation ou exagération de leurs contours.

Kobelt pratique également l’anatomie comparée : ses planches comportent un clitoris de jument, d’autres de chienne et de truie. Il se réfère à des publications sur ceux de l’oursonne, du raton laveur, de la loutre, de la chatte, des rongeurs. Il n’hésite pas non plus à observer de très près les saillies équestres ou les chiennes en rut. « Le doigt introduit dans le vagin d’une chienne en folie, à l’approche du mâle, sent un corps résistant, qui n’est autre chose que le clitoris, raide et libre, sorti de son fourreau et faisant saillie à l’intérieur du vestibule » explique-t-il[14]. L’anatomie comparée entraîne pourtant une vision inadéquate de la situation du clitoris chez l’humain. « Chez les femelles des mammifères où, pendant l’acte de la copulation, le clitoris est libre et redressé dans l’intérieur du vestibule, on ne saurait mettre en doute qu’il est soumis à des frottements par les mouvements de la verge »[15] écrit-il, mais il en déduit une similitude trompeuse chez la femme. Il décrit également une vivisection assez atroce produite sur un chien dont la racine de la verge a été mise à nu, tandis qu’il est étranglé pour produire l’érection : « chaque fois que j’excitais le gland plus ou moins turgescent, le muscle bulbo-caverneux se contractait, par saccades, sur le bulbe rempli de sang »[16]. Cette cruelle expérience, qui ne pose aucun cas de conscience, est justifiée par la nécessité de tester l’effet du toucher sur des nerfs vivants.

On remarquera que Kobelt ne se livre à aucune observation sur des hommes ou des femmes vivants, pas plus qu’il ne dit les interroger. Contrairement à plusieurs anatomistes ou physiologistes qui touchaient du doigt le clitoris pour se rendre compte de sa sensibilité (par exemple Colombo ou Guyot), Kobelt ne recourt pas aux corps vivants, autres qu’animaux[17]. La pudeur et la décence l’interdisent. Nul doute que, s’il avait basé ses constatations sur des attouchements ou des manipulations génitales, il aurait choqué ses contemporains et nuit à sa crédibilité.

« C’est un véritable appareil à pression hydraulique »[18]

L’apport de Ludwig Kobelt ne réside pas dans la mise en évidence d’un organe ignoré. Aucune découverte à proprement parler dans son ouvrage. Même le « réseau intermédiaire » qui fait communiquer les bulbes et le corps du clitoris et qui porte son nom aujourd’hui, n’était pas inconnu. Lui-même le reconnaît et cite les auteurs qui l’ont précédé dans cette voie. Mais, guidé par une vision d’ensemble, il précise et corrige ses devanciers en donnant une fonction à tous les organes. Ainsi, il reproche aux français de nommer les « bulbes du vagin », quand leur position antérieure incline à les désigner comme les « bulbes du vestibule ». Selon lui les descriptions du constrictor cunni comme enserrant le vagin, sont erronées, car les muscles enveloppent en fait les bulbes. Il critique également l’interprétation qui en est faite, le constrictor cunni étant souvent vu comme resserrant le vagin pour mieux mouler la verge et accroître ses sensations : « cette partie est destinée au gland du clitoris, elle est chargée de provoquer l’éréthisme vénérien dans l’organisme de l’individu auquel elle appartient »[19].

Sa contribution réside dans l’élaboration d’une théorie globale de l’érection : la mise en évidence d’un « véritable appareil hydraulique » pour reprendre son vocabulaire. Ainsi, mus par une vague excitation, les bulbes du clitoris ou de l’urètre commencent à se remplir de sang, si le coït se poursuit et que les glands du clitoris ou du pénis sont stimulés, les muscles bulbo-caverneux et ischio-caverneux agissent par contractions involontaires en poussant le sang des bulbes vers les corps caverneux et glands qui acquièrent alors une sensibilité maximale. Dès lors chaque organe a son rôle dans cette mécanique érectile bien tempérée : les bulbes sont des réservoirs sanguins, les bulbo caverneux sont des pompes, des « cœurs sexuels », les ischio-caverneux jouent le même rôle et bloquent le retour sanguin, le réseau intermédiaire véhicule le sang, les corps caverneux se rigidifient et tendent les glands, les glands sont doués d’une sensibilité extraordinaire qui aboutit à l’acmé vénérienne. En revanche Kobelt n’est pas adepte du microscope et ne pratique pas l’histologie, il ne dit donc rien des corpuscules de la peau et des muqueuses qu’au même moment Krause ou Pacini mettent en avant.

« Organes voluptueux » et « sens génital »

L’innovation essentielle de Kobelt réside dans son intérêt pour la sensibilité génitale que personne avant lui n’avais posée comme objet autonome d’investigation. « La physiologie ne s’est pas encore prononcée positivement sur cette question à savoir à quelles parties spéciales des organes sexuels se rattache, dans les deux sexes, la sensation voluptueuse »[20]. Dans les ouvrages anatomiques, les organes génitaux sont étudiés surtout pour leur rôle dans la génération. La prostate, les testicules, les ovaires, l’utérus, les trompes, les canaux déférents occupent bien plus l’attention que les glands, les bulbes ou les corps caverneux. Certes le plaisir n’était pas ignoré, ni jugé négligeable par les anatomistes, mais il figure une sorte de supplément, de gratification que la nature a mis là pour inciter au coït. L’origine du plaisir ressenti est attribuée aux nerfs, donnant une « sensibilité exquise » aux parties, sans grande précision.

Kobelt ne s’intéresse aucunement à la fonction de génération. Il est le premier à avoir dissocié entièrement l’acte sexuel, en tant qu’acte de volupté, de l’acte de génération. Son discours, purement physiologique et anatomiste, ne se préoccupe ni de morale, ni de religion, ni de fécondité. Il ne cite jamais Dieu ou le créateur, mais seulement la nature. Il ne se préoccupe que d’organe et de corps, sans donner aucune incarnation conjugale aux actes de copulation qu’il décrit en détail.

Il observe une rigoureuse symétrie chez les deux sexes qui disposent des mêmes organes, du même appareil érectile, des mêmes sensations. Lui-même consacre le même nombre de pages à l’un comme à l’autre. Il divise l’appareil sexuel des deux sexes en organes passifs ou de réception qui procurent le plaisir chez le sujet (soit le gland et ses auxiliaires d’érection les bulbes et muscles bulbo-caverneux) et en organes actifs ou de transmission, qui donnent le plaisir à l’autre sexe (soit les corps caverneux, les muscles ischio-caverneux, le vagin). Ainsi la femme comme l’homme dispose d’organes actifs et l’homme comme la femme d’organe passifs.

Cette attention portée au plaisir explique toute l’importance qu’il accorde au clitoris, dont il pense qu’il a été trop négligé : « On regarde encore le gland du clitoris comme un petit corps rudimentaire presque sans aucune importance. Sa structure intérieure, ses rapports, son union avec les autres parties de l’appareil du sens génital chez la femme, la source de sa turgescence, n’ont été que très imparfaitement, ou même pas du tout étudiés au point de vue anatomique »[21]. Il donne un rôle primordial aux nerfs, dont il étudie la grosseur, les tracés, les ramifications, les terminaisons. « Le gland du clitoris est comparativement beaucoup plus riche en nerfs que celui du pénis car les deux troncs des nerfs dorsaux du clitoris sont relativement 3 à 4 fois plus forts que ceux du pénis ». D’ailleurs, il « peine à comprendre comment une masse nerveuse de cette dimension peut trouver à se loger dans les innombrables mailles vasculaires de ce petit corps »[22]. Il suppose que la sensibilité nerveuse est décuplée par la compression sanguine : « une fois l’appareil érectile rempli jusqu’à un certain degré par la congestion érotique, les nerfs destinés à la sensualité génitale, situés dans le gland du clitoris, sont placés dans des conditions nouvelles et spécifiques d’excitabilité »[23].

Il est également le premier à affirmer la relative insensibilité du vagin. « Le petit nombre de nerfs sensitifs qui s’enfoncent isolément dans le conduit vaginal, placent sous ce rapport ce dernier tellement au-dessous du gland du clitoris, qu’on ne peut accorder au vagin aucune participation à la production du sentiment voluptueux dans l’organisme féminin » affirme-t-il[24]. Affirmation qui rompt tranquillement avec des siècles de littérature anatomique. Si, pour la majorité des anatomistes, le clitoris est bien l’organe le plus sensitif, ils insistent aussi sur bien d’autres locations : petites lèvres, ouverture vaginale, rides du vagin, col de l’utérus.

Il constate cependant une impulsion sexuelle moindre chez la femme, qui ne connaitrait pas, comme les hommes lors des pollutions nocturnes, d’orgasme spontané. « […] la simple congestion artérielle ne suffit pas pour produire le degré nécessaire de compression sanguine sur les nerfs du gland du clitoris: dans l’intérêt de l’individu lui-même et de la propagation de l’espèce, il devait en être ainsi »[25]. Cette remarque est pourtant contradictoire avec ce qu’il a dit plus haut sur la grosseur des nerfs clitoridiens et, sans doute, plutôt que l’intérêt individuel et de l’espèce, il faut voir à l’œuvre une certaine conception de la féminité, essentiellement passive. Par contre, il lui reconnait une sensibilité sexuelle supérieure.

« La physiologie du coït »

Reste que pour Kobelt, ces organes passifs ou actifs sont étroitement assujettis à une vision coïtale et androcentrée de la sexualité. C’est la pénétration pénienne, et la pénétration seule, qui apporte les frottements nécessaires. Cette conception finaliste le pousse à envisager la situation du clitoris de façon erronée, comme trop avancée dans le vestibule, à la manière des nombreuses mammifères qu’il a étudiées. Quelques-unes des préparations de Kobelt ont heureusement été dessinées au crayon par l’artiste François Wagner et reproduites dans les cinq planches lithographiées que comporte le livre.

Le dessinateur, suivant les consignes de l’anatomiste, a changé les proportions, comme le précise le titre de la figure I « Clitoris de la femme augmenté dans ses dimensions pour faire ressortir sa ressemblance de forme avec la verge de l’homme » (Ill. 7). La figure II, où le clitoris est représenté de côté, apparait fortement gonflé et coudé. La légende précise que le clitoris a été retiré « quelque peu ». On peut donc penser que les formes données au clitoris, par les injections et le dessin, qui le font très pendant, très enflé et situé très bas dans la vulve, servent avant tout à démontrer la physiologie du coït telle que pensée par le savant.

Il n’est pas le seul à postuler un rapprochement du clitoris de l’entrée vaginale. Lieutaud avait avant lui postulé dès le milieu du XVIIIe siècle que les muscles constricteurs qui enserrent les jambes du clitoris « sont destinés principalement à rapprocher le gland du clitoris vers l’ouverture du vagin, où cette partie peut être chatouillé agréablement par l’approche du mâle »[26]. Johannes Peter Müller, anatomiste de Coblence, avait lui affirmé que le clitoris ne recevait pas de friction pendant la copulation[27].

Planches anatomiques du clitoris, extraites de l’ouvrage de G.L. Kobelt sur l’appareil génital humain et animal, trad. Kaula, Strasbourg-Paris, Berger-Levrault, 1851. Domaine public. Planches anatomiques du clitoris, extraites de l’ouvrage de G.L. Kobelt sur l’appareil génital humain et animal, trad. Kaula, Strasbourg-Paris, Berger-Levrault, 1851. Domaine public. Planches anatomiques du clitoris, extraites de l’ouvrage de G.L. Kobelt sur l’appareil génital humain et animal, trad. Kaula, Strasbourg-Paris, Berger-Levrault, 1851. Domaine public.
Planches anatomiques du clitoris
Illustration 7. Georg Ludwig Kobelt, De l’appareil du sens génital des deux sexes dans l’espèce humaine et dans quelques mammifères, au point de vue anatomique et physiologique, trad. fr. Kaula, Strasbourg, Paris, Berger-Levrault et fils, 1851. Source : Domaine public

L’ouvrage de Kobelt se clôt sur une physiologie du coït, telle qu’aucun anatomiste n’en avait jamais écrite. Elle mérite d’être citée largement :

Lorsque le membre viril pénètre le vestibule, les deux foyers des organes […] se rencontrent. Le gland du pénis vient heurter le gland du clitoris, qui, placé à l’entrée du canal copulateur peut céder et se fléchir à la faveur de sa position et de l’angle que fait son corps. […] les muscles du bulbe compriment les deux bulbes du vestibule contre la verge en érection et résistante et poussent le sang qui les distend dans le gland du clitoris déjà turgescent ; de plus celui-ci est abaissé fortement et porté à la rencontre de la face dorsale du gland et du corps de la verge par la portion antérieure du muscle compresseur […] de sorte que chaque mouvement de copulation influe à la fois sur les deux sexes et concourt au point culminant de cette excitation mutuelle et réciproque à amener l’éjaculation et la réception de la liqueur séminale[28].

Cette physiologie du coït, qui postule réciprocité et égalité organique, découle de et renforce tout à la fois, une vision de l’hétérosexualité fondée en nature. Elle est vouée à une grande postérité. Le coït, non seulement est un acte de reproduction, mais aussi celui qui assure le plaisir partagé.

« Une théorie ingénieuse à laquelle je n’hésite pas à donner la préférence » [29]

L’ouvrage est bien reçu dans les milieux médicaux français. Il est particulièrement signalé dans la presse professionnelle. Eugène Follin, auteur d’une thèse sur le corps de Wolf et chirurgien fondateur de la Société de biologie en livre toute la substance dans un long compte-rendu de 5 pages[30]. Auguste Lereboulet, détenteur de la chaire de zoologie et d’anatomie comparée à la faculté des sciences de Strasbourg, auteur lui-même d’un mémoire d’anatomie comparée des organes génitaux chez les vertébrés, donne un article à peine plus court à la Gazette médicale de Paris en soulignant que « la partie la plus intéressante et la plus neuve de ce travail […] est celle qui traite de l’appareil génital de la femme »[31].

Kobelt est ensuite mentionné dans de très nombreuses publications d’anatomie, de physiologie, d’embryologie, de gynécologie, d’urologie, d’anthropologie physique ne serait-ce que pour le réseau intermédiaire qui porte son nom. Son travail sur le clitoris exerce une forte influence. Deux médecins français en sont particulièrement inspirés et contribuent à conforter le moment Kobelt.

Félix Roubaud est un médecin et un journaliste médical, fondateur de plusieurs revues. En 1852, il sort sous le pseudonyme du Dr Rauland et à compte d’auteur Le Livre des époux, qui devient 3 ans plus tard le Traité de l’impuissance et de la stérilité chez l’homme et chez la femme, une version considérablement modifiée et signée du nom de l’auteur, chez Baillière. Entretemps il a lu et découvert Ludwig Kobelt, qu’il cite abondamment et ne tarit pas d’éloge. Il place le plaisir comme élément constitutif et nécessaire à un acte physiologiquement complet : « Chez l’homme, le coït n’est complet qu’à la condition d’un sentiment voluptueux pendant l’éjaculation spermatique, de même chez la femme La copulation n’est entière que lorsque le plaisir accompagne l’approche du mâle »[32]. Il cite in extenso la description Kobeltienne du coït[33].

Jules Guyot est surtout connu pour ses observations sur les vignobles. Son Bréviaire de l’amour expérimental écrit à la fin des années 1850 circule d’abord dans un cénacle d’initiés avant d’être publié à titre posthume en 1882. Son tirage atteint trois ans plus tard 13 000 exemplaires. Tout comme Kobelt et Roubaud, il affirme l’importance du plaisir des femmes pour leur santé et la réussite du mariage « Il n’existe pas de femme sans besoin ; il n’existe pas de femme privée de sens ; il n’en existe pas d’impuissante au spasme génésique. Mais, en revanche, il existe un nombre immense d’ignorants, d’égoïstes, de brutaux, qui ne se donnent pas la peine d’étudier l’instrument que Dieu leur a confié, ou qui ne se doutent pas qu’il est nécessaire de l’étudier pour en tirer les moindres accords »[34]. Comme Kobelt, il affirme la faible sensibilité du vagin, (« Le canal vaginal n’est point l’organe sensorial »[35]), mais contrairement à lui, il ne suppose pas le clitoris stimulé par l’intromission : « Ainsi disposé, le clitoris est le plus souvent à deux ou trois centimètres du canal vaginal. L’introduction de l’organe mâle dans ce canal a donc rarement une action directe sur lui. » Aussi, recommande-t-il plutôt « des frictions délicatement exercées le long du clitoris [qui] déterminent, à coup sûr, le spasme génésique »[36].

Ainsi, au milieu du XIXe siècle, plusieurs médecins insistent sur l’importance du plaisir des femmes et le rôle clé du clitoris dans la sexualité. Ce « moment Kobelt » est à inscrire dans l’histoire de l’hétérosexualité, il est concomitant de la montée du mariage d’amour et de l’érotisation de la conjugalité, dont les médecins se font les thuriféraires. Peut-être aussi peut-on y voir l’influence des idées saint-simoniennes ou plus largement des socialistes utopiques qui prônent l’égalité des sexes et conçoivent le couple comme la plus petite unité sociale. Cette filiation n’est pas aisée à démontrer chez des médecins dont on connait très mal la vie et les opinions en dehors de leurs œuvres. Elle est cependant assez claire chez Jules Guyot. « En 1832 on m’accusait d’être saint-simonien, plus tard je passais pour phalanstérien, depuis un mois, on m’a vingt fois accusé d’être communiste » écrivait-il dans un recueil de 1848[37]. Il pensait aussi que « L’unité du genre humain est d’abord et nécessairement un atome binaire. Un homme et une femme indissolublement unis constituent l’anneau reproducteur de la chaîne humaine ; c’est le premier degré de la vie collective »[38].

Quoiqu’il en soit, la physiologie du coït, telle qu’imaginée par Kobelt, connaît une diffusion très importante. On la retrouve dans de très nombreux ouvrages, dûment citée ou reprise sans référence, en langage pudique ou en prose lyrique. Elle débouche d’ailleurs sur une nouvelle explication de la frigidité, jusqu’alors plutôt attribuée aux tempéraments lymphatiques et froids. Gustave Le Bon formule clairement dans sa Physiologie de la génération cette « conformation anatomique vicieuse, et pourtant extrêmement fréquente » : « Le clitoris ne se met pas en rapport avec la verge pendant la copulation et par suite, ne se trouve pas excité par son frottement »[39]. On remarquera le paradoxe qui affirme tout à la fois un fait extrêmement fréquent, mais anormal.

Pourtant, la physiologie de Kobelt a été très tôt critiquée. Outre Müller et Guyot, qu’on a déjà cités, Emile Wertheimer, lillois agrégé d’anatomie et physiologie, qui rédige l’article « Vulve » du Dictionnaire Dechambre affirme l’immobilité du clitoris « lié à la symphyse pubienne par le ligament suspenseur, il ne peut s’abaisser ; uni aux petites lèvres par son extrémité libre, il ne peut s’élever »[40]. De même Rieffel précise : « Les prétendus mouvements d’abaissement ou d’élévation, sont empêchés par son ligament suspenseur et son frein »[41].

Marie Bonaparte, dont Gustave Le Bon est le premier mentor, sera la première à tester sérieusement l’hypothèse de la stimulation réciproque de la verge et du clitoris pendant la pénétration. Elle envisage alors de faire des études de médecine, en 1924 elle publie sous pseudonyme un article documenté intitulé « Considérations sur les causes anatomiques de la frigidité chez la femme » dans le Bruxelles-Médical revue belge des sciences médico-chirurgicales. Elle s’appuie sur l’examen génital et un questionnaire réalisé auprès de 200 femmes. Elle affirme la grande frustration des femmes qui ne parviennent pas à la jouissance « normalement », c’est-à-dire par le coït. Elle établit une corrélation entre la distance séparant le clitoris de l’entrée vaginale et la probabilité d’éprouver l’orgasme par le coït et propose même une solution chirurgicale pour réduire cette distance excessive, appelée téléclitoridie. Son article ne passe pas inaperçu. La presse médicale s’en fait l’écho. L’opération dite de Narjani-Halban figure jusqu’aux années 1950 dans le Traité de technique chirurgicale. Mais son étude tombera peu à peu dans l’oubli[42].

L’idée selon laquelle le gland du clitoris est stimulé par le frottement de la verge pendant la pénétration se trouve très fréquemment énoncée dans les ouvrages de sexologie des années 1930. On la trouve par exemple répétée dans les ouvrages de Pierre Vacher, un psychologue sexologue français, membre de l’antenne nationale de la Ligue mondiale pour la réforme sexuelle : « L’orgasme est déclenché chez elle par la friction du clitoris, qui correspond au pénis de l’homme. […] Le volume de celui-ci augmentant de ce fait, il peut alors entrer en contact avec la verge, ce qui amène l’orgasme final »[43]. Il faudra attendre les travaux de Kinsey, de Dickinson puis de Masters et Johnson pour qu’elle soit réfutée empiriquement.


Auteurs

* Sylvie Chaperon est spécialiste de l’histoire du féminisme (notamment de Simone de Beauvoir) et de l’histoire de la sexualité. Elle a publié récemment : avec Catherine Deschamps, Emmanuelle Retaillaud, Christelle Taraud, Histoire des sexualités en France XIXe-XXe siècle, Paris, Armand Colin, 2024 ; avec Odile Fillod, Idées reçues sur le clitoris. Anatomie politique et historique d’un organe méconnu, Paris, Cavalier Bleu, 2022 (traduit en espagnol) et avec Adeline Le Grand-Clément, Sylvie Mouysset (éd.), L’histoire des femmes et du genre. Historiographie, sources et méthodes, Paris Armand Colin, collection U, 2022.


Bibliographie

Chaperon, Sylvie, Fillod, Odile, Idées reçues sur le clitoris. Anatomie politique et historique d’un organe méconnu, Paris, Le Cavalier Bleu, 2022

Chaperon, Sylvie, Noûs, Camille, “Marie Bonaparte and female frigidity: from physiology to psychology”, in Histories of sexology: between science and politics, ed. Alain Giami, Sharman Levinson, London, Palgrave Macmillan, 2021, p. 207-224, https://doi.org/10.1007/978-3-030-65813-7_12

Colombo Realdo, De re anatomica, Venise, N. Bevilacqua, 1559

Corbin, Alain, L’harmonie des plaisirs, les manières de jouir du siècle des Lumières à l’avènement de la sexologie, Paris, Perrin, 2008

Dictionnaire encyclopédique des sciences médicales, dir. Dechambre, Amédée, 5, t. 3, VER-ZYT, Paris, G. Masson, P. Asselin, 1889, article vulve, p. 779

Follin, Eugène, Archives générales de médecine, Paris, Labé, Panckoucke, série 4, no 27, 1851

Guyot, Jules, Le Bréviaire de l’amour expérimental, présenté par Sylvie Chaperon, Paris, Payot et Rivages, 2011, première éd. 1882

Guyot, Jules, Institutions démocratiques des républicains de 1830 ou réformes économiques, administratives et politiques, Paris, imp. Plon frères, 1848

Guyot, Jules, Théorie de l’enseignement déduite de la physiologie du genre humain, essai, extraits des Travaux de l’Académie impériale de Reims, Reims, imp. P. Régnier, 1858

Kobelt, Georg, Ludwig, De l’appareil du sens génital des deux sexes dans l’espèce humaine et dans quelques mammifères, au point de vue anatomique et physiologique, trad. fr. Hermann Kaula, Strasbourg, Paris, Berger-Levrault et fils, 1851

Laqueur, Thomas, “Amor Veneris, vel Dulcedo Appeletur”, in Fragments for a History of the Human Body, éd. Michel Feher, et al., New York, Zone, 1989, p. 91-131

Laqueur, Thomas, La fabrique du sexe. Essai sur le corps et le genre en Occident, Paris, Gallimard, 1992

Le Bon, Gustave, Physiologie de la génération de l’homme et des principaux êtres vivants, Paris, P. Lebigre-Duquesne, 1868

Le Breton, David, La Chair à vif. De la leçon d’anatomie à la greffe d’organe, Paris, Éditions Métailié, 2008, https://doi.org/10.3917/meta.breto.2008.01

Le moniteur des sciences médicales et pharmaceutiques, 10 nov. 1860, t. 2, no 132

Lereboulet, Auguste, Gazette médicale de Paris, 25 oct. 1851, no 43

Lieutaud, Joseph, Essais anatomique contenant l’histoire de toutes les parties qui composent le corps de l’homme, Paris, Pierre-Michel Huart, 1742

Lowry Thomas Power, ed., The Classic Clitoris: Historic Contributions to Scientific Sexuality, Chicago, Nelson-Hall, 1978

Müller, Johannes Peter, Handbuch der Physiologie des Menschen: für Vorlesungen, vol. 2, Coblenz, 1838-1840

O’ConnelL, Helen, E., Sanjeevan Kalavampara, V., Hutson, John, M., “Anatomy of the clitoris”, The Journal of Urology 174, 2005, no 4, t. 1, p. 1189-1195, https://doi.org/10.1097/01.ju.0000173639.38898.cd

Park, Katharine, “The Rediscovery of the Clitoris. French Medicine and the Tribade, 1570-1620”, The Body in Parts. Fantasies of Corporeality in Early Modern Europe, ed. David Hillman, Carla Mazzio, New York, Routledge, 1997, p. 171-193

Rieffel, Henri, « Appareil génital de la femme », in Traité d’anatomie humaine, éd. Paul Poirier, André Charpy, 2e éd., Paris, Masson, 1907, vol. 51

Roubaud, Felix, Traité de l’impuissance et de la stérilité chez l’homme et chez la femme, Paris, Baillière, 1855

Vachet, Pierre, Connaissance de la vie sexuelle, Paris, Vivre, 1930

Wernert, Philipp, Jacob, Lebenskunde über Dr. Georg Ludwig Kobelt: gewesen Professor der Medicin und Director der anatomischen Anstalt an der Albert-Ludwigs-Hochschule zu Freiburg im Breisgau: im Umrisse für dessen Freunde und Schüler dargestellt, Freiburg, 1860


Notes

  1. 1 A. Corbin, L’harmonie des plaisirs, les manières de jouir du siècle des Lumières à l’avènement de la sexologie, Paris, Perrin, 2008, p.192. F. Roubaud, Traité de l’impuissance et de la stérilité chez l’homme et chez la femme, Paris, Baillière, 1855, vol. 1.
  2. 2 Sur le progrès des connaissances sur le clitoris à la Renaissance voir T. Laqueur, “Amor Veneris, vel Dulcedo Appeletur”, in Fragments for a History of the Human Body, éd. M. Feher, et al., New York, Zone, 1989, p. 91-131 et T. Laqueur, La fabrique du sexe. Essai sur le corps et le genre en Occident, Paris, Gallimard, 1992 ; K. Park, “The Rediscovery of the Clitoris. French Medicine and the Tribade, 1570-1620”, The Body in Parts. Fantasies of Corporeality in Early Modern Europe, ed. D. Hillman, C. Mazzio, New York, Routledge, 1997, p. 171-193 et plus récemment S. Chaperon, O. Fillod, Idées reçues sur le clitoris. Anatomie politique et historique d’un organe méconnu, Paris, Cavalier Bleu, 2022.
  3. 3 Voir notamment H. E. O’Connell, K. V. Sanjeevan, J. M. Hutson, “Anatomy of the clitoris”, The Journal of Urology 174, 2005, t. 1, no 4, p. 1189-1195.
  4. 4 Ibid. p. 1193.
  5. 5 Th. Lowry ed., The Classic Clitoris: Historic Contributions to Scientific Sexuality, Chicago, Nelson-Hall, 1978.
  6. 6 Ph.J. Wernert, Lebenskunde über Dr. Georg Ludwig Kobelt: gewesen Professor der Medicin und Director der anatomischen Anstalt an der Albert-Ludwigs-Hochschule zu Freiburg im Breisgau: im Umrisse für dessen Freunde und Schüler dargestellt, Freiburg, 1860.
  7. 7 G. L. Kobelt, De l’appareil du sens génital des deux sexes dans l’espèce humaine et dans quelques mammifères, au point de vue anatomique et physiologique, trad. fr. H. Kaula, Strasbourg, Berger--Levrault et fils, Paris, Labé, 1851, avant propos du traducteur.
  8. 8 Cité par D. Le Breton, La Chair à vif. De la leçon d’anatomie à la greffe d’organe, Paris, Éditions Métailié, 2008, p. 224.
  9. 9 G. L. Kobelt, De l’appareil du sens génital op. cit., p. 102, note 2. Quelques années plus tard, E. Laborie protestera que J.-F. Jarjavay, prosecteur et J.-C. Deville, aide anatomiste, avaient déposé des pièces à la faculté de médecine de Paris en 1843, donc antérieurement à sa publication, très similaires à ses planches. Le moniteur des sciences médicales et pharmaceutiques, 10 nov. 1860, t. 2, no 132, p. 1052.
  10. 10 Ibid.
  11. 11 D. Le Breton, La Chair à vif, op. cit., p. 207.
  12. 12 Ph. J. Wernert, Lebenskunde über Dr. Georg Ludwig Kobelt, op. cit., p. 41.
  13. 13 Ibid., 37.
  14. 14 G. L. Kobelt, De l’appareil du sens génital, op. cit., p. 108.
  15. 15 Ibid., p. 115, note 1.
  16. 16 Ibid., p. 36-37.
  17. 17 R. Colombo, De re anatomica, Venise, N. Bevilacqua, 1559. J. Guyot, Bréviaire de l’amour expérimental. Méditations sur le mariage selon la physiologie du genre humain, Marpon et Flammarion, Paris, 1882.
  18. 18 G. L. Kobelt, De l’appareil du sens génital, op. cit., p. 13.
  19. 19 Ibid., p. 100.
  20. 20 Ibid., p. VI.
  21. 21 Ibid., p. 73.
  22. 22 Ibid., p. 76.
  23. 23 Ibid., p. 97.
  24. 24 Ibid., p. 106-107.
  25. 25 Ibid., 97.
  26. 26 J. Lieutaud, Essais anatomique contenant l’histoire de toutes les parties qui composent le corps de l’homme, Paris, Pierre-Michel Huart, 1742, p. 356.
  27. 27 J. P. Müller, Handbuch der Physiologie des Menschen: für Vorlesungen, vol. 2, Coblenz, 1838-1840, p. 643, cité par G. L. Kobelt, op. cit., p. 115.
  28. 28 G. L. Kobelt, op. cit., p. 113-116.
  29. 29 F. Roubaud, Traité de l’impuissance et de la stérilité chez l’homme et chez la femme, Paris, Baillière, 1855, p. 12.
  30. 30 E. Follin, Archives générales de médecine, Paris, Labé-Panckoucke, série 4, no 27, 1851, p. 117-122.
  31. 31 A. Lereboulet, Gazette médicale de Paris, 25 oct. 1851, no 43, p. 678-679.
  32. 32 F. Roubaud, op. cit., p. 33.
  33. 33 Ibid., p. 36-37.
  34. 34 J. Guyot, Le Bréviaire de l’amour expérimental, présenté par S. Chaperon, Paris, Payot et Rivages, 2011, première éd. 1882, p. 66.
  35. 35 Ibid., p. 71.
  36. 36 Ibid., p. 75.
  37. 37 J. Guyot, Institutions démocratiques des républicains de 1830 ou réformes économiques, administratives et politiques, Paris, Imp. Plon frères, 1848, p. 51.
  38. 38 J. Guyot, Théorie de l’enseignement déduite de la physiologie du genre humain, essai, extraits des Travaux de l’Académie impériale de Reims, Reims, imp. P. Régnier, 1858, p. 33.
  39. 39 G. Le Bon, Physiologie de la génération de l’homme et des principaux êtres vivants, Paris, P. Lebigre-Duquesne, 1868, p. 74.
  40. 40 Dictionnaire encyclopédique des sciences médicales, dir. Dechambre, Amédée, 5, t. 3, VER-ZYT, Paris, G. Masson, P. Asselin, 1889, article vulve, p. 779.
  41. 41 H. Rieffel, « Appareil génital de la femme », in Traité d’anatomie humaine, éd. P. Poirier, A. Charpy , 2e édition entièrement refondue, Paris, Masson, 1907, vol. 51, p. 602.
  42. 42 S. Chaperon, C. Noûs, “Marie Bonaparte and female frigidity: from physiology to psychology”, in Histories of sexology: between science and politics, ed. A. Giami, Sh. Levinson, London, Palgrave Macmillan, 2021, p. 207-224.
  43. 43 Ibid.