Un drôle de genre chez Hermès et Esculape : quelques remarques d’iconogynie historique dans l’alchimie et l’anatomie
https://orcid.org/0000-0001-9102-913X
CHAM, Faculdade de Ciências Sociais e Humanas, FCSH
Universidade NOVA de Lisboa
hbaudry@fcsh.unl.pt
RÉSUMÉ
Cet article répond à la nécessité d’une approche croisée de l’anatomie et de l’alchimie en matière d’iconographie. En effet, dans ces deux champs, les représentations récurrentes du corps féminin, ou iconogynie, à travers nombre de publications des XVIe et XVIIe siècles invitent à interroger la question du genre indépendamment, autant que faire se peut, du discours écrit. L’étude porte sur une trentaine d’illustrations, plus ou moins familières aux historiens des textes et des idées, et vise à contribuer à l’imaginaire du corps prémoderne.
MOTS-CLÉS – corps féminin, iconographie, livre médical, première modernité
A Curious Gender in Hermes and Asclepius: Some Remarks on the Historical Iconogyny of Alchemy and Anatomy
SUMMARY
This article responds to the need for a cross-disciplinary approach to the iconography of anatomy and alchemy. In these two fields, the recurrent representations of the female body, or iconogyny, in a number of publications from the sixteenth and seventeenth centuries invite us to examine the question of gender independently, as much as is possible, of written discourse. The study focuses on some thirty illustrations, more or less familiar to historians of texts and ideas, and aims at contributing to the imaginary of the pre-modern body.
KEYWORDS ‒ female body, iconography, medical book, early modern period
1. Introduction[1]
Les représentations de la femme dans les sciences de l’époque prémoderne (fin XVe- fin XVIIe siècles) sont majoritairement le fruit du regard et du travail masculins et s’inscrivent donc dans des perspectives androcentrées. L’idée commune que nous nous faisons de l’anatomie ancienne fait surgir, par exemple, l’image de l’homme de Vitruve, idéalisé par Léonard de Vinci, ou bien les écorchés en pleine planche de Vésale :
Représenter l’espèce humaine ou un spécimen humain, c’est le faire à travers le genre dominant. Dans le cas de l’alchimie, les auteurs y appartiennent tout autant quoique les choses s’avèrent plus compliquées dans le détail comme nous le verrons. Les figures mâles, qualitativement, ne perdent rien de leur suprématie. Relayons la mise en garde de Tara Nummedal dans son bilan de l’historiographie de l’alchimie à travers les études de genre :
[…] nous devons être prudents avant de supposer que l’alchimie des débuts de l’ère moderne était une tradition féministe ou une tradition particulièrement inclusive en matière de sexe ou de sexualité[3].
Toutes ces remarques ne concernent pas exclusivement les disciplines convoquées ici. En outre, associer médecine et alchimie ne va pas de soi. Par leurs démarches et leurs contenus respectifs, ces champs[4] se situent aux antipodes l’un de l’autre. Le terme même d’anatomie réfère à une démarche de type analytique, de découpage d’un tout en parties. Employé en médecine, il s’agit de réduire le corps en pièces significatives et de les mettre en ordre. Un tableau littéral des parties du corps humain a exactement la même fonction que l’image anatomique de ce corps. Quant à l’alchimie, elle se définit
avant tout par une pratique [qui] vise le plus souvent à perfectionner les métaux, mais aussi à prolonger la vie. L’alchimie, c’est aussi la théorie transmutatoire, voire médicale, qui sous-tend cette pratique. Ce sont enfin les spéculations philosophiques ou mystiques qui, éventuellement, l’accompagnent ou la fondent[5].
Au XVIe siècle apparaît un synonyme de l’alchimie, le terme spagyrie, forgé à l’aide de deux verbes grecs signifiant séparer et réunir et qui apparaît dans l’alchimie médicale dont le représentant majeur est Théophraste Paracelse (1493-1541). Il a fondé une médecine non galénique, basée sur une triade de principes nouveaux empruntés au monde minéral (sel, soufre et mercure), qui fait élargir le fossé entre alchimie et anatomie : refusant la méthode médicale du découpage, il préconise une anatomie alchimique au sens où, loin de diviser le corps en unités de plus en plus en petites, elle vise à relier le corps humain, microcosme, au monde macrocosmique[6]. En résumé, médicale, chrysopéique ou mystique, l’alchimie tend à la synthèse des éléments, des corps, du monde et à la totalité[7].
De nombreux autres aspects opposent les deux disciplines, à commencer par le fait que l’anatomie se passe plus facilement de l’image comme le rappelle Isabelle Pantin dans une étude comparée des représentations médicales et astronomiques[8]. Et si l’anatomie est tout entière dans les mains du dissecteur et son regard complice de celui du spectateur, la discursivité de l’alchimie se complaît dans les thématiques de la rétention du sens et du secret. Aux yeux grands ouverts des médecins on peut opposer les clins d’œil du cryptage symbolisant de l’alchimiste. Dans l’histoire des sciences, l’anatomie est promise à l’avenir que l’on sait tandis que l’alchimie est vouée à tomber en désuétude et se voir reléguée dans la section des parasciences[9]. La femme en particulier fait l’objet de traitements initiaux irréconciliables puisque l’anatomie s’y intéresse à l’état de cadavre alors que, sans trop nous avancer dès maintenant sur ce terrain, c’est bien vivante qu’elle traverse la tradition alchimique. Il n’est pas jusqu’au bilan historique qui ne reflète une différence radicale : inventorier les contributions de ces siècles à l’anatomie revient à décrire tout autant le bon grain et l’ivraie dans une perspective à la fois positiviste (il demeure difficile ici de s’en défaire tout à fait) et, bien sûr, de compréhension ; se pencher sur l’âge d’or de l’alchimie prémoderne, en revanche, c’est à la fois plonger dans un corpus foisonnant ancien sans pouvoir jamais tout à fait se défaire d’une posture herméneutique, voire en prenant pour guide des travaux comme ceux de Gaston Bachelard[10] ou Carl Jung[11], jusqu’à la constituer en discipline anticonformiste[12]. Le monde hypersymbolisé tel que l’alchimie le représente fait plonger son discours dans un subjectivisme effréné alors que l’anatomie médicale a vocation à demeurer l’esclave de l’objectivité, du moins des nécessités imposées par son statut officiel.
Les rapprochements entre ces deux disciplines sont tout autant significatifs. Faut-il invoquer cette autorité inattendue en la matière ? René Descartes explique au père Mersenne que, pour ses recherches sur les maladies et leurs remèdes, il « étudie maintenant en chymie et en anatomie tout ensemble »[13], c’est-à-dire, pour le premier terme, la fabrication des médicaments répandus à l’origine par le courant paracelsiste et devenus très courants au XVIIe siècle. Anatomie et alchimie entretiennent des liens qui n’échappaient à personne. Ainsi Hermès et Asklepios sont-ils tous deux porteurs de caducée et font-ils jeu commun dans la tradition néoplatonicienne. Quoique portant des « noms fictifs », tous deux sont des maîtres de sagesse[14]. Le paracelsisme joint médecine et hermétisme alchimique. Les technosciences visent à des buts éminemment pratiques[15]. L’anatomie a beau avoir partie liée avec la contemplation et la monstration des merveilles du divin, hormis les livres elle est d’abord enseignement et ce, dans des conditions particulièrement spécifiques, débouchant sur divers usages, chirurgie, thérapeutique ou encore médecine légale. En outre, l’historien ne peut que constater leur croissante implication dans la vie quotidienne au cours des XVIe et XVIIe siècles, qui va jusqu’à nourrir l’actualité, comme la scandaleuse liberté de parole de Jacques Dubois, dit Sylvius, grand maître de Vésale, « lors qu’il dechiffroit les parties que nous appellons honteuses » devant un « merveilleux auditoire d’Escholiers de toutes nations[16] » ou les nombreux procès autour du paracelsisme[17]. Indépendamment de leur devenir dans l’histoire des sciences, elles connaissent une puissante croissance technologique (extension des moyens discursifs et instrumentaux) et sociologique (pénétration dans tous les milieux sociaux « éclairés », cour, clergé, noblesse, bourgeoisie). Ainsi réalisme et symbolisme tendent-ils à se rejoindre comme les deux disciplines elles-mêmes, ainsi que les raisons d’illustrer peuvent s’avérer multiples pour étendre aux livres d’alchimie ce qu’Isabelle Pantin dit de ceux de médecine « où la présence d’images signalait souvent des intentions très précises, qu’elles soient commerciales, politiques, scientifiques ou idéologiques »[18].
Dans une publication antérieure[19], j’ai abordé deux aspects touchant à l’iconogynie historique, ou histoire des représentations iconographiques (non scripturaires) du corps féminin, indépendamment des problématiques du rapport texte-image : d’une part, la question de portée épistémologique du modèle unisexe (one-sex model) selon Thomas Laqueur[20], révisée par Michael Stolberg[21], critique consolidée par des éléments nouveaux[22] ; d’autre part, la question de l’intericonicité[23] dans les planches anatomiques en faisant porter l’attention sur deux contextes, le religieux et l’érotique. Pour ainsi dire l’équivalent de l’approche intertextuelle, l’approche intericonique repose sur le fait que les « images s’appellent les unes des autres et le va-et-vient que l’on fait entre les éléments de la série est un acte fondateur de la constitution d’une culture esthétique »[24] .
En complément de cette première étude organisée autour des représentations de l’anatomie médicale, le présent travail s’insère dans le cadre du parallèle médecine-alchimie. Il ne s’agira donc ni, bien sûr, de les opposer ni de les joindre systématiquement, mais de dégager sur la base des documents disponibles des éléments communs de convergence ou de similitude permettant de mieux comprendre usages et significations. Prenons deux exemples de va-et-vient possibles : une planche du Speculum sophicorum rhodo-stauroticum de Theophilus Schweighardt[25] représente une allégorie de la sagesse.

La femme pose la main sous son ventre où est représenté le fœtus comme dans un insert de planche anatomique. Le contexte invite bien sûr à voir une représentation d’embryologie symbolique. Mais il n’est pas sûr que la lecture n’aille que de l’anatomique à l’allégorique et non aussi inversement. À la confluence du souci anatomique et de la vision herméto-occultiste de la Renaissance, l’homme vitruvien d’Athanase Kircher fait figure de représentation réaliste et ce n’est pas l’arsenal symbolisant qui l’entoure ou couvre le centre de son corps qui lui confère l’aspect idéalisant de celui de Vinci[26].

2. Stéréotypies
Pendant près de deux siècles, on a figuré de préférence l’utérus sous la forme de ce que, pour sa similitude formelle avec le sexe masculin, on appelle le vagin phallique.
C’est la représentation visuelle de l’organe ainsi décrit au Moyen Âge par Henri de Mondeville : « La matrice [...] est l’appareil de la génération chez les femmes, semblable à l’appareil de la génération chez les hommes, sauf qu’il est renversé »[27]. Les dessins de Fabrizio d’Acquapendente auront beau rompre avec la représentation traditionnelle du vagin phallique[28], il faudra attendre les travaux de Régnier de Graaf, la théorie de l’ovisme et l’abandon de la théorie séministe, pour que l’imagerie masculinisante traditionnelle disparaisse et que la gynécologie connaisse une avancée véritable[29]. Abandon qui entraînera celui, pour ainsi dire, d’un égalitarisme biologique, mais non social, impliqué par la physiologie classique de la conception par l’éjaculation simultanée de l’homme et de la femme.
Du côté de l’iconogynie anatomique, rien d’étonnant à ce que des planches des traités vésaliens jusqu’à celles de la traduction anglaise des œuvres d’Ambroise Paré en 1672[30], on observe la tendance à la stéréotypie, à la reproduction du même reflétant la prégnance de la forme masculine.
On ne saurait avancer ici quelque analogie avec l’iconogynie alchimique puisque ce discours ne porte pas spécifiquement sur l’anatomie du sexe mais sur les fonctions du genre. Les représentations alchimiques de la femme revêtent avant tout un caractère symbolique. Le sexe est indiqué par le regard distancié de la symbolisation, contrairement au regard rapproché ou pénétrant de l’anatomiste. De ce point de vue, qui autonomise le texte visuel, on peut s’interroger sur la circulation des images comme sources de « culture populaire »[31] et pas seulement de corpus en partage dans les ateliers typographiques. Dans son travail sur le « lexique iconographique européen »[32], Sara Grieco a signalé les multiples usages des images. De même qu’il existe un grand flou entre les représentations anatomiques de la femme, notamment entre les registres médicaux et érotiques, tant en ce qui concerne leur production que leur consommation, on peut appliquer la même remarque à l’iconographie alchimique, mais sur des plans différents. La reproduction du même obéit à la finalité du discours alchimique : tout élément du réel est investi d’un sens. De même que la médecine astrologique décrit ou dessine invariablement les correspondances entre les astres et les organes, l’alchimie relate des opérations en recourant à l’arsenal symbolique institué.

Ainsi toute représentation d’un être humain, notamment une femme, laisse une marge de variation extrêmement réduite. Si l’objectivité anatomique débouche sur le réalisme, au sens de l’équivalence formelle du signe et de son référent, que les techniques de la gravure accroissent de façon spectaculaire, le symbolisme hermétique tend à laisser au second plan le souci de précision. C’est dans cette perspective que l’exemple extrait de Kircher donné en introduction prend tout son sens : ce réalisme ne reflète aucune évolution cognitive mais plutôt un changement de régime de l’image. Une attention plus soutenue à l’iconogynie alchimique nous permettra d’en dégager quelques lignes de force.
3. Iconogynie alchimique
Le genre est au cœur de la pensée alchimique car la Weltanschaaung de l’alchimie tend à la sexualisation du monde. Ainsi apparaît-elle comme une technoscience prémoderne où le féminin occupe à divers degrés une place réelle, jusque dans sa mythistoire même, avec, dans la généalogie des sages, Marie la Prophétesse et l’universalisme du dualisme mâle et femelle tant au niveau des structures du monde (lien macro-microcosmique, éléments/principes de la matière) que des pratiques en matière d’alchimie opératoire[33].

La normativité n’est pas pour autant remise en cause comme le prouve la masculinité du soleil et de l’or, maîtres objets du monde. Cependant, il n’y pas de soleil sans lune et tout dualisme tend à équivaloir les parties en présence.
L’intericonicité de l’érotisme et de l’alchimie semble même pouvoir aller plus loin en fournissant un cas qui tend à gommer la suprématie du mâle. La Roue de Stolcius peut être rapprochée de la quinzième gravure du premier recueil italien d’érotisme, I Modi (« les positions »)[34].


L’image alchimique semble être un désassemblage symbolisant du coït explicite, à moins que l’on ne pousse jusqu’à parler de désymbolisation de la conjunctio alchimique. Loin du naturalisme de l’iconogynie féminine, l’effet de réel est malgré tout patent dans une composition de Reusner (1582) où la reine est une femme nue à la toison pubienne nettement dessinée et qui contrevient aux canons de l’esthétique courante[35].

Il s’agit ici moins de phénomènes de stéréotypie et de reproduction du même, aisément identifiables dans le cas de l’anatomie, que d’omniprésence du féminin. À la différence de celle-là, qui anime cadavres et « anatomies sèches » (squelettes) sur fond de paysage rappelant les pratiques des peintres portraitistes, l’alchimie multiplie les représentations de la femme selon ces principales modalités : nue ou vêtue, seule ou en couple ; et, fait encore plus significatif, en acte. La différenciation sexuelle peut être clairement manifestée comme dans ces représentations de l’androgyne alchimique (Rebis), ou couple-en-un, où la coalescence des organes figure le corps au sexe non binaire[36] :


L’importance des figures conjugales dans l’iconographie alchimique invite à un bref retour sur le corpus anatomique. Le traité de Vésale comporte deux illustrations particulièrement remarquables qui ont fait l’objet d’innombrables études, à commencer par le frontispice de l’ouvrage intégral. La spectaculaire focalisation sur le corps disséqué d’une femme, qui, par la perspective choisie, évoque le raccourci de la Lamentation sur le Christ mort de Mantegna[37], a fait parler de l’« utérocentrisme » de Vésale[38].


Il est une autre illustration qui ne figure que dans l’Epitome publié la même année que la Fabrica. Elle représente un couple nu, l’homme tenant un crâne de la main gauche et la femme se voilant le sexe de la main droite[39].


L’édition du De Fabrica abrégée par Jacques Grévin en 1569 le transforme en couple adamique, l’homme tenant désormais une pomme et le crâne posé à terre[40].
Par la suite, l’iconographie conjugale se fait résolument anatomique en représentant dans une posture vésalienne le couple les entrailles découvertes comme dans Jourdain Guibelet[41], sur le frontispice de Jean Bauhin[42], un corps veineux masculin à gauche, une femme enceinte à droite, ou encore l’homme et la femme au bain dans une feuille volante anglaise de la seconde moitié du XVIe siècle[43].


Hormis leur spécificité anatomique, de telles représentations demeurent malgré tout assez exceptionnelles alors qu’elles se multiplient dans l’iconographie alchimique au point de constituer un élément clef de la narration figurative de cette tradition tout imprégnée de dualisme sexualisant et générique. Mais la différence principale tient dans leur fonctionnalité. Le couple primordial alchimique symbolise la totalité, à travers l’union et la synthèse. Dans la représentation des opérations, noces chimiques et coït, ou conjunctio, il est placé dans un contexte symbolisant les phases du grand œuvre. Mais la symbolisation ne se dépare jamais, à des degrés variables, de l’effet de réel déjà signalé. Dans les gravures du Rosarium Philosophorum, sous couvert de la mise en scène allégorisante, la position du missionnaire, qui reflète la suprématie du masculin, suggère à travers le jeu des mains et l’entrelacement des jambes une participation active de la femme[44].

Quoique moins naturaliste et esthétiquement plus grossière, cette iconographie n’est pas si éloignée que cela des illustrations italiennes des années 1520-1530. Mais le couple alchimique n’est pas seulement celui, allégorique, du grand œuvre mais aussi celui des laborantins parfaits qui a pour modèle le couple médiéval Nicolas Flamel-Perenelle[45].
Pour M. E. Warlick, il « règne comme un modèle de l’activité à égalité dans le laboratoire »[46]. L’esthétique nouvelle, grâce notamment au développement de la taille-douce, renforce le réalisme des représentations allégorisantes. De par leur qualité technique, leur originalité, les figures de l’Atalanta fugiens de Michael Maier illustrent cette tendance[47].


Refusant toute lecture simplement mimétique des figures, Warlick insiste sur la polarisation sexuée (“gendered polarity”) de l’alchimie : les femmes représentées dans des activités quotidiennes reflètent ainsi la mise en place progressive de l’« idéologie domestique » au début du XVIIe siècle[48]. Au tournant des XVIe-XVIIe siècles l’alchimie, devenue ce qui s’orthographie alors en français « chymie », a mis au premier plan les technologies distillatrices. Celles-ci concernent traditionnellement les substances végétales. Toutefois les procédés sont les mêmes pour ce qui est des produits non pharmaceutiques comme certaines boissons alcoolisées ou les produits fabriqués par des femmes dans le cadre de la « chimie domestique », encres, teintures, cosmétiques[49]. Il existe ainsi, dans le contexte de l’alchimie opératoire et des activités connexes, une abondante iconographie représentant le labeur féminin[50]. Dans un emblème de Stolcius la femme lave le linge tandis que l’homme brasse, dans un autre elle allaite (ablactatio alchimique) devant un champ de blés mûrs[51].


C’est donc la promotion de la Mulier fabra par le croisement du réel et du métaphorique que tend à établir l’iconogynie alchimique. Cette tendance se manifeste de façon toute particulière dans un ouvrage fameux de la tradition hermétique. Le Mutus Liber, attribué à Isaac Baulot, alors pharmacien à La Rochelle et appelé, comme son éditeur, Pierre Savouret, à prendre le chemin de l’exil en Hollande après la révocation de l’édit de Nantes, a été publié en 1677, ce qui est tardif par rapport à notre corpus[52]. Quoiqu’empreint de religiosité protestante, il s’inscrit dans la tradition de l’allégorie alchimique et ignore le versant médical marqué par le paracelsisme. Cet in-folio est constitué de quatorze planches représentant les phases du grand œuvre telle une bande dessinée dénuée de mots[53]. Le qualificatif de livre muet ne s’applique qu’à son contenu iconique puisque des textes le précèdent ainsi qu’une planche où est insérée une formule traditionnelle[54]. La plupart des images mettent en scène un homme et une femme, peut-être son épouse, comme dans Maier d’après Warlick[55].

Le livre de Baulot confirme la désymbolisation du rapport entre les genres dans le discours alchimique. L’idéal du grand œuvre s’est peu à peu profané sous la poussée de l’idéologie domestique qui relègue progressivement la femme et, au moins dans le cas de Maier et de Baulot, sous celle de la doctrine de la coopération et de la grâce par les œuvres. La seule à ne pas rester muette, la quatorzième planche exhorte à la prière et au travail à travers la fameuse incantation : « Ora Lege Lege Lege Relege labora et Invenies » (prie lis lis lis et relis travaille et tu trouveras).

La conjunctio n’est plus seulement affaire d’allégorie sexualisante par l’union des principes contraires mais s’est profanée en partenariat conjugal dévot et collaboration des sexes. La sociabilité alchimique tend ainsi à rejoindre les représentations médicales en ce que les deux champs mènent à centrer l’activité reproductive ou opératoire sur le couple homme/femme.
Recueil d’emblèmes a-textués, le Mutus liber constitue un hapax éditorial tout en portant à son comble une tendance profonde de la tradition alchimique qui, sous l’influence du néoplatonisme de Philon notamment, tient la vue pour le « prince des sens » puisque c’est celui qui mène à la contemplation[56]. On peut considérer l’illustration alchimique comme le média privilégié de toute praxis hermétique. Et si l’on observe la progression en quantité et en qualité de l’iconographie à partir de la Renaissance, on est tenté de rapprocher ce phénomène de celui qui, dans l’histoire de l’anatomie et de son enseignement, aboutit à la prolifération des (dé)monstrations assurées par la prééminence de la vue sur la lecture. Parodiant Lucien Febvre, disons que le XVIe siècle est un siècle qui veut voir, et en particulier la femme dans ses dynamiques physiologiques et sociales.
4. Conclusion
On peut se demander s’il n’existe pas un terrain plus vaste favorisant ce lien entre les mises en scène nouvelles du féminin dans le champ de la médecine, notamment à travers les représentations anatomiques, et celui de l’alchimie. Mais ce dernier ne se déclare pas au niveau des contenus ou des modes de représentation. L’anatomie a vocation au nu, fût-il peu à peu voilé, voire expurgé, comme le sexe masculin dans un exemplaire du De Fabrica de 1555 possédé par la bibliothèque de l’université Elte (Budapest)[57] ou encore, plus significatif pour notre propos, l’androgyne de l’Atalanta fugiens (voir l’image nº 17) dans l’exemplaire de la bibliothèque publique de Regensburg[58], tandis que l’alchimie allégorise la femme nue mais aussi habillée : il existe des figures de coitus mettant en scène un homme et une femme vêtus et éloignés l’un de l’autre. Elle représente aussi la femme allaitante (ablactatio) et la mère gravide (les encarts abdominaux). Certes, le thème de la fécondation n’a pas été inventé à la Renaissance pas plus que la curiosité et le souci obstétriques. La femme n’est pas un mystère insondable porteur d’« humain indicible »[59] mais, pour la communauté masculine des médecins, son corps est un corps problème, non générique puisque pourvu d’un utérus[60]. Sur le plan moral, lorsque Jean Liébault compatit aux infortunes de la femme parce que plus sujette aux maladies que l’homme et insiste sur la « charité » qui lui est due[61]. Quand il explique que sans la « fœcundité » sa vie n’en serait pas une et qu’à travers l’enfantement c’est sa propre immortalité à elle, et non celle de l’espèce, qu’elle assure, il se fait l’écho d’une nouvelle déontologie qui reflète un changement d’attitude plus général[62]. Il ne remet pas pour autant en cause le statut ontologique de la femme qui est « comme un masle blessé » et « un corps mutilé et imparfaict »[63].

L’idéologie de la charité et l’idéologie domestique qui, de pair avec la « sécularisation du discours sur la fécondité »[64], se mettent en place au tournant des XVIe-XVIIe siècles informent peu ou prou les intellectuels et les artistes de l’époque. Il reste à se demander quelles relations les modifications du statut de la femme qui, semble-t-il, se font jour, entretiennent avec le facteur religieux. Avec les auteurs croisés ici comme Grévin, Maier ou Boulot, les représentations de la conjugalité reflètent une nette influence protestante, ce qui est particulièrement vrai pour l’Allemagne. Autre confession mais contexte favorable, la France catholique fut vouée à la Vierge par Louis XIII en 1638[65]. L’époque dite baroque, dans les arts comme dans les sciences, promeut la femme reproductrice alors que le populationnisme biblique se trouve au cœur des problématiques sociétales[66].
Dans un chapitre consacré au dimorphisme sexuel[67], Jean Riolan compare le Dieu auteur de la « génération », l’immortalité par la reproduction de l’espèce, et le sage fondateur des villes. Cette comparaison politique évoque les préoccupations théorisées notamment par Jean Bodin et Giovanni Botero sur l’importance de la population dans la richesse de la nation[68]. Pour le Piémontais, deux facteurs assurent la grandeur des cités : la virtù generativa et la virtù nutritiva, force reproductrice et capacités d’alimentation[69]. La notion clef de vertu générative, au cœur de la réflexion politique, recouvre ce que nous entendons par santé démographique ou taux de fécondité. Roberta McGrath analyse, pour le XIXe siècle, l’intérêt pour les femmes et le développement du two-sex model, facteurs qu’elle voit liés à l’industrialisation de l’Occident[70]. Mais nous savons que, contrairement à la thèse de Laqueur, il faut faire remonter la fin du modèle du sexe unique bien avant le XVIIIe siècle[71] tout comme ce qu’il désigne par l’« intérêt pour les femmes ». On ne peut que confirmer le propos de Meredith K. Ray lorsqu’elle dit que « ce ne sont pas les femmes qui manquent à l’appel : c’est notre objectif qui doit être ajusté pour les percevoir »[72]. À l’évidence, il ne s’agit pas seulement de déplacer le curseur chronologique. L’approche de l’iconogynie anatomique et alchimique a permis de fournir quelques éléments de réponse significatifs sans se leurrer sur l’ampleur réelle du corpus figuratif. L’accroissement des bases de données d’images permettant d’étendre l’enquête à des documents jusqu’ici demeurés dans l’ombre ou difficiles d’accès promet encore de belles moissons.
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Notes
- 1 Cet article a bénéficié du soutien du CHAM (NOVA FCSH / UAc), à travers le projet stratégique (UIDB/04666/2020, https://doi.org/10.54499/UIDB/04666/2020) et du projet de recherche individuelle (CEECIND/02209/2017/CP1463/CT0008, https://doi.org/10.54499/CEECIND/02209/2017/CP1463/CT0008), projets parrainés par la FCT, consulté le 14.04.2025.
- 2 Sur les œuvres d’André Vésale, voir J. Vons, S. Velut, La Fabrique de Vésale et autres textes, en ligne. URL : https://www.biusante.parisdescartes.fr/vesale/debut.htm/, consulté le 14.04.2025.
- 3 “[…] we should be cautious about simply assuming that early modern alchemy was a feminist tradition, or one with a particularly inclusive take on sex or sexuality”, T. Nummedal, “Alchemical Bodies: Discursive and Material Visions”, Early Modern Women, 2021, 15-2, p. 129. En ligne https://doi.org/10.1353/emw.2021.0020/
- 4 “Anatomia est Ars partium corporis humani artificiosam dissectionem docens”: l’anatomie enseigne les techniques de la dissection des parties du corps humain; J. Bauhin, Anatomica corporis virilis et muliebris historia, Lyon, Jean Le Preux, 1597, p. 1.
- 5 D. Kahn, Alchimie et paracelsisme en France (1567-1625), Genève, Droz, 2007, p. 7-8.
- 6 Sur le paracelsisme, W. Pagel, Paracelse. Introduction à la médecine philosophique de la Renaissance, Paris, Arthaud, 1963.
- 7 Voir G. Durand, Les Structures anthropologiques de l’imaginaire, Paris, Bordas, 1978, p. 347.
- 8 I. Pantin, “Analogy and Difference: A Comparative Study of Medical and Astronomical Images in Books, 1470-1550”, Early Science and Medicine, 2013, 18-1-2, p. 9-44, p. 14 ; sur l’histoire de l’illustration médicale pour cette période fondatrice, p. 24-44.
- 9 Nous laissons de côté la question du passage de l’alchimie médiévale à la chimie moderne via la « chymie » ; pour la période pré-moderne, voir D. Kahn, Le Fixe et le volatil. Chimie et alchimie de Paracelse à Lavoisier, Paris, CNRS Éditions, 2016.
- 10 G. Bachelard, La Psychanalyse du feu [1938], Paris, Gallimard, 1992, chap. 4, « Le feu sexualisé ».
- 11 C. Jung, Psychologie et Alchimie, Paris, Buchet-Chastel, 1975.
- 12 W. R. Newman, “Alchemy, Domination, and Gender”, in A House Built on Sand: Exposing Postmodernist Myths About Science, ed. N. Koertge, Oxford, Oxford Scholarship Online, 2006. En ligne. https://doi.org.10.1093/0195117255.003.0014/
- 13 Lettre à Mersenne, 15 avril 1630 (R. Descartes, Œuvres. Correspondance, Paris, Vrin, 1987, vol. 1, p. 137).
- 14 A.-J. Festugière, La Révélation d’Hermès Trismégiste : le dieu cosmique, Paris, Les Belles Lettres, 1990, t. 2, p. 47.
- 15 Sur l’alliance profonde de la science et de la technologie (définie comme « engagement dans des projets d’utilité pratique »), voir R. S. Westfall, “Science and technology during the Scientific Revolution: an empirical approach”, Renaissance and Revolution. Humanists, scholars, craftsmen and natural philosophers in early modern Europe, Cambridge, Cambridge University Press, 1993, p. 63-72.
- 16 N. Du Fail, Les Contes et Discours d’Eutrapel, éd. M.-Cl. Thomine, Paris, Classiques Garnier, 2019, p. 401-402.
- 17 Pour la France, voir D. Kahn, Alchimie et paracelsisme, op. cit., p. 278-322, 500-562.
- 18 I. Pantin, “Analogy and Difference”, op. cit., p. 44.
- 19 H. Baudry, « Approches iconographiques du corps féminin dans le livre médical (XVIe-XVIIe s.) : Essai d’iconogynie historique », in Percursos na História do Livro Médico (1450-1800), Lisbon : Colibri, 2011, p. 111-135. En ligne. URL: https://www.academia.edu/6499966/Approches_iconographiques_du_corps_f%C3%A9minin_dans_le_livre_m%C3%A9dical_XVIe_XVIIe_s_Essai_d_iconogynie_historique, consulté le 13.02.2025.
- 20 Th. Laqueur, Making Sex: Body and Gender from the Greeks to Freud, Cambridge, Harvard University Press, 1992.
- 21 M. Stolberg, “A Woman Down to Her Bones. The anatomy of sexual difference in the sixteenth and Early Seventeenth Century”, Isis, 2003, 94, p. 274-299.
- 22 H. Baudry, « Approches iconographiques », op. cit., p. 119.
- 23 “Intericonicity, i.e. the relations between iconic signs. […] All representations, all iconic signs, are fascinated, rhetorical transformations of models. Paraphrase and pastiche are the two favoured forms of intericonicity. Iconic signs do not only relate to one another; they also affect, or rather socialize, human beings via the fascination they produce”; N. Adelsten, Interikonicitet. En semio-hermeneutisk studie – Intericonicity – a Semiohermeneutical Study, Lund, PhD, 2003, Summary. Cette notion, couramment utilisée en égyptologie, est apparue au début des années 1980. Voir aussi M. Arrivé, « L’intelligence des images – l’intericonicité, enjeux et méthodes », E-rea [Online], 2015, 13.1, URL: http://journals.openedition.org/erea/4620, consulté le 13.02.2025; https://doi.org/10.4000/erea.4620/
- 24 M.-Cl. Hubert, L’illustration pour la jeunesse, IUFM de Basse-Normandie, 2003, p. 9.
- 25 Th. Schweighardt, Speculum sophicum rodo-stauroticum, [s.l.: s.n.], 1618, planche 2.
- 26 A. Kircher, Mundus subterraneus in XII liros digestus, Amstelodami, apud Joannem Janssonium a Waesberge et filios, 1678, t. 2, p. 423.
- 27 H. de Mondeville, Chirurgie, I, 9 ; éd. Nicaise, Paris, Alcan, 1893, p. 74. Fantasme occidental encore prégnant chez Descartes ; voir P. Hoffmann, « Féminisme cartésien », Travaux de linguistique et de littérature, 1969, VI, 2, p. 89.
- 28 G. Fabrizi d’Acquapendente, Opera anatomica. De formato foetu, formatione ovi et pulli, locutione et eius instrumentis, brutorum loquela (1604), Padoue, Antonio Meglietti, 1625, planche 1, p. 21.
- 29 A. Carol, « Esquisse d’une topographie des organes génitaux féminins : grandeur et décadence des trompes (XVIIe-XIXe siècles), Clio, Histoire, Femmes et Sociétés, 2003, 17, p. 203-230.
- 30 A. Vésale, De corporis humani Fabrica libri septem, Basileæ, J. Oporin, 1543, l. 5, pl. 27, p. 481 ; 1555, p. 584, fig. 27, recopié notamment par J. Valverde, Vivæ imagines partium corporis humani [1560] Antverpiæ, 1572, et J. Grévin, Les Portraicts anatomiques de toutes les parties du corps humain, Paris, André Wechel, 1569, p. 91 ; cf. A. Paré, Opera, Paris, Jacob Du Puys, 1582, liv. 2, chap. 32, p. 105, fig. 12, figure schématisée à l’extrême dans G. Mercurio, La commare o raccoglitrice, Venetia, Gio. Francesco Valuasense, 1686 [1596], p. 12, reprise dans Th. Johnson, The Workes of the Famous Chirurgion Ambrose Parey, translated out of latine and compared with the French (1634), London, Mary Clark, 1678.
- 31 P. Tinagli, Women in Italian Renaissance. Art. Gender. Representation. Identity, Manchester University Press, 1997, p. 10.
- 32 S. F. Matthews Grieco, Ange ou diablesse. La représentation de la femme au XVIe siècle, Paris, Flammarion, 1991, p. 61.
- 33 Sur le principe féminin dans l’alchimie, voir J. Archer, Women and Alchemy in Early Modern England, Thesis (Ph.D.), University of Cambridge, 1999, Introduction, p. 3 sq., Gender and scientific discourse in early modern culture, éd. K. P. Long, London, Routledge, 2010.
- 34 D. Stolcius, Viridarium Chymicum, Francoforti, Lucas Jennis, 1624. Voir Jupiter et Sémélé, URL : https://utpictura18.univ-amu.fr/notice/19710-jupiter-semele-marco-dente-dapres-giulio-romano, consulté le 13.02.2025.
- 35 H. Reusner, Pandora, Basileæ, Samuel Apiarius, 1582, p. 211.
- 36 L. DeVun, The Shape of Sex: Nonbinary Gender from Genesis to the Renaissance, Columbia University Press, 2021.
- 37 R. Lightbown, Mantegna. With a complete catalogue of the paintings, drawings and prints, Oxford, Phaidon-Christie’s, 1986, p. 421-423.
- 38 J. Sawday, The Body Emblazoned. Dissection and the Human Body in Renaissance Culture, London and New York, Routledge, 2006.
- 39 A. Vésale, De humani corporis, op. cit., 1543, fo Kvo-Lro.
- 40 J. Grévin, op. cit., p. 28vº-29rº. C’est cette planche qui est reprise dans l’édition du De fabrica, Amsterdam, 1642.
- 41 J. Guibelet, Trois discours philosophiques, Évreux, A. Le Marié, 1603, figures I et II, après la p. 132.
- 42 J. Bauhin, Theatrum Anatomicum, Francofurti, typis Matthæi Beckeri, 1605.
- 43 R. S., Interiorum corporis humani partium viva delineatio, London, [1559?].
- 44 G. Aurach, Rosarium philosophorum secunda pars alchimiæ de lapide philosophico vero modo præparando, Francofurtin, ex officina Cyriaci Jacobi, 1550, fo F3vº. Position légèrement différente pour la fermentatio (fo O2rº). Dans un tout autre registre, l’opposition femme active/homme passif s’observe dans le tableau de Giulio Romano Due amanti (ca. 1524 ; musée de l’Ermitage, Saint-Pétersbourg).
- 45 Trois traictez de la philosophie naturelle, non encore imprimez. Sçavoir, le secret livre du tres-ancien philosophe Artephius, traictant de l’art occulte et transmutation metallique, latin françois. Plus les figures hierogliphiques de Nicolas Flamel, Paris, Thomas Jolly, 1659 [1612], planche, après la p. 46. Sur le couple, dont l’histoire est alors bien connue en Angleterre et qui est pris en exemple par les partisans de la participation féminine, voir J. Archer, op. cit., chap. 4, p. 4-10.
- 46 M. E. Warlick, “The Domestic Alchemist : Women and Housewives in Alchemical Emblem”, Emblems and Alchemy, ed. Alison Adam, S. J. Linden, Glasgow, Glasgow Emblem Studies, 1998, 25-47, p. 46.
- 47 M. Maier, Atalanta fugiens, hoc est, Emblemata nova de secretis naturæ chymica, Accomodata partim oculis et intellectui, Oppenheimii, ex typis Hieronymi Gallerii, 1618. Dix-huit des cinquante emblèmes contiennent, exclusive ou non, une présence féminine. Voir J. Archer, op. cit., chap. 5, p. 6-11 ; P. Bayer, “From Kitchen Hearth to Learned Paracelsianism: Women and Alchemy in the Renaissance”, Mystical Metal of Gold. Essays on Alchemy and Renaissance Culture, New York, AMS Press, 2007, p. 365-386; P. Bayer, “Women Alchemists and the Paracelsian Context in France and England, 1560-1561”, Early Modern Women, 2021, 15-2, p. 103-112, https://doi.org/10.1353/emw.2021.0025/
- 48 M. E. Warlick, “The Domestic Alchemist”, op. cit., p. 30.
- 49 Pour une étude éclairante de cas de femme (al)chimiste domestique, voir T. Nummedal, Anna Zieglerin and the Lion’s Blood: Alchemy and End Times in Reformation Germany, University of Pennsylvania Press, Incorporated, 2019.
- 50 Maria H. A. Beltran, « Os saberes femininos em Imagens e Práticas Destilatórias », Circumscribere, 2006, 1, p. 37-49. Voir aussi M. R. Bueno, « Los Destiladores Reales de los Austrias Españoles (1564-1700) », Azogue, 2002-2007, 5, p. 108-129 ; T. Reinke-Williams, “Women, ale and company in early modern London”, Journal of the Brewery History Society, 2010, p. 88-106.
- 51 D. Stolcius, op. cit., figures 54 et 59.
- 52 Mutus Liber in quo tamen tota Philosophia hermetica, figuris hieroglyphicis depingitur, La Rochelle, Pierre Savouret, 1677.
- 53 Le même éditeur publiera plus tard La Morale de Confucius dans un esprit qui évoque celui de l’album rochelais : cet ouvrage, écrit-il dans la préface, est « assez petit, si l’on regarde le nombre de pages qui le composent ; mais il est fort grand, sans doute, si l’on considere l’importance des choses qui y sont renfermées », S. Foucher, La Morale de Confucius Philosophe de la Chine, Amsterdam, Pierre Savouret, 1688, fo *2rº.
- 54 Outre la page de titre délivrant quelques informations sur les sources religieuses de l’auteur, il comporte une épître au lecteur.
- 55 J. Flouret, « À propos de l’auteur du Mutus Liber », Revue française d’histoire du livre, avril-juin 1976, no 11, p. 206-211 ; L’alchimie et son « Livre muet » : Mutus liber, éd. E. Canseliet, Paris, Gutenberg reprints, 2005.
- 56 A.-J. Festugière, op. cit., p. 556-558.
- 57 The Fabrica of Andreas Vesalius, éd. D. Margócsy et al., Leiden-Boston, Brill, 2018, figure 78, p. 129.
- 58 URL : https://www.digitale-sammlungen.de/en/view/bsb11111622?page=256), consulté le 22.04.2025.
- 59 Cl. Mengès, « Images et figures de l’anatomie et de la chirurgie : les éditions illustrées d’Ambroise Paré », Ambroise Paré (1510-1590). Pratique et écriture de la science à la Renaissance, actes réunis par E. Berriot-Salvadore, Paris, H. Champion, 2003, p. 101. Qu’il suffise de regarder les foetus en érection ajoutée dans les illustrations du traité de Cléopâtre (manuscrit fin XIIIe-début XIVe siècle), reproduit in M.-J. Imbault-Huart, L. Dubief, La Médecine au Moyen-Âge, Paris, Éditions de la Porte Verte-Bibliothèque Nationale, 1983, p. 125.
- 60 K. Park, Secrets of Women. Gender, Generation, and the Origins of Human Dissection, New York, Zone Books, 2006.
- 61 J. Liébault, Thresor des remedes secrets pour les Maladies des femmes, Paris, Jacques du Puys, 1587, fo ii rº.
- 62 É. Berriot-Salvadore, Un corps, un destin. La femme dans la médecine de la Renaissance, Paris, H. Champion, 1993, p. 50 ; I. Maclean, The Renaissance notion of Woman. A Study in the fortune of scholasticism and medical sciences in European intellectual life, Cambridge, Cambridge University Press, 1980, p. 44-45.
- 63 J. Liébault, op. cit., p. 2-3.
- 64 A. McLaren, Histoire de la contraception de l’Antiquité à nos jours, Paris, Noêsis, 1996, p. 217.
- 65 L. Minois, « Le vœu de Louis XIII et la naissance de Louis XIV : observations iconographiques sur la célébration du roi très chrétien », Les Cahiers de Framespa. Célébrer le Roy. De François Ier à Louis XV, 2012, 11, https://doi.org/10.4000/framespa.2009
- 66 Voir l’étude classique de P. Darmon, Le Mythe de la procréation à l’âge baroque (première édition), Paris, Jean-Jacques Pauvert, 1977.
- 67 J. Riolan, Les Oeuvres anatomiques, Paris, Denys Moreau, 1628-1629, liv. 2, chap. 29, « Il a esté nesessaire que les parties de la Generation fussent differentes en chaque sexe ».
- 68 Démographie : analyse et synthèse. VII, Histoire des idées et politiques de population, dir. G. Caselli, J. Vallin, G. Wunsch, Paris, Institut national d’études démographiques, 2006, p. 25-26.
- 69 G. Botero, Della Ragion di Stato e Delle cause della grandezza delle città, [1590], liv. 3, chap. 2, Venezia, Appresso I Gioliti, 1598, p. 370 : « L’augmento delle Città procede, parte dalla virtù generativa de gli huomini, parte dalla nutritiva d’esse Città ».
- 70 R. McGrath, Seeing her Sex: Medical Archives and the Female Body, Manchester, Manchester University Press, 2002, citée par H. King, op. cit., p. 27.
- 71 H. Baudry, « Approches iconographiques », op. cit., p. 118-122.
- 72 « […] it is not women who are missing from the picture: it is our lens that must be adjusted to perceive them », M. K. Ray, Daughters of Alchemy: Women and Scientific Culture in Early Modern Italy, Harvard University Press, Cambridge, MA, 2015, p. 4.