ACTA UNIVERSITATIS LODZIENSIS

Folia Litteraria Romanica 21, 2026

DOI: https://doi.org/10.18778/1505-9065.21.02

Les leçons du scalpel. De l’anatomie à la physiologie féminines dans quelques textes d’anatomie au début des temps modernes

Jacqueline Vons*

logo ORCID https://orcid.org/0000-0002-9185-6845
CESR Tours
jacqueline.vons@univ-tours.fr

RÉSUMÉ

Parfaitement symétriques, en regard l’un de l’autre, les deux beaux nus représentés dans l’Epitome (1543) d’André Vésale peuvent être considérés comme une introduction artistique à l’investigation anatomique de corps sexués mis à égalité. La dissection montre et explique l’agencement interne du corps humain en général et les différences éventuelles en fonction des genres. Le corps représenté et décrit dans le De humani corporis fabrica (1543) de Vésale est majoritairement un corps masculin, mais des observations éclatées entre les différents livres contribuent à construire l’identité morphologique d’un corps féminin morcelé par la dissection. Les descriptions anatomiques du sexe féminin restent relativement isolées dans le discours médical au début des temps modernes qui exploitera les autopsies de corps féminins dans une perspective physiologique et couvrira du voile de la bienséance ce sexe féminin si brièvement dénudé.

MOTS-CLÉS – anatomie, XVIe siècle, Vésale, Fallope, organes sexuels féminins

The Lessons of the Scalpel: From Femine Anatomy to Physiology in Some Anatomical Texts at the Dawn of Modern Times

SUMMARY

Perfectly symmetrical and facing each other, the two beautiful nudes depicted in Andreas Vesalius’s Epitome (1543) can be considered an artistic introduction to the anatomical investigation of sexed bodies placed on an equal footing. The dissection shows and explains the internal layout of the human body in general, and thus any differences by virtue of gender. The body depicted and described in Vesalius’s De humani corporis fabrica (1543) is predominantly male, but observations scattered across the various volumes help to build the morphological identity of a female body, dissected. Descriptions of the female sexual anatomy were relatively sparse in the medical discourse of the early modern era, when scholars approached the autopsy of female bodies from a physiological perspective and covered the female sex, so briefly exposed, with a veil of propriety.

KEYWORDS ‒ anatomy, 16th century, Vesalius, Fallopius, female sexual organs

Le thème qu’Hélène Cazès a proposé pour le colloque Images et imaginaires du sexe féminin, de la Renaissance à nos jours, est un sujet ambitieux, si ambitieux qu’il paraissait à première vue irréalisable[1] : comment réunir des représentant(e)s de disciplines diverses, a priori parfois opposées, art et science, histoire du passé et création contemporaine, culture du livre et vécu hospitalier, chacune d’elles se caractérisant par des méthodes et un langage spécifiques, quand il s’agit de nommer et de décrire le sexe féminin ? Et ce en particulier lorsque nous n’avons pour seul outil d’investigation que des mots, plus souvent en latin qu’en vernaculaire, ou des images, les premiers étant souvent aussi imagés que les secondes, et celles-ci aussi peu précises que ceux-là. À ces difficultés inhérentes aux textes s’ajoutent nos propres représentations du sexe féminin, variables selon nos âges, notre engagement féministe ou politique, notre histoire individuelle. Un vagin n’est jamais objectif.

Encore faut-il tenter d’isoler une description anatomique du sexe féminin indépendante des théories physiologiques de la génération et des traités de maladies de femmes accumulés depuis l’antiquité. Ces deux points qui ont été abondamment étudiés par les critiques modernes doivent rester à l’extérieur de notre sujet d’étude, ou du moins se contenter d’être aux frontières. Les belles études d’Evelyne Berriot-Salvadore[2] et de Valérie Worth-Stylianou[3] constituent deux remparts solides, étayés par les textes, entre lesquels notre investigation se donne le champ libre, borné d’un côté par l’exceptionnelle profusion des traités d’obstétrique et de pédiatrie au XVIe siècle et de l’autre par l’interprétation du corps féminin dans les traités médicaux sous le regard de la société à la même époque. Entre les livres de médecins et de chirurgiens apparaissent en effet à la Renaissance de nouveaux traités, dont les titres, Anatomia, Dissectio, Historia, Fabrica annoncent clairement l’intention : ouvrir, segmenter le corps humain pour en connaître les secrets, pénétrer les dessous de la peau[4].

Principes pour une méthode d’investigation

Pour notre projet défini comme une enquête sur le plan synchronique, dans un cadre temporel assez large, puisqu’il couvre un peu plus d’un siècle, le recours aux traités d’anatomie du XVIe siècle mettant l’accent sur la dissection comme méthode d’investigation semble donc être la meilleure voie d’accès à une description anatomique du sexe féminin en principe indépendante de sa fonction reproductrice. Parfaitement symétriques, en regard l’un de l’autre, les deux beaux nus représentés dans l’Epitome (1543) d’André Vésale[5] peuvent être considérés comme une introduction artistique à l’examen anatomique de corps sexués mis à égalité. En effet, la dissection montre et explique l’agencement interne du corps humain en général et les différences éventuelles en fonction des genres. Mais en dépit des déclarations d’intention des uns et des autres, l’observation directe de uiuo ou post mortem à la Renaissance n’était pas toujours possible, et même quand elle avait lieu, les modes d’examen comme les schémas préexistants dans les esprits étaient des freins épistémologiques autant que lexicaux. Les titres sont trompeurs. C’est ainsi qu’en 1546 Charles Estienne publia un traité intitulé La dissection des parties du corps humain, présenté comme la traduction du traité latin écrit par lui-même sur le même sujet ; en fait si les organes féminins de la génération sont mentionnés dans le tiers livre, une description succincte de la matrice est précédée de plusieurs chapitres consacrés aux manœuvres chirurgicales en cas de présentation dystocique du fœtus ou à d’autres accidents liés à l’accouchement[6].

Il reste donc à définir ce que les anatomistes du XVIe siècle incluaient sous l’expression générale genitiua ou genitalia. L’utérus occupe la place essentielle des organes liés à la génération et toute description commence par le situer par rapport aux organes voisins ; sa forme et son volume sont ensuite commentés en fonction de son état gravide ou non, ainsi que sa couleur et sa texture. Pourtant, malgré ces éléments objectivables, supposés résulter d’une observation directe, les limites de l’utérus restent floues. Cela tient aussi bien à la conception d’un continuum des organes entre eux qu’à la position de l’anatomiste lors de l’examen post mortem. En effet, contrairement à l’examen gynécologique qui procède du dehors en dedans par l’orifice vaginal, le corps féminin est vu et représenté allongé sur le dos lors de l’examen post mortem à la Renaissance, l’anatomiste étant si je puis dire au chevet de l’utérus ou à ses côtés : il en a une vue rapprochée de dessus, avec une ligne de fuite où le corps de l’utérus se termine et se prolonge dans le haut du vagin sans frontière visible : « En effet à cet endroit, le col se termine dans le fond [corps] de l’utérus, ou c’est le fond qui se termine dans le col » (Inibi enim ceruix in fundum uteri aut fundus ipse in ceruicem desinit[7]).

Différences morphologiques entre l’homme et la femme

Si l’anatomiste a le privilège d’ouvrir le corps, de toucher de la main la structure des organes internes et de décrire ce que son scalpel a mis à nu, il reste que son premier contact avec le corps est d’ordre visuel. En 1543, André Vésale (1514-1564) publie à Bâle chez Oporinus deux livres d’anatomie, le De humani corporis fabrica et son Epitome ou Résumé. Les deux traités sont illustrés. Bien qu’ils décrivent l’homme (homo) au sens général d’être humain, bien que les figures et les représentations iconographiques soient plus souvent masculines que féminines, l’Epitome inclut cependant deux nus, en vis à vis, deux belles « anatomies de surface » (Ill. 1), accompagnées d’un lexique des parties externes du corps, auxquelles correspondent des planches anatomiques également sexuées, que l’on peut découper pour reconstituer la morphologie interne des deux corps.

La situation est plus complexe dans la Fabrica, en fonction même de la structure du traité. Le cinquième livre est consacré plus particulièrement à la dissection et à la description des organes de la digestion et à ceux, sexués, de la génération. Cependant des observations éparses, réparties dans les sept livres, en fonction de la matière traitée dans chacun d’eux, mettent en évidence d’autres différences morphologiques liées au genre et montrées par la dissection. Il est facile pour l’anatomiste d’ironiser sur des traditions et des assertions sans entrer dans des débats philosophiques ou théologiques, en faisant appel au bon sens des lecteurs, qui peuvent constater de uisu que l’homme et la femme ont le même nombre de dents, contrairement à ce qu’affirmait Aristote (« Par ailleurs Aristote et beaucoup d’autres attribuent plus de dents aux hommes qu’aux femmes »)[8] ou sourire de la fable selon laquelle la femme a été tirée d’une côte d’Adam, sans qu’aucune lacune de côte latérale n’ait été observée chez les descendants du premier humain[9]. L’examen des veines permet plus subtilement de mettre en doute la liaison établie depuis Galien entre l’utérus et le sein ainsi que la théorie de la transformation du sang menstruel en lait[10]. De même, avant d’entamer le protocole de dissection de l’abdomen, première partie du corps à être ouverte et explorée, Vésale s’interroge, comme l’avait fait Galien, sur les raisons pour lesquelles l’abdomen est dépourvu d’os. La présence d’éléments osseux à cet endroit gênerait la digestion pour les deux sexes, écrit-il, et il serait absurde d’imaginer que des os puissent s’adapter à l’enflure abdominale des femmes en fin de grossesse et retrouver ensuite leur position primitive pour protéger les intestins et l’estomac[11].

Gravure en noir et blanc représentant une double page d’un ouvrage ancien avec des illustrations anatomiques détaillées d’un homme et d’une femme, accompagnées de descriptions en latin sur les structures corporelles.
Illustration 1. Vésale André, Andreæ Vesalii Bruxellensis scholæ medicorum Patauinæ professoris, suorum de Humani corporis fabrica librorum Epitome, Basileæ, ex officina I. Oporini, 1543, f° Kv et Lr, BIU santé, https://numerabilis.u-paris.fr/medica/bibliotheque-numerique/resultats/ (libre de droit, domaine public)

Le quinzième chapitre du cinquième livre de la Fabrica est consacré à une description détaillée des organes génitaux particuliers à la femme, sur onze pages, chacune d’environ 5500 signes, précédées de planches anatomiques légendées et d’une petite figure de la vulve. En tant qu’anatomiste, Vésale s’intéresse aux organes internes, l’utérus et ses annexes, cachés à la vue, situés dans le secret des corps, que son statut privilégié autorise à ouvrir, et semble négliger la vulve ou le pudendum accessible au commun sans dissection ; entre ces deux extrémités, existe un organe caché mais néanmoins accessible à la vue et au toucher à partir de l’extérieur, aux frontières toutefois imprécises, qui correspond au vagin actuel et qui doit son nom moderne à Colombo, le premier, à ma connaissance, à avoir comparé ce qu’on appelait uteri ceruix (col de l’utérus) à un fourreau (uagina) pour la verge[12].

Le sexe caché

1. L’utérus

L’utérus constitue donc la partie essentielle du sexe caché, ce qui ne signifie pas pour autant qu’il soit le mieux connu, étant donné la variété de dénominations et de représentations héritées des textes anciens. Colombo estime que l’on peut utiliser « indifféremment » (nihil refert) les noms de mitra, hystera, matrix, uterus ou uulua[13]. L’utérus est généralement bien localisé, dans la cavité pelvienne, sur la ligne médiane, entre la vessie et le rectum, au-dessus du vagin, en-dessous des anses intestinales et du côlon ilio-pelvien ; la cavité utérine est unique et les légers changements de position dus à l’accroissement de son volume au cours de la grossesse sont bien notés. Vésale décrit une cavité utérine unique, ce qui lui permet de s’appuyer sur cette observation pour nier les opinions reçues depuis Galien aussi bien sur le nombre fantaisiste de cavités utérines que sur la conséquence de l’emplacement du fœtus sur le sexe de l’enfant en formation[14]. Cette cavité a une base, un fondement (fundus) qui, pour la plupart des auteurs du XVIe siècle, est pourvu d’un col (ceruix), désignant par ce nom « col de l’utérus ou col de la matrice » (uteri ceruix, matricis ceruix) l’organe actuellement appelé vagin. Charles Estienne compare ce « col de l’utérus » (vagin) à un pénis inversé et lui attribue deux orifices, l’un à sa partie supérieure, s’ouvrant dans l’utérus et lui jetant la semence masculine, l’autre situé à sa partie inférieure, aux parties « honteuses », nommées pudendum :

Le col de la matrice est fermé des deux costez par le moyen de deux petites entrées que lon nomme orifices : dont l’une est par dedens qui se raporte à la capacité (= cavité) de ladicte matrice : l’aultre par dehors située entre le siege et la vessie. L’orifice ou entrée interieure est celle par laquelle se fait l’expurgation et yssue des menstrues : & par ou semblablement est attiré et receu le sperme au dedens du corps […]. L’orifice inferieur de cette matrice est ce que nous appellons le membre honteux[15].

Pourtant, même s’il n’est pas isolé ni identifié clairement comme une partie distincte du corps de l’utérus, le col utérin au sens actuel est décrit à plusieurs reprises, nettement séparé du vagin. En décrivant le corps utérin, Vésale observe sa forme qui est plus ou moins celle d’un cône dont le sommet tronqué regarde le vagin et qui se rétrécit aux deux tiers avant de se prolonger par une partie plus étroite et moins volumineuse. Or, s’il appelle toujours l’ensemble par un seul nom, le fundus (« la base, le fondement »), il est difficile de ne pas reconnaître dans cette description l’étranglement ou l’isthme qui sépare le corps de l’utérus de son col, ce dernier étant pourvu d’un orifice externe, nommément désigné comme une « scissure transversale » (transuersa scissura) ou « foramen » s’ouvrant dans le vagin :

En effet la substance de l’utérus qui s’avance du bas du corps de l’utérus dans cette partie du vagin, ressemble à la glande obtuse du pénis, dans laquelle se trouve une scissure transversale ou foramen : cette partie de l’utérus est généralement appelée ostium uteri (« orifice » de l’utérus), de la même manière que nous désignons le pudendum (« vulve ») comme l’orifice du vagin[16].

De la même manière, Colombo commence par décrire brièvement la cavité utérine puis précise qu’elle se rétrécit progressivement jusqu’à l’orifice de l’utérus (os matricis) dans le vagin, orifice qu’il compare à un museau de poisson ou de chien : « La cavité de l’utérus s’ouvre dans un foramen assez étroit que l’on appelle la ‘bouche’ de la matrice ; si on la regardait de l’extérieur, elle présenterait au regard l’apparence d’un museau de tanche ou de chien nouveau-né »[17]. Estienne compare cet orifice à « ung groin de pourceau »[18]. Vésale consacre un long développement à cette partie, note qu’elle est proéminente et saillante dans la cavité vaginale sans être en contact avec les côtés du vagin, et qu’elle est indépendante des contractions et des dilatations du vagin, observation qui ne peut avoir été faite que de vivo. Il constate l’élasticité de son orifice, fermé au point qu’on ne peut y introduire de sonde, sinon de force, et qui ne s’ouvre que pour sucer la semence ou expulser l’enfant[19]; il note des cas de prolapsus utérins visibles dans le vagin depuis l’extérieur, car ils atteignent parfois la vulve :

En effet chez certaines femmes, principalement chez des femmes âgées, il arrive que cet orifice soit descendu pour une raison ou pour une autre vers l’orifice du vagin [vulve] ; parfois, il est tombé si bas qu’il n’échappe pas à la vue et qu’il se trouve presque à l’orifice du col de l’utérus [vagin][20].

Il paraît évident que les anatomistes, comme les sages-femmes, connaissaient de tactu et de visu cette partie de l’utérus, dont l’orifice externe ou inférieur s’ouvre dans le vagin et l’autre extrémité dans la cavité utérine, même si la présence du canal cervical reste peu documentée dans les textes consultés. La connaissance de ces extrémités ou orifices du col utérin proprement dit est attestée dans la préface rédigée par Barthélémy Cabrol pour la Seconde partie des erreurs populaires et propos vulgaires de Laurent Joubert dans l’édition de 1579, qui énumère longuement les « pieces » du sexe féminin. Les dénominations se succèdent dans un ordre inverse de l’ordre anatomique, soit de la vulve à l’utérus, et font la part belle aux dénominations utilisées par les matrones : après l’Hymen ou « Dame du milieu », on trouve « la bouche ou entrée de la matrice, ou amarry, aspre et comme dentelée, ressemblant à la bouche d’une lamproye », puis « le col de l’amarry » et enfin « l’orifice interne qui est l’entrée dans l’amarry »[21].

Si nous considérons que toutes ces observations ont été faites à l’œil nu, nous devons admettre que les descriptions anatomiques que nous lisons sont relativement précises mais que nous sommes souvent trompés par leurs désignations, quand elles existent. Il est également difficile de lire ces textes sans être tenté de les interpréter à la lumière de nos connaissances actuelles.

2. Les organes annexes de l’utérus

Les ovaires (ou testicules féminins)

Par analogie entre les organes masculins externes et les organes féminins internes, les ovaires auraient reçu le nom de « didymes » (didymoi) depuis le médecin alexandrin Hérophile, selon Galien[22], et celui de « témoins » (testes) ou testicules en latin, terme attesté depuis Plaute et Varron[23]. Vésale situe ces organes par rapport à leur environnement, décrit leur forme ovoïde, plus allongée et moins arrondie que celle des testicules masculins, la texture de leur enveloppe (inuolucrum) et la difficulté de séparer cette dernière de la substance interne. Il s’attache aux petites éminences irrégulières qu’il a constatées à la surface externe : « Leur surface externe apparaît irrégulière et […] remplie d’un grand nombre de petites éminences irrégulières »[24]. Il observe également dans la substance des ovaires de petites cavités (sinus) remplies d’une humeur aqueuse, qu’il compare à des ampoules ou à des vésicules pleines d’un liquide qui jaillit comme d’une fontaine quand on les presse :

Outre des vaisseaux, les testicules féminins ont à l’intérieur de petits sinus remplis d’une humeur fine et aqueuse ; si on presse un testicule sans le blesser, pendant une dissection, il produit un bruit sec comme une vessie gonflée, et du liquide s’en échappe, en étant projeté très haut comme d’une fontaine. Ces sinus n’ont pas de forme particulière : ils sont irréguliers, comme la surface externe des testicules eux-mêmes, il n’y en a pas qu’un seul, mais ils sont nombreux et leur nombre peut varier[25].

Mais il ne s’interroge ni sur la nature de ces « petits sacs » ni sur leur fonction, comme il ne peut encore attribuer la surface bosselée des ovaires aux cicatrices laissées par les ruptures de follicules ovariens, même si l’observation prouve qu’il a examiné des ovaires de femmes en âge d’activité génitale. Fallope décrit également ce phénomène qu’il a observé dans les ovaires : « J’y ai vu comme des ampoules (vésicules) gonflées d’eau ou d’une humeur aqueuse, parfois jaune, de fait transparente »[26]. Ces observations très fines sur la présence des corps lutéaux et des corps blancs ont probablement été faites sur des ovaires de vache où l’on distingue à l’œil nu les follicules primaires renfermés dans l’ovaire constituant la réserve d’ovules non matures, mais elles n’ont pas suffi à résoudre les controverses contemporaines sur la production de semence dans les ovaires[27]. Ce n’est qu’au XVIIe siècle que l’anatomiste danois Niels Steensen (Nicolas Stenon, 1638-1686) décrit les différents états de maturation des œufs contenus dans le sac qu’il nomme ouarium, et que le Hollandais Regnier de Graaf (1641-1673) donne son nom à l’aboutissement évolutif de ce follicule primaire sous la forme d’une vésicule d’environ un centimètre faisant saillie à la surface de l’ovaire et limitée en-dehors par deux enveloppes contenant l’ovule mûr et un liquide ; Vésale et Fallope ont pu observer le phénomène chez un animal sans en comprendre la fonction[28].

Les tubes utérins

L’apparition d’un nom ne coïncide pas nécessairement avec une découverte réelle. Je prendrai pour exemple le fait qu’on ait attribué à Fallope la découverte des tubes utérins auxquels il aurait donné son nom… En fait l’organe était bien connu depuis Galien qui le décrit sommairement chez l’animal femelle (De semine). Il est bien dessiné et distingué des vaisseaux sanguins ovariens sur les planches anatomiques de Vésale, néanmoins encore en continuité avec les ovaires, et doté de très nombreuses circonvolutions, plus caractéristiques de tubes utérins de vache que de femme chez qui ils sont moins flexueux. Ils sont indexés sur la vingt-cinquième figure du cinquième livre (Ill. 2) :

Index des caractères typographiques de la vingt-cinquième planche :
item s : début du vaisseau transportant la semence de l’ovaire à l’utérus ;
item t : replis que ce vaisseau transportant la semence fait autour des côtés de l’ovaire ;
item u : cours du vaisseau transportant la semence en direction de l’utérus[29].
Page d’un ouvrage médical ancien avec une illustration anatomique du torse humain, montrant les organes internes. Texte explicatif en latin, extrait des travaux d’Andreas Vesalius, pionnier de l’anatomie moderne.
Illustration 2. Vésale, André, Andreae Vesalii Bruxellensis, scholae medicorum Patavinae professoris de Humani corporis fabrica Libri septem. Basileae, [ex officina Ioannis Oporini], 1543, p. 378, https://numerabilis.u-paris.fr/medica/bibliotheque-numerique/resultats/ (libre de droit, domaine public)
Un texte descriptif complète les légendes : selon Vésale, l’organe s’attache au côté externe de l’ovaire, passe par sa base et progresse vers l’utérus par un cours moins tortueux que les canaux déférents chez les hommes, mais qui ressemble à des circonvolutions vermiformes (reuolutiones instar vermis) qu’il perd progressivement jusqu’à devenir lisse et rond à son insertion à la corne utérine[30].

Fidèle à son attitude d’anatomiste qui se contente d’observer et de montrer, Vésale refuse d’entrer dans les débats sur la production de la semence dans les ovaires ou le canal déférent comme dans les controverses sur leurs dénominations :

Pour ma part, puisque leur forme et leur substance ressemblent à celles des organes masculins, je leur donnerai les mêmes noms que ceux que j’ai l’habitude de leur donner pendant que je les montre, sans vouloir disputer contre Aristote, pour savoir si ces organes produisent aussi une semence, comme chez les hommes, ou seulement une humeur destinée au plaisir[31].

D’autres illustrations et textes contemporains de la Fabrica confirment l’intérêt des anatomistes de la Renaissance pour ces structures progressivement annexées à l’utérus. Estienne signale que ces conduits ont une « cavité fort dilatée » près des ovaires et décrit leur trajet qui s’étrécit jusqu’à l’utérus où ils se dilatent à nouveau sur les cornes[32]. Sur les planches anatomiques de Bartholomée Eustache (1510 ?-1574), gravées dès 1552, mais éditées et commentées par Giovanni-Maria Lancisi en 1714 seulement, les trompes sont dessinées à leur emplacement et s’insèrent sur les angles obtus de l’utérus[33].

En 1561, Gabriel Fallope (1523-1562), qui avait succédé à Realdo Colombo à la chaire d’anatomie au Studium de Padoue, envoie à Vésale, alors en poste à Madrid, un petit livre Anatomicæ obseruationes, dans lequel il propose des amendements, corrige des erreurs d’identification ou d’interprétation faites par Vésale et fait connaître ses propres découvertes récentes. Il entreprend de décrire le tube utérin qu’il nomme « le conduit séminal » (meatus seminarius) à partir des cornes utérines et suit son cours tortueux jusqu’à son embouchure frangée. La description est très détaillée et s’appuie explicitement sur des expérimentations et manipulations d’organes, humains et animaux, probablement sortis des corps pour être examinés. Les comparaisons sont visuellement surprenantes et témoignent de l’ingéniosité de l’anatomiste pour créer de nouvelles analogies, appréhendant le monde comme un tout. Mais s’il revient à Fallope le mérite d’avoir fait du tube utérin une annexe de l’utérus et d’en avoir imposé le nom comme la description pendant plus d’un siècle dans les traités anatomiques, si l’image de la trompette à large embouchure s’est imposée, à aucun moment Fallope ne revendique de lui donner son propre nom :

Mais ce conduit séminal fin et étroit est nerveux et blanc à son origine à la corne de l’utérus même ; peu après, il s’élargit progressivement et s’enroule sur lui-même comme une vrille jusqu’à ce qu’il approche de sa terminaison ; alors les replis et les torsions cessent et le conduit devenu extrêmement large finit d’une certaine manière en une terminaison, qui paraît membraneuse et charnue à cause de sa couleur rouge ; son extrémité est déchiquetée et lacérée, comme des franges de tissus usés jusqu’à la corde ; ce conduit a une large ouverture, qui est toujours fermée par ces franges terminales qui sont rassemblées et pendantes ; cependant, quand ces dernières sont soigneusement écartées et qu’elles s’évasent, elles reproduisent l’embouchure d’une trompette en cuivre. Puisque le conduit séminal présente l’aspect de cet instrument classique, du début à son extrémité, sans ses flexuosités ou même avec elles, je l’ai appelé « la trompe de l’utérus »[34].

Caspar Bauhin (1560-1624) décrit les « vaisseaux déférents ou éjaculatoires » (de uasis deferentibus seu eiaculatorijs) en commentant la copie d’une figure de Vésale et en précisant que le nom d’uteri tubæ leur a été donné par Fallope à cause de la ressemblance de leur orifice avec « l’embouchure d’une trompette » (tubæ extremo orificio simile)[35]. Jean Riolan qui indique bien les « petites découpures » ou franges à l’extrémité du tube utérin conclut : « il se pourrait bien faire que Fallopius eut pris de là l’ocasion de luy donner le nom de trompette de matrice »[36].

D’autres tenteront de proposer des variantes mais qui n’auront pas de succès. Ainsi le chirurgien français Pierre Dionis (1643-1718) dans ses leçons d’anatomie au Jardin Royal fait une belle démonstration de l’anatomie féminine, décrit l’orifice supérieur frangé des tubes utérins et conclut par une dénomination jusqu’à présent unique dans les textes : « C’est cet endroit qu’on appelle le morceau du diable ou le pavillon de la trompe »[37].

La première occurrence de l’expression latine Tubæ Falopianæ (sic) figure dans le traité De mulierum organis generationi inseruientibus tractatus nouus de l’anatomiste hollandais Regnier de Graaf (1641-1673) paru en 1672, repris dans sa traduction française en 1699[38].

3. Le vagin

À l’autre extrémité de l’utérus, le vagin jouerait un rôle d’intermédiaire entre les organes internes et externes. Mais dans la mesure où l’on croyait que cette partie du sexe féminin formait comme un col pour l’utérus (uteri collum) sur le plan morphologique, sa description est rarement séparée de celle de l’utérus dans les textes anatomiques consultés, les deux organes étant vus dans la continuité l’un de l’autre. Aucune coupe sagittale n’étant offerte, il faut en déduire que l’anatomiste regardait l’organe du dessus et ne distinguait pas l’inclinaison de l’utérus par rapport au vagin. En effet, le vagin s’adapte comme une cupule autour du col de l’utérus plus haut en arrière qu’en avant ; en ouvrant la face antérieure, à l’endroit où le col utérin s’insère dans le vagin, Vésale voit une « tunique pour ainsi dire commune à l’utérus et au vagin » (uelut commune utriusque corpus et tunica efficitur)[39]. La description du vagin est fine : l’anatomiste note les deux faces (antérieure et postérieure) appliquées l’une contre l’autre quand l’organe n’est pas dilaté, il observe les rugosités vaginales transversales (rugæ vaginales), signale la faculté de dilatation de l’organe et son évolution au cours des ans, et note enfin la présence de petites éminences (tubercula) et de petites chairs cutanées (carunculæ cuticulares) à son orifice dans le vestibule (pudendum)[40]. Colombo établit la comparaison devenue commune entre le vagin et un fourreau pour la verge (mentula tamquam in uaginam immittitur), donne sa longueur moyenne (environ onze doigts), décrit les rides circulaires qui embrassent et serrent la verge, ce qui est source de plaisir (uoluptas) pour les deux partenaires pendant l’acte sexuel et, comme Vésale, signale les petites « caroncules » près de la terminaison du vagin, qui augmentent considérablement ce plaisir[41].

Un sexe visible qu’on doit cacher

Au sexe invisible assez bien décrit[42] s’oppose un sexe visible dont les descriptions déçoivent le lecteur moderne tant elles montrent d’imprécisions dans les traités d’anatomie au seuil de la modernité. Un cartouche sur une planche anatomique d’Estienne précise – et à juste titre ! – : « En ce portraict t’est assez confusement remonstré ce qui appartient en partie au membre honteux de la femme / qui depend de la description de la matrice »[43] ; à peine une demi-page est consacrée à l’ensemble de ce « membre honteux », et elle met l’accent sur l’isomorphisme avec les organes masculins. Vésale va jusqu’à écrire qu’il n’est pas nécessaire de décrire les parties de la vulve puisqu’on peut les voir sans recourir à la dissection[44], excluant du statut privilégié de l’anatomiste, seul à voir les secrets du corps, un certain nombre de constatations résultant de palpations ou d’observations in vivo, qui ne demandent pas d’ouverture. Mais précisément dans la mesure où ces parties sont à la portée et à la vue de chacun, leurs dénominations sont d’autant plus sujettes aux variations, en latin, mais surtout en français, puisque nous quittons le domaine savant de l’anatomie pour aborder celui de l’obstétrique, des traités de chirurgiens et de sages-femmes, sous le regard et bientôt la censure de la société occidentale.

Colombo est sans doute le premier anatomiste qui localise la source d’un plaisir féminin indépendant de la volupté « naturelle » lors de l’éjaculation de la semence féminine ou de l’ouverture de l’orifice utérin, et qui revendique à cet effet la découverte du clitoris qu’il appelle joliment dulcedo Veneris : il le considère comme le siège du plaisir féminin pendant l’acte d’amour et conseille au partenaire masculin de caresser l’organe avec le pénis ou le petit doigt pour provoquer ce plaisir à ses yeux indispensable pour que la conception ait lieu[45]. Mais la reconnaissance de cette notion de plaisir va progressivement s’amenuiser devant les barrières que la société dressera autour de ce sexe féminin : chasteté, décence, bienséance deviennent des règles sociétales auxquelles les médecins se soumettent. Il n’est sans doute pas fortuit que le grand médecin montpelliérain Laurent Joubert (1529-1583) ait en 1571 fait scandale, suscité débats calomnieux et accusations de paillardise, pour avoir écrit sur « les parties et actions que l’honnesteté nous commande tenir couvertes et cachées »[46]. Ni qu’en 1779, la Seconde partie des erreurs populaires et propos vulgaires du même Laurent Joubert soit précédée d’une longue Espitre répulsive des envieux et venimeux propos contre l’auteur des Erreurs populaires due à Barthélémy Cabrol, diplômé de Montpellier, chirurgien du roi, mettant en cause la scissure entre le langage savant des médecins et la terminologie des « pieces » du sexe féminin utilisée par les sages-femmes. Néanmoins Cabrol ne résiste pas au plaisir manifeste d’énumérer les mots qui désignent « seize ou dix et sept » de ces pièces qu’il montre dans les anatomies publiques. Elles appartiennent toutes au sexe externe, énumérées dans l’ordre où elles apparaissent à la vue lorsqu’on les observe, non pas en position d’anatomiste, mais comme un accoucheur muni d’un « miroir matrical », depuis l’os Bertrand ou Barré (pubis), la Dame du milieu (hymen) jusqu’au corps de l’amarry compris, laissant de côté les ovaires et les vaisseaux spermatiques qui sont les parties « par derrière, cachées à notre vue si on ne fend le ventre ». Aussi, peut-il conclure : « Tout le demeurant est manifeste et voyable en la femme entiere, sans luy faire aucune incision »[47].

Ce sexe féminin à peine entrevu à la Renaissance sera progressivement enfermé par des règles sociétales et des impératifs moraux. Les écrits se concentrent autour de l’hymen, membrane intermédiaire, concrétisant la séparation entre le sexe caché et le sexe visible, emblématique de la cassure entre deux mondes et deux langages : au continuum du sexe féminin esquissé par les anatomistes écrivant en latin, s’opposent des « pièces », un sexe morcelé mis en images dans le langage commun vernaculaire. La Dame du milieu s’impose comme barrière entre le dehors et le dedans, l’en-deçà et l’au-delà, devient sujet de thèses et de questions d’école[48]. Autour du mariage, de la procréation et de l’accouchement, autant de faits de société dans lesquels le sexe de la femme est essentiellement fonctionnel, chirurgiens, sages-femmes et moralistes divers s’opposeront pendant des siècles, sous le couvert de savoirs différents, ou faut-il dire de faces différentes d’un même pouvoir.

Avec mes remerciements à Hélène Cazès pour avoir organisé ce colloque, à Magdalena Koźluk et Viviane Fairbank pour l’avoir édité.


* Jacqueline Vons, professeure agrégée, enseignante chercheuse HDR honoraire de l’université de Tours (latin et histoire de la médecine), est l’auteur de nombreux ouvrages et articles sur les textes médicaux des XVIe et XVIIe siècles. Elle a publié entre autres Littérature et médecine. Les mots et les maux avec C. La Charité, RHLF, 2020 ; De la treille au poème. Culture(s) et usages de la vigne et du vin à la Renaissance, avec V. Giacomotto-Charra, Bordeaux, MSHA, 2020 ; « Dissection et représentation des muscles chez Vésale, Canano, Sagemolen », avec F. Van Glabbeek, in Quatre atlas de myologie de Van Horne et Sagemolen, (J.F. Vincent et I. Bonnard éds.), Paris, Univ. Paris Cité, 2022 ; Vesalius and the Timaeus. The Anatomist’s Answer to the Philosopher, in The Legacy of Plato’s Timaeus (J. Prins and E. Thomas ed.), Brill, Leiden, 2025, p. 365-385. Avec Stéphane Velut, elle publie la première édition et traduction en français de la Fabrique du corps humain d’André Vésale (https://numerabilis.u-paris.fr/editions-critiques/vesale/). Elle est présidente de l’Académie des sciences, arts et belles-lettres de Touraine et rédactrice en chef de la revue Les carnets d’histoire de la médecine (https://med.univ-tours.fr/version-francaise/la-faculte/vie-de-la-faculte/histoire).


Bibliographie

Sources premières

Auteurs (avant 1800) et éditions critiques

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Vésale, André, De humani corporis fabrica, Basileæ, ex Oporini officina, 1543

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Sources secondaires

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Vons, Jacqueline, Velut Stéphane, La Fabrique de Vésale et autres textes. Éditions, transcriptions et traductions, URL : https://numerabilis.u-paris.fr/editions-critiques/vesale/ (depuis 2014), consulté le 20.12.2024

Worth-Stylianou, Valérie, Les traités d’obstétrique en langue française au seuil de la modernité, Genève, Droz, 2007


Notes

  1. 1 Le texte donné ici respecte celui de la conférence inaugurale prononcée le 14 mai 2021, mais quelques références bibliographiques ont été actualisées. Une partie du texte a été publiée dans Les carnets d’histoire de la médecine no 3 (nov. 2023) : « La fabrique du corps féminin » dossier en collaboration avec E. André, W. Burguet, M. Clément et moi-même, p. 6-57, URL : https://med.univ-tours.fr/version-francaise/la-faculte/vie-de-la-faculte/histoire/les-carnets-dhistoire-de-la-medecine, consulté le 21.12.2024.
  2. 2 É. Berriot-Salvadore, Un corps, un destin. La femme dans la médecine de la Renaissance, Paris, Honoré Champion, 1993 ; « Clôtures et évasions du corps féminin dans le discours médical du XVIe siècle », in Les paradoxes de l’enfermement dans l’Europe moderne (XVIe-XVIIIe siècles), éd. M.-N. Ciccia et al., Montpellier, Presses Universitaires de la Méditerranée, 2018, p. 21-32, URL : https://doi.org/10.4000/books.pulm.1710, consulté le 20.12.2024.
  3. 3 V. Worth-Stylianou, Les traités d’obstétrique en langue française au seuil de la modernité, Genève, Droz, 2007.
  4. 4 J. Vons, « Historia et Fabrica. Observation et description du corps humain dans les traités d’anatomie de la Renaissance », in Les sciences et le livre. Formes des écrits scientifiques des débuts de l’imprimé à l’époque moderne, éd. J. Ducos, Paris, Hermann, 2017, p. 487-496 ; J. Vons, S. Velut, « Introduction générale à la Fabrique du corps humain », in La Fabrique de Vésale et autres textes. Éditions, transcriptions et traductions, Paris, BIU Santé, 2014, p. 6-8, URL : https://numerabilis.u-paris.fr/editions-critiques/vesale/pdf/intro.pdf, consulté le 20.12.2024.
  5. 5 A. Vésale, Andreæ Vesalii Bruxellensis scholæ medicorum Patauinæ professoris, suorum de Humani corporis fabrica librorum Epitome, Basileæ, ex officina I. Oporini, 1543, fo Kvo et Lro.
  6. 6 Ch. Estienne, La dissection des parties du corps humain, Paris, Simon de Colines, 1546, p. 315.
  7. 7 A. Vésale, Andreæ Vesalii Bruxellensis, scholæ medicorum Patavinæ professoris de Humani corporis fabrica Libri septem, Basileæ, ex officina Ioannis Oporini, 1543, livre V, chap. XV, p. 529. Toutes les traductions sont les miennes et inédites en français. La transcription et la traduction du livre V prendront place dans notre édition critique sur le site de la BIU Santé de Paris, en attente de publication. https://numerabilis.u-paris.fr/editions-critiques/vesale. La traduction du chapitre XV est disponible depuis septembre 2021 sous l’onglet Tota Mulier in utero, Centre Montaigne, Bordeaux, URL : https://centre-montaigne.huma-num.fr, consulté le 24.12.2024.
  8. 8 A. Vésale, Fab. I, 46 : “Caeterum Aristoteles alijque complures uiris copiosiores dentes quam mulieribus asscribunt”. Privée de son support théorique visant à prouver l’infériorité naturelle de la femme, la remarque tirée d’Historia animalium II 501b n’a ici qu’une valeur anecdotique. https://numerabilis.u-paris.fr/editionscritiques/vesale/?e=1&p1=01047&a1=f&v1=00302_1543x01&c1=12, consulté le 24.12.2024.
  9. 9 A. Vésale, Fab. I, 89. https://numerabilis.u-paris.fr/editions-critiques/vesale/?e=1&p1=01090&a1=f&v1=00302_1543x01&c1=20, consulté le 24.12.2024.
  10. 10 A. Vésale, Fab. III, 290 (= 390). https://numerabilis.u-paris.fr/editions-critiques/vesale/?e=1&p1=03034&a1=f&v1=00302_1543x03&c1=9, consulté le 24.12.2024.
  11. 11 A. Vésale, Fab. I, 89.
  12. 12 R. Colombo, De re anatomica libri XV, éd. G. Baldo, Paris, Les Belles Lettres, 2014, p. 663. Vésale et Colombo récusent l’opinion vulgaire selon laquelle le pénis pénètre dans l’utérus pour y jeter la semence.
  13. 13 Ibid., p. 667.
  14. 14 A. Vésale, Fab. V, p. 530.
  15. 15 Ch. Estienne, op. cit., p. 315.
  16. 16 A. Vésale, Fab. V, p. 532 : “Porrigitur enim ex humillima fundi sede in hanc ceruicis regionem, uteri substantia obtusioris in pene glandis modo, cui transuersa scissura seu foramen inest, quod uteri aut fundi ipsius os uocari solitum est : quemadmodum muliebre pudendum, ceruicis uteri os nuncupamus”. La terminologie actuelle est différente : on nomme « corps de l’utérus » la partie supérieure de l’utérus, dont le « fond » (fundus uteri) est le bord supérieur, épais et arrondi d’avant en arrière. Un étranglement ou isthme à la partie moyenne de l’utérus divise l’organe en deux segments : le corps (segment supérieur) et le col (segment inférieur). Pour éviter toute ambiguïté, j’utiliserai systématiquement dans mes traductions l’expression « corps de l’utérus » pour désigner l’ensemble de l’organe du fundus à l’ostium uteri.
  17. 17 R. Colombo, op. cit., p. 663 : “Cauitas uteri in foramen satis angustum tamen dehiscit, quod os matricis appellatur: quod si extra spectes tinchae piscis vel canini oris imaginem tuis oculis offeret”. L’observation, faite de l’extérieur (extra), donc en position gynécologique, est pertinente : la partie intravaginale du col de l’utérus, faisant saillie dans le vagin, est percée à son extrémité inférieure d’un orifice punctiforme chez la nullipare, s’allongeant transversalement chez la primipare, formant les lèvres antérieure et postérieure de l’orifice. La comparaison avec un museau de poisson (tanche) est encore utilisée.
  18. 18 Ch. Estienne, op. cit., p. 315 : « Quel que soit l’animal auquel l’orifice utérin est comparé, sa fonction est identique : il s’agit de sucer la semence pour l’attirer dans l’utérus ».
  19. 19 A. Vésale, Fab. V, p. 532.
  20. 20 Ibid., p. 530 : “Nam leui quaque occasione ad uteri ceruicis os, fundi os in quibusdam mulieribus præcipue autem ætate prouectioribus decidisse cernitur; subinde enim adeo deorsum procidit ut uisum non fugiat, ac mox in ceruicis ore reponatur”.
  21. 21 Je cite d’après la transcription dans V. Worth-Stylianou, op. cit., p. 216.
  22. 22 Galien, De semine II, p. 10-24, in Galeni de semine edidit in linguam anglicam uertit commentatus est Ph. de Lacy, Corpus medicorum græcorum V, 3, 1, Berlin, Academiæ Scientarum, 1992, p. 146-148.
  23. 23 J. André, Le vocabulaire latin de l’anatomie, Paris, Les Belles Lettres, 1991, p. 178.
  24. 24 A. Vésale, Fab. V, p. 535 : “Externa superficies inæqualis ac […] multis inæqualibus tuberculis oppleta uidetur”.
  25. 25 Ibid. : “Habent enim mulierum testes intus præter uasa sinus quosdam tenui aqueoque humore plenos, qui prius non læso teste, sed ui compresso, ac inflatæ uesicæ modo, crepante, in miram altitudinem inter dissecandum non secus quam ex scaturigine quapiam exilire solet. At huiusmodi sinibus nulla peculiaris est forma : inæqualis enim, ut exterior ipsorum testium superficies sunt, et non unus, sed plures, neque illi semper ijdem”. J. Riolan (1577-1657) décrit en termes semblables les petites « cellules » contenues dans le testicule féminin, séparées et remplies de « semence blanche », citant Hérophile selon lequel « on en faisoit sortir un certain humeur glaireux lors qu’on les pressoit entre les doigts » ; il écrit que « cet humeur jaillit infailliblement sur le visage du dissecteur », in Anthropographie II, Œuvres anatomiques I, Paris, Denys Moreau, 1629, p. 416.
  26. 26 G. Fallope, Fallopio Mutinensis obseruationes anatomicæ, Parisiis, apud Bernardum Turrisanum, 1562, p. 118 : “Vidi quidem in ipsis quasdam ueluti uesicas aqua uel humore aqueo alias luteo uero lympido turgentes”.
  27. 27 É. Berriot-Salvadore, « La question du “séminisme” à la Renaissance », Histoire des Sciences médicales, 2017, vol. 51, 2, p. 265-272.
  28. 28 N. Steensen, Elementorum myologiæ specimen, Florentiæ, ex typ. sub. signo Stellæ, 1667, p. 116-117, URL : https://www.biusante.parisdescartes.fr/histmed/medica/page?05530&p=125, consulté le 15.02.2024.
  29. 29 A. Vésale, Fab. V, p. 379-380 : “s Vasis semen a teste in uterum deferentis initium/ t Vasis semen deferentis reflexus, quos id circum testis latera conficit./ v Vasis semen deferentis ad uterum progressus”.
  30. 30 Ibid., p. 535-536. Dans sa réponse aux Observations anatomiques de Fallope, Andreæ Vesalii Anatomicarum Gabrielis Falloppi observationum examen, Venetiis, apud Franciscum de Franciscis Senensem, 1564, p. 133, Vésale abandonne les circonvolutions vermiformes et recourt à une autre image, plus maniériste ou plus picturale, comparant les replis du conduit aux boucles d’une chevelure frisée au fer (calamistrate cincini). Aucune des deux comparaisons ne s’est imposée, peut-être à cause de l’image très visuelle des vrilles que Fallope va utiliser à la même époque.
  31. 31 Ibid., p. 536 : “Ego autem quoniam uirorum organis forma substantiaque correspondent, eadem nomina illis, quae his indere inter ostendendum soleo, cum Aristotele, num semen haec quoque organa, uti in uiris, num uero duntaxat ad uoluptatem quendam præparent humorem, non admodum”.
  32. 32 Ch. Estienne, op. cit., p. 308, URL : https://www.biusante.parisdescartes.fr/histmed/medica/page?02075&p=328, consulté le 20.12.2024.
  33. 33 B. Eustache, Tabulæ anatomicæ clarissimi uiri Bartholomæi Eustachii […], Amstelædami, apud R. & G. Wetsenios, 1722, planche XIV. Le commentaire de Lancisi laisse supposer que les tubes utérins ont été vus par Eustache avant Fallope. Voir à ce sujet B. Jeanjean, « La vision du XVIIIe siècle sur la science du XVIe. Le cas des planches anatomiques d’Eustache publiées par Giovanni-Maria Lancisi », in La science prise aux mots. Enquête sur le lexique scientifique de la Renaissance, dir. V. Giacomotto-Charra, M. Marrache-Gouraud, Paris, Classiques Garnier, 2021, p. 364-365.
  34. 34 G. Fallope, op. cit., 1561, fo118vo et 119ro : “Meatus uero iste seminarius gracilis et angustus admodum oritur nerueus ac candidus a cornu ipsius uteri, cumque parum recesserit ab eo latior sensim redditur, et capreoli modo crispat se, donec ueniat prope finem, tunc dimissis capreolaribus rugis, atque ualde latus reditus finit in extremum quodam, quod membranosum carneumque ob colorem rubrum uidetur, extremumque lacerum ualde et attritum est, ueluti sunt pannorum attritorum fimbræ, et foramen amplum habet, quod semper claudum iacet concidentibus fimbriis illis extremis, quæ tamen si diligenter aperiantur, ac dilatentur tubæ cuisdam æneæ extremum orificium exprimunt. Quare cum huius classici organi demptis capreolis, uel etiam iisdem additis meatus seminarius a principio usque ad extremum speciem gerat, ideo a me uteri tuba uocatus est”. Ma traduction de ce texte, qui est la première traduction en français, tient compte d’une conjecture selon laquelle claudum (littéralement « inégal », adjectif qui aurait peu de sens dans le contexte) est une coquille typographique dans l’exemplaire parisien consulté pour clausum (« fermé »), en m’appuyant sur le texte de Jean Riolan, op. cit., p. 416, qui décrit l’extrémité du conduit « bouchée » seulement par des franges « lesquelles s’abattent et se ramassent à l’entour de son ouverture pour y contenir la semence ».
  35. 35 C. Bauhin, Theatrum anatomicum, Francofurti ad Moenum, typis Matthaei Beckeri, 1605, p. 216 et 219.
  36. 36 J. Riolan, op. cit., p. 416.
  37. 37 P. Dionis, L’anatomie de l’homme, suivant la circulation du sang, et les nouvelles découvertes, démontrée au Jardin du Roy, Paris, chez Laurent d’Houry, 5e éd., 1714, p. 284.
  38. 38 R. de Graaf, De mulierum organis generationi inseruientibus tractatus nouus, Lugduni Batauorum, ex officina Hackiana, 1672, p. 4 (items cc) ; R. de Graaf, Histoire anatomique des parties génitales de l’homme et de la femme qui servent à la génération avec un traité du suc pancréatique, traduit en français par N.P.D.M., Bâle, Emanuel Jean George König, 1699, p. 5, « Figures tirées hors du corps » (items cc).
  39. 39 A. Vésale, Fab. V, p. 535 (erreur pour p. 536).
  40. 40 Ibid., p. 531 et 532.
  41. 41 R. Colombo, op. cit, p. 664-665.
  42. 42 Pour la description des muscles, des vaisseaux et des « acétabules », je me permets de renvoyer à notre traduction du livre V sur le site https://numerabilis.u-paris.fr
  43. 43 Ch. Estienne, op. cit., p. 312 et 315. https://www.biusante.parisdescartes.fr/histmed/medica/page?02075&p=328, consulté le 20.12.2024.
  44. 44 A. Vésale, Fab. V, p. 535 (=536) : “At quum hæc citra mortuum sectionem conspicua sint, enarrationem neutiquam indigent” (« Mais puisque ces parties sont visibles sans dissection de cadavres, il n’est pas nécessaire de les décrire »).
  45. 45 R. Colombo, op. cit., p. 667.
  46. 46 L. Joubert, Erreurs populaires et propos vulgaires touchant la medecine et le regime de santé, expliquez et réfutez, Bordeaux, S. Millanges, 1571, p. 8 (« Épître de Laurent Joubert à ses amis »). Voir V. Worth-Stylianou, op. cit., p. 223.
  47. 47 L. Joubert, Seconde partie des erreurs populaires et propos vulgaires, Paris, Abel L’Angelier, 1779. Cité par V. Worth-Stylianou, op. cit., p. 216.
  48. 48 Par exemple Sebitz Melchior, Disputatio medica de notis virginatis, Argentorati, Typis Eberhardi Welperi, 1630. Voir mon article « Ouvrages publiés par les Sebitz, professeurs de médecine à Strasbourg », Histoire des Sciences médicales, 2018, 52, p. 171-182, URL : http://www.biusante.parisdescartes.fr/sfhm/hsm/HSMx2018x052x002/HSMx2018x052x002x0171.pdf, consulté le 20.12.2024.